FRUITS DE LA MISSION DE MONTPELLIER
licisme à Montpellier au moment du séjour qu'y fit quatorze ans auparavant notre orateur.
Il est probable que tous les fruits de conversion produits par la mission de 1686 ne furent pas publiés et que Bourdaloue ne s'était pas borné à instruire les nouveaux catholiques, mais avait aussi prêché la morale au point d'exiger quelques réformes. Espérons que de plus amples renseignements locaux nous mettront à même de mieux connaître la période passée dans le midi, du mois de février au mois d'avril 1686 !.
1. J'ai recueilli, dans des Nouvelles ecclésiastiques, de source janséniste et d’un esprit particulièrement haineux, un passage qui fait évidemment allusion à quelque réforme de ce genre exigée sans doute par Bourdaloue, et qui peut-être ne tint pas après son départ. Il s'agit d'une demoiselle de Gévaudan, calomniée peut-être, mais dont la réputation parait mise en doute dans cette correspondance assez venimeuse. Les allusions resteront peut-être obscures, à moins que des recherches locales ne réussissent à préciser les faits ; mais dans l’état actuel où se présente le document sujet à caution, on peut supposer que la personne ici mise en cause, fut une des auditrices de Bourdaloue.
Le P. Lauras (p. 338) signale la marquise de Castries, sœur du cardinal de Bonzi ; c'est bien la nièce du cardinal, ici nommée Mademoiselle de Castres*. Sous la date de juillet 1688 (fr. n. a.1732, p. 28) on lit : «... Les deux cardinaux (de Bouillon et de Bonsi) se sont separez sans aucune marque de leur ancienne amitié. Celuy de Bouillon fut bien inuité à la noce de la nièce du cardinal de Bonsi, mais il ne s'y troùuua pas. Trois éueques y assisterent, contre l'assemblée des quels les bons peres ne fairont pas tant de bruit que contre de moindres, plus ecclésiastiques. IL s’y passa une chose mémorable. M. de Montpellier, aprez auoir fait une petite exhortation sur les deuoirs du mariage aux deux futurs époux, demande à Madlie de Castres si elle ne consentoit point à épouser le marquis de Gants, elle se leua en pleurant et alla consulter ou prendre la permission de son oncle le cardinal de Bonsi. Il luy dit ce qu'il luy plut pour dire ouy et ensuite luy donna une couronne de fleurs, luy disant de prier une demoyselle qui füt vierge de luy mettre sur la tete cet ornement uirginal. La demoiselle sans hésiter la présenta à Mademoiselle de Geuaudan, qui la reçut fort bien et la luy mit sur la tete pendant la ceremonie du mariage. Aussy, depuis ce jugement canonique et cette purgation plus commode que les anciennes par le feu et par l'eau, la demoiselle ne bouge plus de son ancienne cour, soit à Villemagne, soit à Montpellier. Son palais se continue, mais sous un autre nom que le sien ; mais on convertit les dorures et les rares peintures projetées, en ocre et en cireure (sic). Vous voyez qu'il fait bon d’avoir des amis en cour et que ce que l'on avoit dit contre les auis du pere Bourdaloïie étoit une pure
fausseté. »
* Castries se prononce Castres. Cf. Mémoires de Saint-Simon, t. ur, p.537.
646 CLÔTURE DU CARÈME
Le P. Lauras assigne au jour de Pâques, 14 avril, la clôture du carême, et c’est assez probable, étant donnée la délibération du chapitre, tenue le 16 avril suivant :
Le chapitre a député MM. de Crouzet, Largier, vic. gén., et MM. les syndics, pour visiter le R. P. Bourdalou (src), Jesuite, qui a prèché à la cathédrale le carême dernier ; qui doit partir bientôt pour Paris 1.
Toutefois la date du 20 que nous savons être celle du départ laisse place pour des sermons postérieurs à celui du jour de Pâques, et peut-être, comme en plus d’une station analogue le carême comporta-t-il un dernier discours le mardi après la Résurrection.
