LE SERMON POUR LA PENTECÔTE
chapitre où il parcourt les compliments adressés par Bourdaloue aux personnages de marque dont une mention est faite dans les sermons conservés, ne tranche pas formellement la date de ce discours, bien qu'il semble le proposer comme ayant été prononcé aussitôt après la révolution de 1688. S'il en est ainsi, ce serait le 29 mai 1689, et probablement à Chaillot, bien que rien n’en témoigne dans les gazettes. On sait seulement par Dangeau qu’il y eut sermon à la cour de Versailles ; mais il ne nomme pas le prédicateur. Celui-ci fut, nous apprend la Gazette, l'abbé de la Montagne, un de ceux qui.s’étaient partagé la station du carême de 1686 ! ; mais ce n’est pas à Versailles, pas même à Saint-Germain que nous devons placer le sermon de Bourdaloue, s’il est de cette année. Ce serait, d’après le Journal de Dangeau, à Chaillot, au monastère de la Visitation :
Jeudi 19 mai... La reine d'Angleterre alla mardi au couvent de Chaillot où elle demeurera jusqu’à dimanche au soir ; elle y retour-
nera encore passer les fêtes de la Pentecôte, elle se plaît fort dans cette maison ?.
Une conjecture permet donc de hasarder dans ce cadre et à cette date le sermon inséré aux Mystères, qui se termine par cette péroraison :
Comme Pierre parloit encore, rapporte saint Luc, le Saint Esprit descendit sur tous ceux qui écoutoient sa parole. Que ne puis-je, mes chers Auditeurs, obtenir pour vous & pour moy le mesme miracle ! Faites, Seigneur, que ce que je dis, ne soit pas un simple souhait. Donnez benediction à ma parole, ou plutost, à la vostre. Repandez sur toute cette assemblée la plenitude de vostre esprit. Et vous, à Esprit de mon Dieu, principe de toutes les graces, autheur de toute sainteté, venez nous éclairer & nous fortifier, Venez sanctifier cette maison quivuous est devoñée & qui ne veut estre gouvernée que par vous, parce que tout autre esprit que vous, ne la maintiendroit pas dans l’ordre qui y regne, & dans cette parfaite charité qui y a toûjours
1. Gazelle de 1689, p. 268. Hurel, t. 1, p. XXXIL, t. 11, D'AIS TE MLNITAD 06:
LA REINE D'ANGLETERRE A CHAILLOT rl)
entreteuu la paix de Dieu. Vous nous mettez icy devant les yeux un exemple aussi éclatant qu'édifiant, seul capable de nous convaincre du souverain empire que vous avez sur les esprits & sur les cœurs : une des plus grandes Reines du monde sanctifiée par la pratique de toutes les vertus chrestiennes, qui dans l’élevation de son rang a sçeu conserver l'esprit d une profonde humilité, d'une solide pieté, d'une sainte & exacte regularité. .. 1.
Si ces mots, par leur banalité même, ne décourageaient les conjectures, il les faudrait rapprocher de l'éloge de cette dame inconnue que nous venons de rencontrer dans le sermon de vêture de la fille de Jacques Il, auquel assistait, un peu plus d’un mois auparavant, le 16 avril, la reine d'Angleterre, éloge qui, peut-être, s’adressait alors à elle.
De même dans la « maison dévouée au saint Esprit, maison de paix et de charité qui ne veut être gouvernée que par lui », peut-on voir la Visitation de Chaillot; mais il faut reconnaitre que dans le reste du discours rien n’avait laissé soupçonner un sermon prononcé devant des religieuses, car, outre les apostrophes «Chrétiens » ou « chers auditeurs», le ton même indique, ainsi que les applications pratiques, des chrétiens du siècle. Serait-ce encore le même phénomène d’un ancien sermon d’une thèse générale, laissée par l'éditeur en son état ancien et impersonnel, mais suivie de cette péroraison particulière qui ne se présenta qu’une fois ?
Achevons de lire le compliment final à la reine d’Angleterre, et sans oublier qu’il peut être postérieur à 1689, reconnaissons que les allusions historiques aux revers passés et à l’espoir d’un retour de fortune sont plus vraisemblables aux premiers temps de la guerre de la ligue d’Augsbourg qu'aux années suivantes :
… Une Reine qui a tout sacrifié, & qui s’est sacrifiée elle-mesme pour sa religion: une Reine victime de sa foy, & persuadée de la verité
catholique jusqu’à la défendre aux depens de trois Royaumes : une