LEÇON DANS L'ÉLOGE
avec quelle prudence & quelle force n’y chercha-t-il pas le remede. Ayant convoqué pour cela un concile à Paris, où il fit faire sur le sujet des benefices des reglements, contre lesquels ni le temps ni la coutume ne prescriront jamais. Reglements dont il voulut estre le premier & le plus religieux observateur, s’estant mesmes osté le pouvoir d'en dispenser, & par un serment solennel s’estant obligé à n'avoir jamais sur cela nulle acception de personne. Reglements, si je les rapportois, qui confondroient le relaschement de nostre siecle, & peut-estre mesmes sa pretenduë severité. Celuy qui regarde la pluralité des titres, que saint Loüis traitoit de monstrueuse, ne suffivoit-il pas pour nous humilier? Nous nous piquons sur les anciens canons d'’exactitude et de severité chrestienne; mais nous nous en piquons en speculation, & saint Loüis par son zéle la mettoit eu œuvre. (Zbid., p. 133.)
N’y aurait-il pas aussi quelque souvenir des exécutions que nous avons rencontrées plus haut dans les Mémoires de Sourches, et des exils de la cour qui frappèrent en 1682 un certain nombre de jeunes libertins, dans le récit des réformes de saint Louis ?
… Il faisoit faire de temps en temps des informations juridiques de la vie & des mœurs de tous les officiers de sa cour ; & s’il s’en trouvoit parmi eux de libertins, sur tout de libertins par profession ; s’il en decouvroit de notez & décriez par leurs debauches, quelque merite d’ailleurs qu'ils pussent avoir, il les éloignoit de sa personne : estant convaincu qu'il ne pouvoit ni ne devoit faire nul fond sur la fidelité de ceux qui par libertinage avoient secoüé le joug de Dieu... (/bid., p. 137.) ÿ
Mais peut-être cette allusion est-elle moins encore un éloge des réformes déjà opérées, qu’une leçon et une invitation à répéter les applications déjà faites. La mesure reprise en 1684 avait été assurément insuffisante, si nous en croyons les lettres malveillantes, mais en somme bien informées, de la seconde duchesse d'Orléans. Le vice infâme que Bourdaloue avait prié le roi d’exterminer, régnait encore d’après cette lettre du 20 décembre 1687, dont le commentaire, déplacé ici, serait à chercher dans Île chansonnier de Maurepas ! :
1. Edition de Leyde, 1865, t, 11, p. 5. Cf. plus haut, p. 584.
Je trouve, écrivait l'Allemande, (bien aise de daubersurles Français, tout en s'amusant, plus qu'il n'eñt convenu, du récit de leurs vices}, Je trouve la lettre de La Citardie (La Chétardie) bien gentille. Si nos chastes oreilles ne pouvoient entendre ces choses-là, il nous faudroit quitter la France. Tous les jeunes gens, et beaucoup de vieux, sont tellement entachés de ce vice, que l’on n'entend plus parler d’autre chose ; on tourne en ridicule toute autre galanterie et il n’y a que les gens du commun qui aiment les femmes... 1
La part faite aux exagérations d’un témoin hostile porté à généraliser des faits, trop regrettables même à titre d’exceptions, 1l faut reconnaître que cette correspondance, de peu postérieure au sermon, est de nature à l’éclairer et à montrer dans le choix de certains développements, une intention au moins probable.
Du reste, si nous nous sommes exposés à prêter peutêtre à notre orateur des pensées qu’il n'avait pas eues, il nous est possible de relever dans le discours de la fête de saint Louis, les éloges directs, non suspects d’interprétetions arbitraires. Commençons par l’adresse à M°° de Maintenon qui, pour le correspondant janséniste, faisait le sujet du discours entier.
Après avoir tiré cette conclusion que tout chrétien devait, à lexemple de saint Louis, exercer tous ses emplois « dans l’esprit d’une exacte religion », l’orateur poursuit :
Cette morale convient à tous, mais c’est particulièrement à vous, Ames chrestiennes, que je prétends aujourd’huy l'appliquer ; à vous que la providence a choisies pour estre élevées dans cette sainte Maison ; à vous que je puis bien appeler les éluës de vostre sexe, puisque Dieu, par sa misericorde, vous a predestinées entre mille autres pour estre admises dans ce sejour de la vertu. C’est à vous, dis-je, que je parle ; c’est pour vous que Dieu a excité la pieté du plus grand Monarque du monde; pour vous que le successeur de saint Loüis, & l’héritier de son zéle aussi bien que de sa couronne, a formé l'important dessein de votre establissement; pour vous qu'il a entrepris ce grand ouvrage, qui sera un monument éternel de sa religion,
1° Ed Tœglé, 6.1, p 62.