‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 145 sur 475 · LE STYLE DE BOURDALOUE RETOUCHÉ · texte numérisé non relu

LE STYLE DE BOURDALOUE RETOUCHÉ

C’est par lui seulement qu’a dû se présenter le souvenir de Bourdaloue, à côté des mots «on écrit régulièrement. » Quant à l'esprit, il suffit de se rappeler le mot de Bourdaloue, sur l’abbé Boileau, pour se dire que notre orateur n’a jamais songé à en mettre dans ses discours ".

Ne faut-il pas aussi mettre au compte de léditeur Bretonneau l'erreur ou la distraction de Walckenaer, substituant au nom bien invraisemblable de Gonnelieu proposé par la clef du xvm® siècle, celui de Bourdaloue, en face de cette pensée 10° du chapitre de la chaire :

Un beau sermon est un discours oratoire qui est dans toutes ses règles, purgé de tous ses défauts, conforme aux préceptes de l’éloquence humaine, et paré de tous les ornements de la rhétorique. Ceux qui entendent finement n’en perdent pas le moindre trait ni une seule pensée, ils suivent sans peine l’orateur dans toutes les énumérations où il se promène, comme dans toutes les élévations où il se jette : ce n’est une énigme que pour le peuple 2. (Ed. 4e.)

Il est à croire que La Bruyère ne connaissait pas ce Bourdaloue régulier dans ses allures, quelque peu fleuri de rhétorique et énigmatique pour le peuple.

Au risque d’anachronisme, signalons, pour en finir avec la Bruyère, le prétendu parallèle entre Bossuet et Bourdaloue qui, datant aussi de la quatrième édition, dont l’achevé d'imprimer est du 15 février 1689, nous fait quelque peu anticiper ici sur les évènements.

1. Toutefois il faut se rappeler le sens ancien de ce mot, qui ne signifie pas uniquement un emploi de concetti et de traits, comme nous le fait figurer l'acception actuelle du mot. C’est ainsi que Mme de Sévigné, dans sa lettre sur le sermon du commencement du carême de 1683 (p. 550), écrivait: « Traiter cette matière si adroitement et avec tant d'esprit...» De même encore dans la lettre où elle raconte son succès à la représentation d'Esther, le 12 février 1689 (le 21 février, t, vi, p. 478): « Le Roi me dit : Racine a bien de l'esprit. » Je lui dis : « Sire, il en a beaucoup... » On peut citer nombre d'exemples de cette signification du mot esprit, pris au sens de talent. Ainsi, à l’occasion de cette même pièce d'Esther, M”° de Caylus disait : « Je crois que si l’on fait attention au lieu, au temps, et aux circonstances, on trouvera que Racine n'a pas moins marqué d'esprit dans cette occasion que dans d’autres ouvrages plus beaux en eux-mêmes, » (Souvenirs de Me de Caylus, p. 156.)

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