‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 120 sur 475 · ORAISON FUNÈBRE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE CONDÉ

Voici la relation d’un récent biographe :

Dans l'automne de 1686, des souffrances plus vives et une faiblesse plus grande l'empêchèrent d’aller à Basville avec M. de Lamoignon. Celui-ci consentit qu’elle se retirât pendant son absence à la Visitation où après avoir eu une sœur bien aimée, elle avait actuellement des nièces. Lui-même la conduisit dans la sainte maison, disant aux religieuses qu’il leur confiait ce dépôt pour un temps, mais aussitôt son retour viendrait le retirer. Elle passa dans le monastère une partie de l'hiver. (C’est chez son frère qu'elle mourut, assistée par son confesseur le P. Dubois et par Bourdaloue.)

Le 14 avril : On fit venir le P. Dubois... (p. 289).

P. 291 : Le pere Bourdaloüe, en qui elle avait une grande confiance, étant venu au point du Jour, elle le reconnut et parut répéter intérieurement les paroles pieuses qu'il lui suggérait. Cet état dura jusqu'à onze heures. Elle conservait un air tranquille et je ne sais quoi de doux sur son visage qui révélait la paix de son âme. Elle était dans sa chaise, son oppression ne lui permettant pas de garder le lit. Ce fut là qu’elle rendit l'esprit sans convulsion et sans effort, ayant cessé de craindre la mort dès qu’elle l'avait envisagée de près 1...

Samedi 26 avril. — Oraison funèbre de Condé.

On connaît la lettre de M" de Sévigné, envoyée aussitôt gne, après la cérémonie :

A Paris, ce 25 avril 1687.

Je commence ma lettre aujourd’hui, et je ne l’achèverai qu'après avoir entendu demain l'oraison funèbre de Monsieur le Prince par le P., Bourdaloue...

Je suis charmée et transportée de l’oraison funèbre de Monsieur le Prince, faite par le P. Bourdaloue, Son texte fut : Que le rot l'avort pleuré, et dit à son peuple : « Nous avons perdu un Prince qui éloit le soutien d'Israël. » C’est dans la Sagesse ?,

1. Mlle Louise Masson, Madeleine de Lamoignon, Lyon, Vitte, 1896, in-12, Ch. xxur, p. 255. Cf. note c du livre 1v, épitaphes de Milk de Lamoignon et de sa famille.

2, Mme de Sévigné cite ce texte de mémoire ; il n'est pas tiré du livre de la Sagesse, mais du second livre des Rois (chapitre nr, verset 38 et 35, et non, comme il est dit dans les éditions de Bourdaloue, chapitre XxXXIn). Le voici sans altération. Le Roi dont il est parlé est David; le mort Abner: « Le Roi lui-même touché de douleur, et versant des larmes, dit à ses serviteurs : [gnorez-vous que le Prince est mort, et que dans sa personne nous venons de perdre le plus grand homme d'Israël ?... 11 est mort, mais non pas comme les lâches ont coutume de mourir. » — Les mots : « C'est

dans la Sagesse » ont été supprimés dans l'édition de 1697 et dans toutes

celles qui ont paru depuis, Lettres de Mme de Sévigné, t. vin, p.47, note 6:

Page 1