RIVAUX DE BOURDALOUE
À noter enfin, comme Va fait Rochebilière dans sa chronologie de Bourdaloue, le prédicateur de Saint- Benoit, Le Tourneux !, futur auteur d’une Année chrétienne, très recommandée par les Messieurs de Port-Royal. Ce sera du reste couronner ces « généralités » sur le carême de cette année et les orateurs en concurrence avec Bourdaloue que citer l’article du Mercure qui met en relief son succès, celui de Pabbé de Saint-Martin et de l’abbé Boileau. L'abbé de Saint-Martin qui avait prêché à la cour l’avent de 1677, succédait à Bourdaloue pour le carême à Saint- Germain l’Auxerrois.
Dans la lettre du mois d'avril, Donneau de Vizé écrit :
La Cour & Paris qui dans les jours de réjouissance n'épargnent rien pour mesler dans les plaisirs, la galanterie la plus magnifique, ne font pas moins paroistre de devotion dans les temps de pieté. Jamais l'assiduité n’a esté plus grande qu'on l’a veue pour les sermons pendant le dernier Caresme. Je ne diray rien des Predicateurs, dont la réputation est establie, & qui ayant occupé plusieurs années les premières chaires, ont eu des succès que personne ne peut ignorer : — Je vous parleray seulement de trois, dont le merite, qui avoit commencé à estre connu, a achevé de paroistre dans tout son éclat. Ces trois Predicateurs sont Mr l'Abbé de Saint-Martin, M' l'abbé Boileau & M' le Tourneur. Ils ont esté suivis dans les chaires de S. Germain l'Auxerrois, de S. Gervais, & de S. Benoist avec une affluence de monde incroyable, & les applaudissemens qu'ils ont
avent de 168?, où Bourdaloue n'est pas nomimé, on remarque Duparc, l'abbé Fleury et Gaillard, se partageant les prédications aux bénédictines du Val-de-Grâce
{. « Le Tourneux, que Bourdaloue eut peut-être comme élève (?) à Clermont lorsqu'il y fut placé près du jeune Le Tellier (Louvois et le futur archevêque de Reims)(?}, commençait aussi ce jour de la Purification son célèbre carème de Saint-Benoit à Paris, il y remplaçait le P. Quesnel.» (R}). « Ce succès extraordinaire d'un homme qu'on savait lié avec Port-Royal, éveilla l'envie. M. Le Tourneux ressuscilait Des Mares (V. 1669),‘il balançait Bourdaloue, on le fit taire ou du moins on ne lui permit pas de recommencer. » (Sainte-Beuve, Porl-Royal, éd. in-8, 1860, t. v, pp. 65 précéd. et suiv.). — La Bruyère, éd. Servois, in-8, t. 11, p. 415. Le Carème de 1682 y est signalé. Notons l'exception du chansonnier Maurepas, citée dans ce commentaire : « Sa doctrine claire ..., sa morale sensée...., le firent bientôt... préférer à tous les autres prédicateurs, excepté le P. Bourdaloue.. »
receus leur ont fait connoistre qu’on les mettoit dans le rang des Predicateurs de premier ordre. Huit ou dix autres des plus fameux de Paris ont presché dans l'Eglise des Nouvelles Catholiques, ausquelles ils ont donné chacun un sermon. Un tres grand nombre de Personnes de qualité composoit leur Auditoire, & comme chaque fois qu'ils ont presché des Dames du premier rang ont bien voulu se donner la peine de quester, cette maison en a ressenty d'utiles effets par les grandes charités qu’on luy a faites. Les Vouvelles converties qu'on y voit entrer de jour en jour font assez connoistre le besoin qu’elle a de ces sortes de secours.
Les Devotions de la Cour ont esté aussi fort grandes. L'exemple du Roy & de la Reyne en avoient fait une cour de Sainteté,
Le Pere Bourdaloue, Jésuite a prêché tout le carème devant la cour. Je ne vous dis point avec quel succès. Ses expressions sont st louchantes et son éloquence si persuasive qu'on ne peut l'entendre sans en être charmé... Leurs Majestés ont non seulement rempli tous les devoirs que leur imposoit le Jubilé, mais elles ont assisté à tout l'office de la semaine sainte. (Mercure galant, avril
C’est là un renseignement fort vague sur Bourdaloue à la cour.
Quant à la réclame en faveur de la Maison des Vouvelles catholiques et des plus fameux prédicateurs de Paris qui sont dits y avoir paru, elle a été remarquée par Rochebilière ; il se demande si Bourdaloue serait compris dans cette expression. « C'est douteux, ajoutait-il, à cause de sa prédication à la cour dans le même temps. » Il est une raison meilleure pour écarter cette hypothèse : ces prédicateurs sont simplement ceux que la Liste assigne comme se parlageant la station : Fléchier, Bretteville, Anselme, etc. C’est à eux que Fénelon ou ses amis firent l'honneur d’une gracieuse insertion au Mercure.
Lundi 2 février. — Fête de la Purification.
De S. Germain-en-Laye, le 6 février 1682.
Le 2 de ce mois, feste de la Purification, Leurs Majestés, accompagnées de toute la cour, assisterent à la Messe chantée par la Musique, et l’apres disnée, Elles entendirent le sermon du Pere Bourdaloue, Jesüite. {Gazette de France, du 7 février 1682, p. 90.)
Il est étrange que Feugère ait écrit, parlant du gallicanisme : '
Sur cette dernière questian seulement, Bourdaloue s’est toujours abstenu. Sauf quelques compliments assez vagues adressés au roi, sans doute vers la fin du siècle (?), sur son esprit de soumission aux autorités (sic) de l'Eglise et son désir de faire régner la paix dans le christianisme, je ne crois pas qu’on trouve dans aucun discours une seule allusion précise soit à la Déclaration de 1682, soit aux contestations souvent renouvelées qui s’élevèrent entre Louis XIV et la Cour de Rome 1.
Le dernier trait est plus juste et c’est celui-là seul qu'aurait dû approuver le P. Chérot, dans Bourdaloue inconnu, à l’occasion de faits d'abstention dont il donne les preuves ürées de lettres de 1683 ?. Pour Paffirmation qui précède, c’est-à-dire l’absence de toute allusion aux déclarations du roi sur la régale en 1681 (car c’est là ce dont parla Bourdaloue), Feugère joue de malheur lorsqu'il prétend ne trouver rien de précis. L’inadvertance est d'autant plus grave que Floquet, dans Bossuel précepteur”, avait dès 1864, signalé le passage et clairement daté le sermon. Sans avoir vu le premier cette allusion, je remarque seulement ici la nécessité de grouper les résultats acquis. Même anciens, tant qu'ils sont dispersés, ils restent comme non avenus. Non seulement aucun des éditeurs des sermons de Bourdaloue, depuis quarante ans, n’a songé à enrichir son texte de cette note historique, mais un ouvrage sérieux comme celui de Feugère à pu consacrer une erreur déjà réfutée, mais dont il lui était malaisé d'aller découvrir la rectification dans un ouvrage étranger à Bourdaloue. L’utilité des essais chronologiques, même incomplets, en reçoit une sanction nouvelle.
C'est, de la part de Feugère, une distraction plus