LES RANCUNES DE BAILLET
attaques n'étaient pas venues des protestants, lesquels n'avaient pas lieu de se formaliser de la thèse de l’auteur :
Vous avez oui parler sans doute, écrit-il, de l’interdit du P. Ledrel 1, jésuite prédicateur aux jésuites de la rue saint Antoine, pour avoir adressé la parole à M. le Nonce et luy avoir demandé la bénédiction à la fin du sermon.
M. l'archevesque passoit par dessus, mais le Roy a ordonné que selon l’usage on n'’adresseroit la parole qu'aux princes du sang et à l Evesque du lieu ?, en quoy l’on a donné aussi sur les doits au P. Sablé, jésuite, qui prechant l'octave du Saint Sacrement aux religieuses de la rue Saint Louis, avoit addressé la parole à M. le Chancelier ; ces deux Pères s’étoient fait remarquer auparavant par leur zele contre mon petit livre de la Devotion à la Sainte Vierge à.
Peut-être Baillet regardait-il ces mésaventures comme un châtiment de ce zèle contre son livre, et en souhaitait-il de semblables à Bourdaloue, pour avoir été l’occasion et du livre et des tracasseries qu'il entraîna pour l’auteur. Le sujet même du livre de Baillet, qui se résume en une apologie des positions adoptées par l’auteur des Monita salataria et par Gilbert de Choiseul, permet de croire que le sermon du 8 décembre 1692 fut une pure reprise du discours de la même date, prêché l’année précédente à Versailles. Nouvelle preuve de ces redites à bref délai, dont Bourdaloue est coutumier. C’est bien le sens du reste de la lettre de M" de Sévigné en date du 28 décembre. Elle reflète des plaintes que la marquise ne partage pas, celles des auditeurs qui se rappellent les sermons de cette station de Saint-Paul. La redite du 8 décembre ne fut donc pas la seule,
Paris, dimanche 28 décembre 1692.
... Le P. Bourdaloue a fait des merveilles cet Avent, Ceux qui ont de la mémoire disent qu'ils connoissent ses sermons : pour moi,
1. Sur le P. Ledrel ou mieux Le Dérel, v. plus bas, carême de 1695 à Saint-Germain-en-Laye.
LS RN plus haut, p. 363 et 365, l'incident de la princesse de Carignan et de M": de Guise. Sur les motifs de ces difficultés d'étiquette, v. les Mémoires de Legendre, p.152, cités à la note 1, du livre 1v.
3. Lettres de Baillet, n. a. fr. 20256, fol. 2985, cité ibid. p. 46.