LES SINGES DE BOURDALOUE
L'(évèque) de Meaux et le P. Bourdaloue me rappellent Démosthène et Cicéron. Tous deux, maîtres dans l’éloquence de la chaire, ont eu le dessein des grands modèles : l’un a fait de mauvais censeurs, l'autre de mauvais copistes {.
Probablement toutefois, dès l’année 1688, La Bruyère avait eu sous Îles yeux ces mauvais copistes de Bourdaloue (peut-être l'abbé de Brou qui avait prêché à la cour l'avent de 1685) et une année de plus n’ajouta pas graud'chose à lagacement de rencontrer dans les chaires ces «singes de Bourdaloue » qui ne faisaient dans leurs essais de portraits, que des « marmousets », sinon des caricatures ?,
Quant à une autre mention expresse de Bourdaloue qu'on lit aux œuvres de La Bruyère, elle est plus récente encore, étant postérieure à son discours de réception à académie, du 15 juin 1694, et c’est dans la préface à ce discours qu'on lit :
Prose, vers, tout est sujet à leur censure (les critiques envieux de La Bruyère)... On ne sait plus quelle morale leur fournir qui les agrée : il faudra leur rendre celle de la Serre ou de des Marets, et s'ils en sont crus, revenir au Pédagoque chrélien et à la Cour sainte . I paroît une nouvelle satire écrite contre les vices en général, qui d’un vers fort et d’un style d’airain, enfonce ses traits contre l'avarice, l'excès du jeu, la chicane, la mollesse, lordure et l'hypocrisie, où personne n'est nommé ni désigné, où nulle femme vertueuse ne peut ni ne doit se reconnoitre ; un Bourdaloue en chaire ne fait point de peintures du crime ni plus vives, ni plus innocentes : il n'importe, c'est médisance, c’est calomnie, Voilà depuis quelque
TEA D 0220; 2. V. plus haut, p. 5731.
3. Aussi est-ce à cette année 1694, dans son essai chronologique, que Rochebilière relevait ce détail, allusion tirée de la préface du discours à l'Académie française (t. 11, p. 444, éd. Hachette) : « Un Bourdaloue en chaire ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes : il n'importe, c'est médisance, c’est calomnie. »
M. Feugère avait oublié de mentionner ce petit fait dans sa thè°e sur Bourdaloue, M. Saint-René Taillandier le lui a doucement reproché dans la soutenance en Sorbonne. (R.)