PRÉFÉRENCES DE M“ DE SÉVIGNÉ
Ecoutons les confidences de la marquise sur ses lectures préférées :
Je relis même avec mon fils de certaines choses que j'avois lues en courant à Paris, et qui me paroissent toutes nouvelles, Nous relisons aussi, à travers nos grandes lectures, des rogatons que nous trouvons sous notre main, par exemple toutes les belles oraisons funèbres de M. de Meaux, de M. l'abbé Fléchier, de M. Mascaron, du Bourdaloue : nous repleurons M. de Turenne, M"° de Montausier, Monsieur le Prince, feu Madame, la reine d'Angleterre; nous admirons ce portrait de Cromwell : ce sont des chefs-d'œuvre d’éloquence qui charment l'esprit. Il ne faut point dire : « Oh! cela est vieux; » non, cela n'est point vieux, cela est divin 1.
On avouera donc que dans les lectures et jugements de la marquise et de ceux qui fréquentaient chez elle, Bourdaloue est en bonne compagnie. Ceux qui la consolaient de son silence durant le carême de 1689 semblent être surtout et Soanen dont elle entendait, le 18 mars, à Saint-Gervais, le sermon de la Samaritaine, et l'abbé Anselme, qui brillait à Saint-Paul, et le P. Gaillard, «qui, disait-elle, fait des merveilles à Saint-Germain l’Auxerrois. » M" de Sévigné a aussi un faible pour le P. Gaillard, sinon peut-être à cause de son éloquence même, du moins à cause de son frère, l'avocat d'Aix? qu’elle avait en haute estime. M. lPabbé Pauthe s’est mépris dans sa citation de la lettre du 3 novembre 1688, où la marquise raconte lPanecdote du compliment improvisé par lorateur sur la prise de Philipsbourg : il y voit de « l’amertume » et suppose qu'elle souffre pour son prédicateur préféré, Bourdaloue, « du voisinage du