VÊTURE A LA VISITATION DE SAINT-DENIS
de J.-C. et la vie humble, solitaire et cachée d’une fille de la Visitation, Ce fut M° la Duchesse d'Orval qui nous amena cette illustre victime du Seigneur le Lundy saint (7 avril 1692), et dès le mercredy elle entra dans les exercices, qu’elle suit avec un si grand rabaissement, application et fidélité, qu’on diroit qu'elle n'a jamais veu autre chose que le cloître et les observances religieuses. Elle eut l’applaudissement unanime de tout notre chapitre et a reçeu le saint habit des mains de Mgr l'évêque de Toulouse (Jean- Baptiste-Michel Colbert de Villacerf); le R. P. Bourdaloue assez connu dans la France s'est surpassé luy meme en son sermon, aussi a-t-1l grande part à ce sacrifice, étant le directeur de notre chère sœur ; tout Paris nous en congratule et nous en félicite 1...
Notre tres aimée sœur Marie Victoire de Sully, lit-on ailleurs, a fait depuis quelques mois la Sainte Profession, Plusieurs Dames de la
dans une lettre de ce temps, ne doit pas prévaloir contre la concordance parfaite dès époques. Le Mercure de juin qui se bornait à dire : « Mlle de Sully est entrée il y a quelque temps », précise ensuite en parlant de la fin du Carème, ce qui répond à merveille aux détails que le P. Lauras a donnés d'après les archives du monastère d'Annecy. L'entrée au couvent serait du 31 mars, le lendemain des Rameaux, et c'est hien ce qu'insinue le Mercure : « Elle s'y (au monastère) rendit seule le carèême dernier...» — J'ai déjà signalé (La Correspondance de Bourdaloue, p. 6), les divergences entre le récit du Mercure et celui, plus autorisé, des Annales d'Annecy. Elles portent particulièrement sur la date d'entrée de la sœur ainée, 1681, dit le P. Lauras, trois ou quatre ans avant 169?, d'après le Mercure. Les noms des deux sœurs semblent aussi intervertis. Le Mercure qui ne donne pas celui de la postulante de 1692, appelle sa sœur Louise-Elisabetb, au lieu de la nommer Louise-Henriette, comme il semble ressortir des renseignements donnés par le P. Lauras. Le détail fourni par le Mercure : « Elle a de l'esprit, de la beauté et du mérite, & il n'a tenu qu à elle de choisir entre plusieurs grands partis» est précisé par l'épistolier des Nouvelles ecclésiastiques. Cependant il nous manque encore la date précise de cette vêture, qui est probablement du mois de mai 1697.
1. Bibl. nationale, Catalogue imprimé de l'Histoire de France Ld. 173?, monastère de Saint-Denis. — Daté du monastère de Saint-Denis 4 juin 1692, p. 3, signé : Marie-Madeleine Le Laboureur.
2. S. Denis, 15 avril 1694. Signé : les sœurs de la Visitation de St Denis. (Biblioth. nat., idem.) Marie-Victoire de Béthune Sully fut en 1729 supérieure de S$. Denis, elle signa encore comme supérieure une circulaire du 20 mai 1734. (Biblioth. nat., monastère de S. Denis.) Elle le fut auparavant; elle signe comme supérieure de S. Denis une circulaire du 12 nov. 1719 (ou 1729) le chiffre est douteux, mais comme cette circulaire dit que son frère unique mourut en février de cette année on peut s'assurer de cette date. (R). — La solution espérée par Rochebilière paraît difficile, car le prince d Eairichemont, fils du duc de Sully, mourut le 24 décembre 1712. Sôv., t. VIII, p. 365, note 14.
LA FAMIELE DE SULLY é 787
cour, qui assistérent à la cérémonie, ont vu avec admiration le courage et la joye avec laquelle cette genereuse victime a consommé son sacrifice, tous les grands avantages que le monde lui pouvoient promettre n'ont pu la détourner de se donner à Dieu sans réserve...
La relation du Mercure galant complète ces détails :
Mademoiselle de Sully, dont le nom marque la haute naissance, s'est faite religieuse depuis peu de temps dans le monastère des filles de Sainte-Marie de St Denis. Elle s’y rendit seule le carême dernier, sans avoir parlé de son dessein à personne, et quand on lui en demanda la raison, elle n’en donna point d’autre, sinon que se sentant trop d’attachement pour le monde, elle vouloit s’en priver. Sa vocation a continué, et rien n’ayant esté capable de l’ébranler, elle a pris l’habit en présence de tout ce qu’il y a de personnes de distinction à Paris, Ce fut M. l’Archevesque de Toulouse qui fit la cérémonie. Le Père Bourdalouë, Jésuite, prêcha, et charma ses Auditeurs à son ordinaire. Il y eut une collation magnifique, servie dedans et dehors le couvent, et tout se passa avec l’éclat qui convenoit à une personne telle que Mademoiselle de Sully. Elle a de l'esprit, de la beauté et du mérite et il n’a tenu qu'à elle de choisir entre plusieurs grands partis, mais la grâce a prévalu et elle a quitté sans aucun regret des biens passagers pour s'assurer un bien éternel. Elle est fille de Maximilien- Pierre-François de Bethune, Duc de Sully, Pair de France, Chevalier des Ordres du Roy, et de Marie-Antoinette Servient, fille d’Abel, marquis de Sablé, Surintendant des Finances, et Petite fille. de Maximilien-François de Bethune, Duc de Sully, Pair de France, prince d’Enrichemont, mort en 1661 et de Charlotte Seguier, fille de Pierre, Duc de Villemor, Pair et Chancelier de France, laquelle prit une seconde alliance en 1668 avec Henry, légitimé de France, Duc de Verneuil, fils du Roy Henri IV, Ce fut de la main de Madame la Duchesse de Verneuil, mère de M. le Duc de Sully, qu'elle reçut le voile. Il y a trois ou quatre ans ! que Louise-Elisabeth de Béthune ?, sa sœur aînée, prit l’habit dans le même monastère. La maison de Bethune qui a pris son nom de la ville de Bethune dans l'Artois descend de Robert I, dit Faissens, S' de Bethune et de Richebourg, Advoüé d’Arras qui vivoit en 1001 est venu François de Bethune
1. Il y avait plus de trois ou quatre ans il y avait au moins dix ans que Louise-Henriette avait fait profession (1680). Entra-t-il à la Visitation une autre sœur nommée Louise-Elisabeth ?(R.)
9. On la nomme Louise-Henriette; on changeait souvent de nom en entrant en religion. (R.)