APPEL AU ( MANUSCRIT DE L'AUTEUR
à contestation. D'abord Rigaud, directeur de Pimprimerie royale, avait fini par refuser d'imprimer ces œuvres de Bourdaloue, qui lui paraissaient inépuisables, Bretonneau trouvant sans cesse de quoi fournir un nouveau volume, après avoir presque promis l’achèvement par deux fois. Bretonneau essaya bien de lui prouver qu'un ouvrage qui se vend n’est jamais trop long ‘. Ce fut en vain. Il dut demander lui-même un privilège, cédé bientôt à Cailleau et ses associés, pour faire paraître, comme en dehors de l’édition, cette sorte de supplément. Peut-être aussi le public s’inquiétait-il, On conçoit enfin que les concessionnaires du privilège pour une réédition, Coignard et Cie, aient éprouvé le désir d’être appuyés, recommandés, défendus contre la concurrence que l'édition d'Anvers, répandue à profusion et peu coûteuse, ne pouvait manquer de leur faire. L’opportunité de l’article que nous avons cité ne peut donc être contestée. Il ne suffit pas pour infirmer la valeur de ce témoignage, de rappeler qu’il émane des amis de léditeur, si même il n’est pas un communiqué suggéré par lui. Le tout est de savoir si l’auteur anonyme de cet article pouvait être bien informé et il est important de constater dans son affirmation l’existence da manuscrit auquel il renvoie.
Tout éditeur qui se rend coupable d’une falsification plus ou moins déguisée ou de remaniements de nature à faire accuser sa fidélité, s’empresse, d'ordinaire, de détruire toutes les preuves matérielles, dès que l’impression de l’œuvre est achevée. Or ici la publication totale était terminée depuis un an.
Qu'il s'agisse de l’autographe ou de lexemplaire copié à l’usage de Bourdaloue, suivant le sens naturel des mots « manuscrit de l’auteur », ou même de l’exemplaire manuscrit remis par Bretonneau aux censeurs et à
1. V. note d, p.207, deux lettres de Bretonneau au libraire Rigaud.
l’imprimeur, il est important de savoir que ce manuscrit existait après l'impression terminée.
Au point de vue de l'espoir, bien faible, qu’on peut garder encore de retrouver ces précieux papiers, c’esl quelque chose de constater qu'ils n'avaient point été détruits, comme il arrivait pour presque tous les ouvrages imprimés, au fur et à mesure de la publication, comme il advint aux manuscrits autographes de tous les livres imprimés du vivant de Bossuet, dont on n’a guère pour tenir lieu du manuscrit que l’exemplaire annoté par l’auteur. Si donc c'est peu matériellement de gagner une année sur ce que nous savions déjà par l’avertissement des Pensées proclamant qu’en 1734, Bretonneau avait en main les papiers de Bourdaloue, cette unique année est moralement beaucoup, notamment par rapport à l’impression complète. Car malgré ja distance qui sépare encore l'année 1735 de la dispersion des archives de la Maison professe, fermée en vertu de l’arrêt du 6 août 1762, il n'y a pas de raison de croire que les bibliothécaires de cette maison, à qui probablement avaient été remis les papiers confiés jadis par Bourdaloue au P. Bretonneau, n’aient point connu l’importance de ce dépôt.
A l’époque où l'éditeur de Bourdaloue achevait sa tâche, pour s'occuper bientôt d'éditer ou mieux de rééditer les (Œuvres spirituelles du P. Le Valois (1339), puis les Panéqyriques des Saints de la Rue (1740), le Père qui remplissait la charge de bibliothécaire, n’était pas homme à se désintéresser des manuscrits et des éditions de Bourdaloue. Ni par tempérament, ni par office, le P. de Tournemine ne pouvait rester indifférent. Chargé depuis 1719, à son arrivée dans la maison, de la bibliothèque dont 1} garda le soin Jusqu'à sa mort (16 mai 1739), il avait en outre reçu, en 1725, à la mort du P. Philippe Buonami! la mission de préparer les éléments de la