‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 166 sur 475 · BOURDALOUE DIRECTEUR DE LA REINE D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE DIRECTEUR DE LA REINE D ANGLETERRE

Reine dont les malheurs n’ont ni ébranlé la constance, ni rallenti le zéle : enfin une Reine qui sert aujourd’huy de spectacle au monde, aux Anges & aux hommes, mais encore plus à Dieu qui l’éprouve. Voilà, divin Esprit, ce que nous regardons commele chef d’œuvre de vostre grace & telle est aussi, Madame, l’heureuse & glorieuse destinée de vostre Majesté. Dieu vous a choisie pour estre une preuve, mais une preuve illustre & memorable de la toute-puissance de son Esprit. Il vous à choisie pour allier dans vostre personne toute la perfection

du christianisme avec toute la grandeur du siecle. Il vous a remplie

de l’esprit de vérité, de l'esprit de sainteté, de l'esprit de force 1, pour faire de vous un modelle des plus heroïques vertus. C’est ce qui nous inspire pour vostre Majesté une si profonde veneration. C’est ce qui nous fait esperer que la suite reparera les pertes passées ; que Dieu, suivant le mot du sage, vous ayant trouvée digne de luy dans l’affliction, non seulement vous consolera, vous relevera, vous glorifiera sur la terre, mais vous couronnera dans le ciel, où nous conduise, &c. 2

Bourdaloue, sinon dès cette époque, du moins dans la suite eut occasion de voir de près la reine d'Angleterre, Voici ce que disent à ce sujet les Annales de la Visitation

de Chaillot :

.«. L'esprit vif de la princesse (Marie Béatrix de Modène, Reine d'Angleterre), joint aux desseins de pureté que Dieu avoit sur elle, formoit en son âme une disposition intérieure presque toujours violente et pénible qui lui rendoit necessaire le secours des plus habiles directeurs, ce qui nous porta de lui conseiller de s’ouvrir au

Père Bourdaloüe, comme à l’un des plus capables et des plus éclairés,

Sa Majeste nous dit, en suite des entretiens qu'elle eut avec ce Père : «J’en suis fort contente... C’est un homme de mérite, fort bon directeur, qui n’a nul soin des affaires du monde, qui n’a point de respect humain. Il m’a dit plusieurs choses utiles pour le bien de mon âme ; il m'a conseillé de ne me point inquiéter de mon état, d’être fort soumise à Dieu et de me faire une règle de conduite, » Quant au Père Bourdaloue, continue la Mère Marie Louise Croiset, il ne pouvoit qu'admirer les dispositions de la reine, m’ayant dit: «Je ne connois personne de si saint et plus digne de vénération. Depuis que Je lai entendue, je bas ma poitrine et je dis à moi-même : Cette reine nous jugera un jour 3.

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