‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 135 sur 475 · L'ABBÉ ROQUETTE · texte numérisé non relu

L'ABBÉ ROQUETTE

Sur la pensée 13 du chapitre de la chaire, dans les Caractères : L'on peut faire ce reproche à l’héroïque vertu des grands hommes qu'elle a corrompu l’éloquence des prédicateurs.

… On est heureux si à l’occasion du héros qu'ils célèbrent jusque dans le sanctuaire, ils disent un mot de Dieu... Il s’en est trouvé quelques uns qui ayant assujetti le saint Evangile, qui doit être commun à tous, à la présence d'un seul auditeur, se sont vus déconcertés par des hasards qui le retenaient ailleurs, n’ont pu prononcer devant des chrétiens un discours chrétien qui n'était pas fait pour eux, et ont été suppléés par d’autres orateurs qui n’ont eu le temps que de louer Dieu dans un sermon précipité.

Sur cette pensée les clefs racontent l’anecdote suivante : «L'abbé de Roquette, neveu de l’évêque d’Autun, devant prêcher le sermon de la cène en présence du roi, avoit composé un discours tout à la louange de ce prince ; mais Sa Majesté ne pouvant s’y trouver, l'abbé n’osa prononcer un discours où il était parlé beaucoup du roi et peu de Dieu. »

« Cette mésaventure de l'abbé de Roquette, poursuit le commentateur,est parfaitement authentique. » Le jeudisaint 15 avril 1688, Louis XIV, retenu par la goutte, ne put assister à la cérémonie de la cène : «L'abbé de Roquette, qui s'était préparé à prêcher devant le roi, dit Dangeau, s’excusa et la cérémonie s’accomplit sans qu'il y eut de sermon !. » Le sermon ne fut pas perdu, car l’abbé Roquette le donna le 7 avril 1689 *.

23 mars, mardi après le troisième dimanche. — Nous pouvons être sûrs qu’il y eut sermon en cette avant-veille de l’Annonciation, et sans en connaître le sujet, nous savons que Bourdaloue y trouva le moyen d'apprendre à son auditoire que le Dauphin et la Dauphine assisteraient au sermon du jeudi, celui de la fête.

Jeudi 25 mars, fête de l’Annonciation. — Il y eut bien sermon au jour dit, mais Monseigneur et la Dauphine n’y vinrent pas, au grand déplaisir de notre prédicateur,

{. Dangeau, t. 1, p. 130. La Bruyère, p. 226 et 423, t. 11. 2. Dangeau, ibid., p. 369.

malignement interprété par la gazette manuscrite, dont Rochebilière avait recueilli Panalyse :

Monseigneur et la Dauphine furent vendredi à la foire et à l'opéra. Le P. Bourdaloue les attendoit la veille à son sermon, jour de l'Annonciation et par une vanité pardonnable à sa robe, l’avoit dit à son auditoire deux jours auparavant; mais il fut un peu mortifié de ce qu'ils ne vinrent pas !,

26 mars, vendredi de la troisième semaine. — Sermon sur la Samaritaine ? Si le sermon sur ce sujet fut, comme il est probable, donné à Saint-Eustache à son jour liturgique, on peut conjecturer que M**° de Sévigné l’entendit. Cela semble ressortir de la lettre écrite de Paris à M" de Grignan le 28 mars 1689 :

… Laissons tout entre les mains de Dieu : je ne trouve de soutien et d'appui contre le triste avenir que je regarde, que la volonté de Dieu et sa Providence : on seroit trop malheureux de n'avoir point

cette consolation : Si vous connoissiez le don de Dieu; je me souviens de la beauté de ce sermon ?...

Nous retrouverons du reste cette lettre qui constate à une année de distance le succès de ce carême de 1688. Relevons une dernière date précise, attestant la présence au sermon de Bourdaloue de Monsieur et de Madame :

18 avril, fête de Pâques. — De Paris, ce 24 avril 1688.

Le 18, jour de Pasques, Leurs Altesses Royales (Monsieur et Madame et peut-être le due de Chartres et Mademoiselle) communierent et assistérent à la Grande Messe, en l'Eglise de Saint Eustache leur Paroisse : & l'après dinée, Elles y entendirent Vespres et la Predication du Pere Bourdaloue lesuite 3.

1. Bibliothèque Sainte-Geneviève mss. in-4°, Df. 16 v‘ vol. sans pagin.

2. Sévigné, t. VI, p. 558. Il y avait dix jours en 1689 que le sermon de la Samarilaine avait été prêché: il est du 18 mars; Mre de Sévigné avait entendu celui de Soanen. « J'en entendis un beau ce jour-là du P. Soanen : la Samaritaine ne fut point déshonorée; quelle douleur de la voir défigurée par des prédicateurs indignes ! Cela m’afflige. » Elle nous apprend aussi dans la lettre du jour même, 18 mars 1689: « Le P. Gaillard a préché ce matin très parfaitement la Samaritaine (à Saint-Germainl’Auxerrois) ; c'est le Bourdaloue de cette année. »

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