1. Communication du P. Cros. Il y a un désaccord entre le texte de la délibération du chapitre tel que le présente le P. Lauras (t. 11, p. 373) et la transcription ci-dessus. Une divergence de dates, — le P. Lauras indique le samedi saint 13 avril, — ne ferait pas grande difficulté, si l’on imagine que le 13 fut le jour où fut décidé en chapitre l'envoi de la députation, qui probablement ne s'acquitta pas de cette démarche avant que le prédicateur eût donné son dernier sermon. Les différences des noms sont plus à remarquer : le texte du P. Lauras porte « députa MM. Trouzet, abbé de Franquevaux, Ouvrier et Laugier, vicaires généraux, et MM. les Syndics...» Je me demande si le second des trois noms ne désignerait pas simplement la qualité de Marguillier ; il est fort possible que ouvrier ait ici cette signification. La différence des deux textes m'avait conduit à le soupçonner, et je rapprochais celte possibilité du mot œuvre, (demeuré dans banc d'œuvre), et très usité alors pour signifier le corps de la fabrique de l'église, la fabrique elle-même en ses divers sens. ; témoin le document sur Saint-Sulpice cité plus haut à l'occasion du carème de 1678 où on lit (p.4372)... «sans pouvoir prétendre autre chose de l’œuvre » (œuvre est pris évidemment ici au sens de fabrique, puisque ce sont des marguilliers qui stipulent cette convention). Mes soupçons ont été confirmés par une communication de M. F. Castets, qui, parlant de ses recherches sur Bourdaloue à Montpellier, écrit: « par exemple, trouvantle mot: «ouvrier », je traduirai, au lieu d'inventer un M. Ouvrier qui n'a jamais existé: cela veut dire « marguillier, » (Lettre du 29 avril 1901). Sans nul doute, il s'agit de la pièce que le P, Lauras, après d'autres peut-être, a mal comprise et de ce nom d'ouvrier, au sens de marguillier. Bien qu'aucun dictionnaire ne signale cette acception, c'est l'Encyclopédie qui fournit la confirmation la plus sûre. Après la définition du mot marguillier, on lit: « Les marguilliers sont nommés en Latin, Mmalricularii, aedilui, oPERARU, administratores, hierophylaces, & en François, dans certains lieux, on les appelle fabriciens, procureurs, luminiers, gagers, &c. (Encyclopédie, éd. de Lausanne et Berne, 1780, t. xx1, p. 67.) N'est-il pas légitime de supposer que cet el cetera autorise la traduction ouvrier pour operarii, et que le document transcrit par le P. Lauras contient un nom propre « à traduire » en marguillier ?
J’ai émis plus haut ! l'hypothèse, assez gratuite, d’un passage à Bourges au retour de la mission de Montpellier ; il faut avouer surtout que nous ne savons rien de ce voyage soit à l'aller, soit au retour, sinon que dans une de ses exhortations, que nous essayerons de dater plus bas, après 1697, Bourdaloue fait allusion à cette année 1686 durant laquelle il eut occasion de traverser la France. Parlant du zèle des ouvriers apostoliques sortis du séminaire pour lequel il sollicitait la charité des fidèles :
Je l'ay veû, dit-il, & j'en puis rendre temoignage. Honoré des ordres de nostre incomparable Monarque, & envoyé pour annoncer l'Evangile à des peuples éloignez, j'ay veû sur ma route de ces missionnaires & de ces dignes pasteurs du troupeau de Jesus-Christ. Mais avec quelle consolation les ai-je veûs ? avec quelle admiration ! j'en ay encore le souvenir vivement imprimé dans la memoire, & je ne le perdray Jamais... ?
Le voyage de Bourdaloue dut s’effectuer rapidement et dès la fin d’avril 1l était, sinon de retour, du moins prochainement attendu, si l’on s’en peut rapporter à cette phrase d’une lettre écrite de Paris, le 29, par M" de Sévigné au président de Moulceau, son correspondant de
Montpellier :
A Paris, lundi 29 avril 1686.
.….. Tout ce qui est ici vous salue, et notre ami ne sait rien de cette lettre précipitée, Je parlerai bien de vous avec Bourdaloue...
Troisième avent (huitième station) à la cour.
Entre la date approximative du retour à Paris et l’avent à la cour, il ne se rencontre aucune mention de Bourdaloue. Pendant l’absence « du grand Pan » comme parle la marquise, la Liste des prédicateurs, pour Île
HNPA270;
PRRSTEXTT DE 007
3. Lettres de Mr de Sévigné (au président de Moulceau), éd. Hachette, t. vx, p. 501.