SOANEN ET BOURDALOUE
Pour l'opposition que la malveillante gazette essaie d'établir entre les sermons et les succès de Soanen et ceux de ses prédécesseurs, c’est bien à tort; ce n’est pas une innovation que l'assistance du roi à des sermons de la semaine. On sait que même plus Jeune et pris par des passions qui lui faisaient impatiemment supporter les leçons de morale de la chaire, Louis XIV n'avait pas laissé d'entendre plus d’un sermon de Bossuet, même hors du dimanche et des fêtes, et il suffit d'ouvrir les Mémoires du temps ! pour trouver le roi aux sermons de semaine de Bourdaloue. Est-ce erreur ou mauvaise foi de l’auteur anonyme, qui prétend opposer Soanen à Bourdaloue ? Cette rivalité maligne n'existait pas du reste entre les deux orateurs. Nous avons vu par la préface des sermons de Soanen que Bourdaloue l’entendit volontiers et le goûta et je dois à une aimable communication faite au P. Chérot l'extrait d’un manuscrit du temps où le biographe très janséniste de Soanen est obligé de constater que cette estime était réciproque :
L'auteur du manuscrit — bien à regret, semble-t-il, — constate que Soanen fut en relations avec quelques pères Jésuites, les pères
Girou, Gaillard et Bourdaloue (p. 14). On y lit même: CII (Soanen) Pa regardé (Bourdaloue) comme le premier prédicateur de son siècle 3. »
Rectifions enfin, grâce à la savante annotation du La Bruyère de M. Servois la nouvelle, donnée ici, du sermon de la Cène par l'abbé Roquette. Ce sermon resta en projet.
1. V. par exemple le second carème à la cour en 1674, plus haut, p.374, et notez que c'est en pleine époque des désordres du roi.