‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 138 sur 475 · UN COMPLIMENT À MADAME · texte numérisé non relu

UN COMPLIMENT À MADAME

à Madame, qui est à joindre aux morceaux analogues dont nous avons eu occasion de parler. Voici cette fin du sermon :

Voilà, Madame, le souhait que je fais pour vous et pour toute cette assemblée, car quoique votre Altesse soit dans un rang et dans une qualité à être au-dessus de toutes les attaques de la fortune, si à la béatitude à laquelle je vous considère, je n’ajoutois cette béatitude dont il est parlé dans l'évangile et qui consiste à entendre fidèlement la parole de Dieu, je ne me croirois pas en droit de dire que vous êtes parfaitement heureuse.

Votre Altesse a dans l'extérieur 1 tout ce que l’on peut souhaiter dans l’intérieur pour rendre une personne heureuse. Mais j'ose néanmoins assurer que, sans cette soumission à la loi de Dieu, où l’on vous voit si publiquement attachée, votre bonheur ne seroit jamais comblé. Car si la divine Marie, toute Mère du Verbe incarné qu’elle étoit, n'a été heureuse que parce qu'elle a été fidèle à entendre et observer la parole de Dieu, vous ne devez pas attendre un autre sort. Mais Votre Altesse a tant fait paroître d’assiduité et de fidélité pendant cette quarantaine, que je ne ferai point de difficulté d'assurer tout ce peuple que vous jouissez de cette double béatitude.

Peuples chrétiens, vous honorez les grands du monde, vous admirez toutes leurs actions, mais imitez aussi leur fidélité & par là vous participerez à leur grandeur ; vous participerez à leur béatitude dès cette vie, qui vous fera jouir, après, d'un bonheur éternel dans l’autre, que je vous souhaite au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Parmi les témoignages qu’il n’est pas possible d’assigner à un jour certain, mais qui se rapportent à quelqu'un des sermons de notre présent carême de Saint-Eustache, il faut compter ce fragment d’une lettre datée de mai 1688, et par suite relative apparemment à la dernière partie de la station de notre prédicateur :

Le nommé Paparel (ou Papavel) fils unique d’un homme dans les affaires, revenu de Pologne où son pere l’avoit enuoyé pour le rendre sage et le mettre à couuert de la justice, alla le lendemain de son retour au sermon du pere bourdaloüe, et y fit tant de querelles et d’impertinences que peu s’en fallut qu'il n’y uint à des voyes de fait auec des honnestes gens apres en auoir exercé auec des laquays ?.

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