BOURDALOUE OUVRE LE CARÈME A LA COUR
Une gazette manuserite nous montre Bourdaloue à l’une des premières représentations d’Æsther *. Elle donne la date du 29 janvier et c’est bien ce qui semble ressortir de la lettre du 31 janvier (lundi) de M°* de Sévigné à sa fille. On sait que la première représentation avait eu lieu le mercredi 26 ?, la seconde, trois jours après :
Le roi et toute la cour, écrit la marquise, sont charmés de la tragédie d'Esther. Mm° de Miramion et huit Jésuites dont le P. Gaillard étoit, ont honoré de leur présence la dernière réprésentation à.
La Liste des Prédicateurs désigne le P.de La Rue, pour Je carême à la cour.
Sans prétendre expliquer comment il n’ouvrit pas Ja station du 2 février, nous savons par le témoignage très sûr de Dangeau, do par la Gaseite, que Bourdaloue donna à Versailles le sermon de la Purification.
1. Le 29 janvier 1689, représentation d'Esther à S. Cyr. Les PP. de la Chaize, Bourdaloue, de la Rué, Gaillard, Menestrier, et cinq autres et Mue de Miramion.
(Biblioth. nationale, fonds français 23,499. — Note donnée par le P. Le Lasseur. C'est une copie de gazette à la main. Cf. plus bas, janvier 1690.
2. « 1689 janvier. Mercredi 26, à Versailles. A trois heures, le roi et Monseigneur allèrent à Saint-Cyr où l'on représenta pour la première fois la tragédie d'£sther, qui réussit à merveille. Mme de Maintenon avoit disposé de toutes les places... Le roi, les dames et les courtisans qui eurent permission d'y aller en revinrent charmés. Il y avoit de courtisans MM. de Beauvillier, la Rochefoucauld, de Noaiïlles... et MM. de Louvois, de Chevreuse, les évêques de Beauvais, de Meaux et de Châlons sur Saône...» (Dangeau, t. 11, p. 310). On voit donc que Bossuet devança Bourdaloue à la représentation d'Esther. Dangeau ne parle plus de représentations d'Esther avant le 3 février où il écrit: «Jeudi 3 à Versailles. Après diner, le roi, Monseigneur et Madame la Dauphine, et toute la maison royale allèrent à Saint-Cyr où on joua la tragédie d'Esther. Il n'y vint que les dames et les courtisans que le roi nomma, et tout le monde en fut également charmé... » (P. 322.)
« Samedi 5, à Versailles. Le roi dina de bonne heure et en sortant de table alla à Saint-Cyr. Surles trois heures, le roi et la reine d'Angleterre y arrivèrent. Le roi les reçut dans le chapitre et ensuite les mena voir la tragédie d'Æsther.»
3. Sévigné, t. vin, p. 445. Une note de Monmerqué cite ici Th. Lavallée et ajoute : M Lavallée ne nous donne pas les noms de ces huit jésuites qui virent Esther en février (?) 1689, mais il nomme, p. 100 (de Mme de Maintenon et Saint-Cyr) les PP. Bourdaloue, Delarue, Gaillard, comme étant de ceux qui y allèrent au commencement de 1690.
702 CONJECTURES DU P. LAURAS
Mercredi 2 février. — A Versailles. Tous les chevaliers de l'ordre se rendirent à onze heures dans la chambre du roi, et l’on marcha à la chapelle. .... L’archevèque de Reims officia. — L'aprèsdinée, le P, Bourdaloue prêcha. Le roi et toute la maison royale furent au sermon, à vêpres et au salut 1.
De Versailles ce 11 février 1689.
Le 2 de ce mois feste de la Purification le Roy accompagné de Monseigneur le Dauphin. de Madame la Dauphine, de Monsieur & de Madame entendit dans la chapelle du Chasteau, la prédication du P. Bourdaloüe, Jésüite, & Vespres chantées par la musique ?.
Sur ce sermon du carême royal, ouvert par Bourdaloue et prêché par La Rue, nous rencontrons un essai d’identification tenté par le P. Lauras qui attribue à cette année le troisième sermon pour la Purification, classé dans les Mystères, dont le sujet est le domaine de Dieu.
Avouons que le compliment au roi qui termine ce discours est trop vague pour comporter une date et faire affirmer que nous avons ici le sermon de 1689. La cérémonie de la procession des chevaliers de l’ordre de saint Michel, à laquelle Lauras voit une allusion, très contestable à mon sens, est de tous les ans à pareille date, et quant à l’éloge, assez banal, qui « montre le roi au comble de la grandeur humaine» , il n’a rien qui fasse pencher pour cette année plutôt que pour un des avents qui précèdent, celui de 1684, ou mieux encore de 1686, quelque temps avant l’érection de la statue de la place des Victoires. Les mots: « Ce que toute l’Europe attentive à vous considérer, est forcée de reconnaitre elle-mesme & à quoy elle ne peut refuser des eloges, d'autant plus glorieux qu’elle aurait d'autant plus d’interest à les diminuer & à les obscurcir », me paraissent un peu retarder sur la guerre de la ligue d'Augsbourg, commencée depuis 1688, etl’Europe, en 1689,