ERREUR DE SAINTE-BEUVE
parte des œuvres de Bourdaloue ?. » Il faut donc renoncer, comme je l'ai dit déjà, au langage au moins inexact, sinon décevant, qui fait citer un sermon du second avent, sous cette rubrique erronée : Avent de 1697.
I eût suffi à Sainte-Beuve, pour ne pas rapporter aussi assurément à l’année 1686 un sermon que tous s’accordent à placer en 1697, de remarquer certaines phrases qui excluent son hypothèse, à moins qu'on n’admette une conjecture qui, sans être invraisemblable, a besoin d’autres preuves. Il faudrait en effet supposer qu’au lieu d’être en présence d’un compliment final se rapportant à une circonstance unique, nous avons par le fait de l’éditeur, ou du prédicateur lui-même, une refonte, unissant en une seule finale, deux péroraisons différentes. Plus probablement, le compliment sur le rétablissement de la santé du roi, semblant à l’éditeur faire double emploi avec la conclusion du sermon de 1697, a été complètement laissé de côté. Souvenons-nous que dans le plan adopté par Bretonneau, pour classer et publier tous les sermons gardés par Bourdaloue, et sans en rien perdre, il n’y avait pas place pour tous les exordes ou péroraisons spéciales que lPorateur, donnant à tant de reprises ses mêmes sermons de fêtes, avait été amené à composer, Donc à les supposer conservées par Bourdaloue, Bretonneau, même les ayant entre les mains, était forcé de choisir, et sans peine il devait le faire, uniquement attentif à donner au sermon son unité et sa force, et peu soucieux des allusions historiques.
Rien n’excuse en tous cas Sainte-Beuve de n'avoir pas lu ces mots qui infirmaient son hypothèse, car ils n’eussent pas été vrais dans un sermon de 1686 :
1. Feugère, p. 43. L'explication qu'imagine Keugère pour donner une raison à cette séparation de deux discours de mème date, peut n'être pas de première valeur, mais elle vaut mieux que celle d'oubli ou d’'ignorance que M. l'abbé Pauthe ne trouve pas «inacceptable,» (p.184). La connaissance des préoccupations d'éditeur de Bretonneau, telles que nous les ont montrées ses propres aveux et sa façon de concevoir le «Cours de prédication pour l’année liturgique » suffisent à expliquer comment les précautions « chronologiques » furent le dernier de ses soucis.
u 658 LE COMPLIMENT FINAL DE L AVENT
.… Depuis l’establissement de la Monarchie, aucun de nos Roys a-t-ilregné, & si long-temps, & si heureusement, & si glorieusement que Vostre Majesté ? Et pour le bonheur de la France, non seulement Vostre Majesté regne encore ; mais nous avons des gages solides, & presque des asseñrances qu’elle regnera jusqu’à l’accomplissement le plus parfait qu'ait eû jamais pour un Roy cette sainte priére, Dies super dies Regis adjicies. Depuis l’establissement de la Monarchie aucun de nos Roys a-t-il veû dans son auguste famille autant de degrez de generations & d’alliances que Vostre Majesté en voit aujourd’huy dans la sienne ? Et sans estre, ni Oracle, ni Prophete, j'ose predire avec confiance à Vostre Majesté, du moins j'ose espérer pour elle, qu'elle n’en demeurera pas là, mais qu'un jour elle verra les fruits de cet heureux mariage qu’elle vient de faire, & qui étendra ses années à une nouvelle generation ; ef annos ejus usque in diem generationis & generationis. (T. 1, p. 541-542.)
Sainte-Beuve et Rochebilière eussent pu remarquer encore, un peu plus loin, ces mots qui reportent ce passage après le 7 décembre 1697:
.… Un Fils digne héritier de vostre Throsne & qui n’eût jamais d’autre passion que de vous plaire; un Petit-fils, formé par vous & déjà establi par vous ; une Princesse, son épouse, vostre consolation & vostre Joie; de jeunes Princes dont vous devez tout vous promettre.
La duchesse de Bourgogne dont l’histoire vient d’être écrite avec charme et sûreté d’information!, est aisément reconnaissable ici. Le Rex in aeternum vive, que Sainte-Beuve avait détaché comme un témoin de 1686, est trop bien lié à cette péroraison pour qu’on puisse sérieusement hésiter à placer ce morceau, comme l'ont fait avec raison Feugère, Lauras, et après eux M. le chanoine Pauthe, à la fin du dernier avent de Bourdaloue, qui fut son adieu à la cour.
I faut donc exclure l'hypothèse de l'année 1686, mais, à ce sermon du 25 décembre 1686 ou mieux à sa péroraison, connue seulement par une mention, se pourraient rattacher ces mots, comme allusion à la guérison du roi :
1. Revue des Deux-Mondes. M. le comte d'Haussonville, La duchesse de Bourgogne el l'alliance savoyarde sous Louis XIV, 1* mars, 1‘ avril, 1% mai 1899, 15 mars, 15 avril, 1 juin 1900.