Sévigné, t. x, p
784 SANTEUL À LA SALPÉËTRIÈRE
Un jour, lit-on dans le recueil de Dinouart, Santeul voulant entrer dans l'Eglise de la Salpêtrière pour entendre le P. Bourdaloue qui devoit y prêcher, les Suisses qui gardoient la porte, le voïant venir, lui dirent : Où allez-vous, Monsieur ? Où je vais, répondit Santeul, entendre le Sermon, Et qui estes-vous, pour vouloir entrer ? Qui je suis ? Je suis un homme assez connu dans le monde, je suis Santeul. Ah! vous estes Santeul, le Poëte fou, vous n’entrerez point, repartirent les Suisses. J’entrerai, répondit Santeul et vous êtes des coquins que je ferai casser aux gages. Il se jetta*dans la foule, de toute sa force, & entra malgré les Suisses ; après quoi il leur dit des injures & fit cent plaisanteries sur leur Nation, dont bien des gens rirent de tout leur cœur.
L’extravagance de Santeul, bien qu’elle renouvelle en quelque façon la scène du sieur Paparel au carême de Saint-Eustache, en 1688, n’est point intéressante par elle-même. Mais peut-être faut-il conclure de cette aventure et de la question posée par les Suisses apostés à l'entrée de la Salpêtrière que l'accès du carême prêché dans cette église n’était pas libre, quand les seigneurs et autres grands personnages qui, selon La Rue, s’y pressèrent, n’entraient apparemment qu’à cause de leur qualité.
Le jubilé dont parle Rochebilière comme ayant été ouvert en avril, était attendu depuis quelque temps; on le voit dans cette note du marquis de Sourches :
Le 7 (janvier), écrit-il, on commençoit à ne plus douter que le pape accorderoit des Bulles aux évêques de France, et le bruit couroit qu'il devoit venir un légat en France, pour la paix, lequel devoit aussi apporter un Jubilé.
Cette conclusion des négociations avec le nouveau pape eut lieu, et les évêques des deux Assemblées antinfaillibilistes de 1682 et 1688, reçurent leurs bulles, moyennant une formule de rétractation ?, Le jubilé était donné pour l’exaltation du pape Innocent XIT, intronisé le 12 juillet précédent, On lit dans la Gasette du 12 avril, de Versailles, en date du 11, que «le roi a fait son jubilé à la paroisse. »