BOURDALOUE NE PRÈÊCHE PAS CE CARÊME
était occupée à toute autre chose qu’à admirer Louis XIV.
I est plus vrai de dire que le sermon du 2 février 1689 n’est pas connu.
Le silence de Bourdaloue durant ce carême est attesté par la lettre de M* de Sévigné, du 18 mars, rappelant son succès d'antan. Nous l’avons lue à la vraie date qui lui convenait à propos du carême de 1688. D'ailleurs Bourdaloue ne pouvait rester absent de la pensée de M°° de Sévigné et de ses amis. On voit partout qu'ils le plaçaient haut dans leur estime, témoin l’anecdote que raconte à Bussy, dans une lettre ajoutée à celle de M" de Sévigné au 16 mars, Corbinelli lui conseillant de faire le récit de la dernière guerre et le panégyrique des deux rois :
Un irlandois écrivait dernièrement à un Anglois, son ami, qui étoit à la cour de France, et le prioit de lui mander comment leur roi y avoit été reçu. L’Anglois ne lui répondit autre chose que ce verset du psaume : Dixit Dominus Domino meo: « Sede a dextris meis, donec ponam inimicos luos scabellum pedum tuorum. » Je défie M. de Meaux, d’Autun, Fléchier et Bourdaloue, ces grands panégyristes, de faire un plus bel éloge du roi que cela’
Il faut avouer toutefois que le voisinage de Bossuet qui honore Bourdaloue comme panégyriste, au-delà peut-être de son mérite en ce genre, est fortement corrigé par le
1. Nous rencontrons cependant (et nous retrouverons encore à la fin de cette année) des aftirmations bien confiantes de M. l'abbé Pauthe, qui, sans dire où il à pris sa conjecture, se prononce pour ce sermon des Mystères (p. 174). Mais ce qui est plus grave, trop fidèle à une funeste coutume de donner des références vagues et inexactes, il nous dit:
«Nous devons encore un détail à Dangeau sur les stations du grand orateur à la cour en 1689; il nous informe en effet que le « Carème y fut en partie prêché par lui et ouvert le jour de la Purification, ce qui ne l'empêcha pas d'y donner l'Avent ».
À cette phrase, si peu dans le goût de Dangeau, et qu'il met entre guillemets, l'auteur ajoute cette indication: «Journal, Décembre 1689 » 11 va de soi qu'il ne faut espérer rencontrer dans le Journal, que la mention de Bourdaloue au ? fevrier, puis, en novembre et décembre, l'indication des sermons d'avent entendus par le roi. Mais pourquoi, par un élalage de citations qui ne peut qu'égarer l'opinion, vouloir insinuer que Dangeau a remarqué que le prédicateur du mois de decembre avait donné en partie le carème? Il est inexact d'ailleurs, pour un sermon unique d'ouverture, de dire que Bourdaloue « a prêché en partie » le carême de 1689.