‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 17 sur 475 · DÉCLARATION DE LA RÉGALE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE LA RÉGALE

fâcheuse de n'avoir remarqué que des éloges « assez vagues adressés au roi, sans doute vers la fin du siècle », car sauf le sixième et dernier carême de 1693, auquel ne peuvent convenir les traits relevés au second sermon des Mystères, Bourdaloue, « vers la fin du siècle », ne prêchait plus de carêmes à la cour. Or est-il rien de plus précis, de mieux encadré dans l’histoire religieuse du temps que ce compliment d'ouverture? Bourdaloue, faisant allusion à des faits récents, dit au roi :

Vostre Majesté... ne s’est pas contentée du titre de Fils aisné de l'Eglise, mais elle a voulu le remplir & le soutenir d’une maniere dont les siecles passez ont veû peu d'exemples, & qui pourra servir de modelle aux siecles futurs. Comme Fils aisné de l'Eglise, elle a écouté les ministres de Jesus-Christ, elle s’est renduë à leurs remonstrances ; elle a secondé, ou plustost prévenu, excité, fortifié leur zéle ; & puisque c’est ainsi qu'elle mesme s’en explique, elle a consenti à la diminution de ses droits pour contribuer au restablissement de la discipline, & à la conservation de la pureté de la foy : n'ayant compté pour rien ses Interests, parce qu'il s'agissoit des interests de l'Eglise ; & sans consulter une fausse prudence, ayant fait ceder à sa religion, non seulement ses pretentions, mais ce qui luy estoit déjà tout acquis par une longue possession. C’est de quoy cette declaration que vostre Majesté vient de donner, si authentique, si sensée, si pleine de l'esprit chrestien, si propre à concilier le sacerdoce & la Royauté, sera le precieux monument, La posterité la lira, & en la lisant confessera que Loüis le Grand n’a pas esté moins grand par son inviolable attachement à l’Eglise, que par toutes les vertus politiques & militaires. Voilà, Sire, ce qui est marqué dans le livre de vie, avec des caracteres ineffaçables, On oubliera enfin tout le reste ; & quelque immortalité que le monde luy promette le monde perira luy-mesme & toute grandeur humaine périra avec le monde. Ce que vostre Majesté fait pour l'Eglise, ne s’oubliera ni ne mourra jamais. L'Eglise le publiera ; & comme elle ne doit point avoir de fin, sa reconnoissance n'aura point de terme, non plus que la recompense qui vous est réservée dans l'éternité bienheureuse où nous conduise &c... 1

Les termes cités par Bourdaloue, disant de sa Majesté : «puisque c’est ainsi qu’elle mesme s’en explique, etc... »,

HSAUTED D 2192208

sont cette phrase de Pédit du roy sur l'usage de la régale !:

… Sur quoy... voulant sur toute chose, à la diminution mesme de ceux de nos droits que Saint-Loüis a exercez, employer la puissance que Dieu nous a donnée à conserver la pureté de la foy, à maintenir la discipline de l'Eglise et à protéger les Prélats qui peuvent encore attirer par leurs prières la continuation de tant de prosperitez qu'il plaist à Dieu de verser incessamment sur nous et sur nostre règne.

Scavoir faisons, etc,

Le P. Lauras a signalé et daté exactement ce compliment final du discours du 2 février ?, mais l’interprétation qu'il donne aux paroles de Bourdaloue citées plus haut, pour y trouver une réserve, presque une leçon, est celle d’un homme du dix-neuvième siècle, et d’un homme prévenu, au lieu de refléter la pensée vraie de l’orateur et de ses contemporains. Lauras avait droit de louer le prédicateur, (faible éloge d’ailleurs), de n’avoir pas imité le langage de ces membres de l’assemblée du clergé, qui avaient dit du roi, comme le promoteur Chéron, « qu'il était plus qu'un roi, plus qu'un prêtre, plus quam reæ,… in Ecclesia plus quam sacerdos”. »

Mais sans aller aussi loin dans l'admiration que l’assemblée du Clergé dans sa lettre à Innocent XI écrite le 3 février, le compliment de Bourdaloue au roi contient plus que le dit le P. Lauras. Celui-ci y découvre des réserves, soulignées et accentuées, qu’il y met sans doute.

1. Edit donné à Saint-Germain en Laye, en janvier 1682, préparé, lu et approuvé dans l’Assemblée du clergé du 11 décembre 1681, et à ce titre inséré dans la Colleclion des procès-verbaux des Assemblées générales du ciergé de France. Paris, Guillaume Desprez, 1772, t. v, p. 232. Cf. L. Mention, Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté de 1682 à 1705, dans la collection de textes pour servir à l’étude et à l'enseignement de l'histoire, Paris, Picard, 1893, in-8. V l'édit de la p. 1 à 6; il avait été enregistré en Parlement le 24 janvier, mais dès le 11 dérembre, on en pouvait connaitre la teneur. V. aux notes justificatives, note e, l'extrait de la Gazette du 24 janvier, analysant les délibérations du {1 décembre et les actes qui en procédèrent.

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