LE SERMON SUR LA SAINTETÉ
me semble en situation l’année même des grandes missions qui suivirent l’édit, et avant les péripéties de la Ligue d'Augsbourg, peu de temps après l’érection de la Statue du roi sur la place des Victoires (28 mars 1686), plutôt que dans l’une des années de cette rude guerre des coalisés contre la France. A la fin de 1689, le roi faisait porter à la Monnaie sa vaisselle d'argent et il n’eût plus été vrai de le représenter partout triomphant, Toutefois la déclaration de guerre à l'Angleterre et au prince d'Orange, le 25 juin 1689, pouvait être regardée comme une sorte de croisade contre l’hérésie, et c’est ainsi qu’elle fut envisagée par bon nombre de sujets de Louis XIV, témoin celte lettre de Bossuet, écrite de Coulommiers, le g octobre 1688, plusieurs mois avant cette déclaration de guerre et au moment où les menaces de prises d'armes contre la France étaient bien en effet la revanche de l’édit de 1685 et des rigueurs de Louvois, au dedans comme au dehors :
Je suis venu ici célébrer la fête de saint Denis, dans une paroisse qui lui est dédiée, afin d’exciter les peuples à la prière dans ces menaces terribles qu'on fait autant contre l'Eglise catholique que contre l'état. C’est le cas plus que jamais d’invoquer Dieu et de demander les prières de l'ancien protecteur de nos rois et de la France 1...
A prendre les paroles du sermon telles qu’elles sonnent, il serait surtout question de la grande entreprise qu'aucun roi n'avait osée, c’est-à-dire de celte révocation que Bossuet appelait «le miracle » de son temps? bien plus que de guerres extérieures, même ayant pour but de maintenir celte mesure. Je penche donc pour l'attribution à l’année 1686 du sermon sur la Sainteté imprimé avec le compliment final qui se lit dans Pédition.
îi. Lachat, t. xxvi, p. 445, lettre à Mabillon. Cf. De munere pastorali BoOsSUC el P AC IT UD 01.
9, Lebarq, t. vi, p. 321. Oraison funèbre de Le Tellier. Cf. De munere paslorali Bossuel, 11 P, c. IV, p.155 et suiv. Cf. Sévigné, ci-dessus, p. 6271.
Rappelons-nous que plus d’une fois peut-être le même discours avait été prêché à la cour, mais que suivant toute apparence, le passage relatif à la révocation de l’édit de Nantes, a été inséré et donnéle 1“ novembre 1686 !.
Premier dimanche de l’avent, 1er décembre, à Versailles. — Le mal du roi va toujours de mieux en mieux. Monseigneur et Madame la Dauphine allerent au sermon du P. Bourdaloue, et de là, Monseigneur monta en traîneau et alla faire le tour du canal. Le soir il y eut comédie françoise ?.
Second dimanche, 8, à Versailles. — On a encore donné quelques coups de ciseaux au roi ce matin, M la Dauphine a fait
ses dévotions 5.
On ne parle pas de sermon de Bourdaloue. Le sermon, comme la fête de la Conception aura été remis au lendemain.
Lundi 9, à Versailles. — On fit de grandes incisions au roi le matin, il souffrit plus que le jour qu’on lui fit l'opération. Les chirurgiens assurent fort qu'il n'y a plus rien à couper, et que sa guérison est assurée, Le mal que Sa Majesté a souffert ne l'a point empêché de tenir son conseil et de voir les courtisans à l'ordinaire. Monseigneur et Madame la Dauphine allèrent au sermon du P. Bourdaloue et à Vêpres #
Troisième dimanche, 15, à Versailles. — Madame Ja Dauphine fut au sermon du P. Bourdaloue, Le soir il y eut appartement.
Quatrième dimanche, 22, à Versailles. — Le roi vint à la messe à la tribune de sa chapelle et donna audience à milord Haram, etc. — Madame la Dauphine alla au sermon du P. Bourdaloue, après avoir donné audience: le soir il y eut comédie francçoise 5
Mardi 24, à Versailles. — Le roi entendit dans la chapelle les trois messes de minuit, et il ne descendit pas en bas, il donna
1. A signaler au 4 novembre la mort d'Olivier Le Fevre d'Ormesson, le père de l'intendant de Lyon assisté par Bourdaloue, le 13 août 1684.
Cf. p. 517 et plus bas note b, du livre 1v,