Etude sur Bourdaloue, p
2. M. le chanoine Pauthe qui cite à deux reprises cette lettre à M. el Mne de Guitaut, une première fois p. 168, sous la date du 6 mars, et presque aussitôt après sous celle du 5, s'est-il aperçu qu'il invoquait deux fois le même témoignage pour prouver deux choses, distinctes dans son intention ? Quand il cite, p. 168, inexactement du reste, les mots: «Il a parlé sur les dispositions à la communion, tout le monde était enlevé, etc. », il en conclut la possibilité durant cette station d’un sermon sur les Dispositions à la Communion, redite du sermon assigné, assez gratuitement, au jour des Rameaux de 1682, sermon sur la Communion pascale. Il semble bien le regarder comme une reprise de ce sujet des Rameaux, sans s’apercevoir que le sermon ouvre presque le carême, venant tout au plus au quatrième rang, si l’on admet ouverture au 2 février. Au contraire le sermon sur la Communion pascale, imprimé lui aussi, serait l’un des derniers de ce carême. Mais par une curieuse inadvertance, l’auteur ne s'est pas rendu compte de ce que représente en 1683 la date du 5 mars, et il écrit, faisant allusion à des sermons que nous allons retrouver au dimanche 21 mars et jours suivants, p.551: « La date de la lettre de.la marquise (6 mars (sic) 1683) indiquerait, ce nous semble: qu'après avoir répété à Saint-Paul les Sermons sur l'Impurelé et sur la Conversion de la Madeleine, Bourdaloue aurait aussi pu redire Île sermon sur la Communion pascale.» Cette confusion déplace la question et suppose entre la lettre de M": de Sévigné et le sermon des Rameaux, un parallélisme qui existe au contraire avec un autre sermon imprimé, celui du premier jeudi de carème.
pour lui. C’étoit sur l’evangile du Centenier qui dit à Notre-Seigneur : Domine, non sum dignus 1. Sur cela il prit occasion de parler des dispositions où il falloit être pour communier; que ceux qui conduisoient les âmes ne devoient jamais faire la menace de la profanation du corps de Jésus-Christ, sans avertir que si nous W'y participions, nous n’aurions jamais la vie éternelle; que ces deux choses ne devoient jamais se séparer ; que si nous étions bien disposés, il falloit en approcher toujours ; et si nous étions dans le péché, il ne falloit jamais s’en approcher, dit S. Augustin ?; mais qu'il falloit s’efforcer de se mettre dans l'état où il nous est permis de nous en approcher, plutôt que de demeurer tranquilles dans la séparation de ce divin mystère, qui étoit une fausse paix et la seule et fausse marque de religion de la plupart des libertins. Tout cela fut traité avec une justesse, une droiture, une vérité, que les plus grands critiques n’auroient pas eu le mot à dire. M. Arnauld 3 lui-même n’auroit pas parlé d’une autre manière, Tout le monde étoit enlevé et disoit que c’étoit marcher sur des charbons ardents, sur des rasoirs, que de traiter cette matière si adroitement et avec tant d'esprit, qu'il n’y eût pas un mot à reprendre ni d’un côté ni d'autre. Mme de Caumartin étoit là qui recevoit les compliments. Pour moi j'étois tout ébaubie d'entendre le P. Desmares 4 avec une robe de jésuite. Si M. Poussy étoit auditeur, il aura pu puiser à la source: je ne suis point assez
1. « Seigneur je ne suis pas digne. » (Evangile de S. Luc, chap. vu, verset 6.)
2. Voyez dans le Carème de Bourdaloue le sermon pour le premier jeudi (qui tombait en 1683 au 4 mars), où se trouve développée la pensée que l’orateur exprime ainsi dans la première partie: «Craignez d'approcher de cette sainte table, et craignez dé n’en approcher pas. » Voici, du moins tel qu’il est imprimé, le passage où Bourdaloue alléouait l'autorité de saint Augustin: « J'en vois parmi vous, disoit saint Augustin, qui se retirent de la communion parce qu'ils se sentent coupables.... Et moi, reprenoit-il (décision importante de ce saint docteur), je leur déclare que s'ils s'en tiennent précisément là, ils ne font qu’augmenter le poids et le nombre de leurs péchés, en commettant encore un nouveau péché, et se privant du plus nécessaire et du plus souverain remède.... Je vous conjure donc, mes frères, concluoit-il, que si quelqu'un de vous se juge indigne de la communion, il travaille à s’en rendre digne, parce que quiconque n'est pas digne de ce sacrement n'est pas digne de Dieu. » Une autre phrase de la troisième partie dut être aussi remarquée de l’au litoire : « Saint Augustin, avec toutes ses lumières, n'osoit pas désapprouver l’usage de communier tous les jouis: un mondain téméraire et aveugle dans les choses de Dieu le condamne hardiment et sans hésiter. »
3. L'auteur du traité de la Fréquente communion. 4. Voyez plus haut, p. 292 et suiv.