‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 154 sur 475 · LES PANÉGYRIQUES DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

LES PANÉGYRIQUES DE BOURDALOUE

nom de Roquette. Mais Fléchier n'étant pas, dans l’espèce, un rival à dédaigner !, c’est, en fait, comme dans l’intention, l'éloge qui domine.

Lorsque, des Rochers, au commencement de l’année suivante, M" de Sévigné racontera à sa fille ses lectures de l « exil», c’est encore Bourdaloue panégyriste, c’est-à-dire dans ses oraisons funèbres, qui sera signalé. On n’en pouvait guère lire autre chose, à moins d’avoir recours aux copies manuscrites, Ou, après 1092, aux éditions subreptices. Mais quand on cherchait comme M de Sévigné « des chefs-d’œuvre d’éloquence qui ravissent lesprit », on entendait plutôt des morceaux retouchés pour l'impression, dans le goût du panégyrique de la grande Arthénice (datant du 2 janvier 1672), que les copies des sermons pris sur le vif et dans leur incorrection, dont avaient seuls souci les prédicateurs, et pour des raisons moins désintéressées.

O imitatorum servum pecus !

1. Un des historiens de Kléchier, M. l'abbé Delacroix, dans son livre déjà cité, Histoire de Fléchier, évéque de Nîmes, Paris, s. d. (1865), le tient pour le « maitre du genre » dans le panégyrique des saints. Voir ch. vu, p. 245 et suiv. et plus haut, p. 123, note h. Il y a du vrai, mais l'autorité de Laharpe et de Ducreux ne suffira pas à convaincre tout le monde, et quant aux preuves, l'auteur s’en est peut-être un peu trop rapporté à la préface de Fléchier. Or si la théorie de Fléchier est excellente, il reste à juger si la supériorité ne lui est point accordée par son historien, à cause d'une sévérité excessive dans l’appréciation des rivaux. Bossuet plus que tous est sacrifié: « La théologie, nous dit le critique, y est (dans ses panégyriques) plus explorée, plus exaltée que la vie du saint .. la grâce y absorbe la nature ; enfin Dieu, bien plus que l'homme se trouve être le héros de ses éloges magnifiques. »

Mais n'est-ce pas le programme même que s'était tracé Fléchier dans son avertissement, plein des préoccupations d’apologétique indirecte dont le loue son historien? Quant à Bourdaloue, le jugement de Maury le proclamant le premier de nos panégyristes peut sembler favorable à l'excès ; toutefois sa conception du panégyrique dont il veut faire plutôt un discours de religion qu'un éloge quelque peu académique, en le rapprochant des visées de Bossuet lui donne un avantage sur Fléchier luimême,que sa pente et son éducation littéraire prédisposaient, même quand il rêvait autre chose, à l'éloge académique. Ce n’est qu’en faisant prédominer ce caractère dans la définition, contestable alors, du panégyrique des saints, qu'on peut accorder à l’évêque de Nimes le premier rang.

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