LA MISÈRE EN FRANCE
Grand Roy qu’on voit courir de victoire en victoire pour le bonheur public tu trauailles en vain
tu vas estre il est vray rassasié de gloire
mais quand le serons-nous de pain ?
De ton soin paternel rappelle la mémoire
et crains qu’un ialoux ecriuain
ne dise que Louys pour uiure dans l’histoire
nous a tous fait mourir de faim.
Que peux tu souhaiter ? des moissons de lauriers
te font nommer par tout le plus grand des guerriers, ta puissance est presque diuine.
fais reuenir icy l'abondance et la paix et ne force point tes suiets a crier victoire et famine f,
Bourdaloue prit-il occasion de l’avent de 1693, pour essayer à Versailles quelque plaidoyer pour la paix ? Avant de le rechercher, notons à sa date du 2 juin une curieuse lettre de M de Montespan à Huet, qui nous montre Bourdaloue servant d’intermédiaire à cette correspondance.
Clément avait cité déjà cette lettre ?, et Rochebilière l’a
second point ; le prédicateur a montré que le désir d'amasser des richesses étoit la source de tous les crimes, que la destruction d’une province entière suffisoit quelquefois à peine pour satisfaire l'avarice d'un seul homme, que les meurtres, les empoisonnements étoient souvent le fruit de cette malheureuse passion ; il a dit là dessus ce passage d'un prophète : Vous bâtissez Sion du sang des hommes. » Ces réclamations contre l'avidité insatiable des partisans sont des idées familières à Bourdaloue, mais qui ne lui sont pas assez spéciales pour qu'on puisse rien conclure d'une analyse aussi vague.
1. Fr. 19443, f. 66. Suivent les deux mots : de Corneille, se référant sans doute aux quatre vers qui suivent :
À vaincre tant de fois les forces s’affoïiblissent Le prince est triomphant et les peuples gémissent Leurs corps tous decharnez succombent sous le faix et la gloire du throne accable les suiets.
2. Clément, Mme de Montespan et Louis XIV. Paris, Didier, Paris, 1868, p. 313. I] faudrait remonter aussi jusqu'à une lettre du 31 janvier précédent, que Clément citait aussi. On y voit le désir exprimé par la convertie, parlant des exercices de la Maison professe « qu'il y ait de la presse à ces maisons-là » La retraite définitive de Mme de Montespan avait eu
me
LETTRE DE M DE MONTESPAN 803 Î été reprendre sinon à la source autographe, du moins aux copies authentiques de la Bibliothèque nationale !.
De M de Montespan à Huet évêque d’Avranches.
À Clagny, le 2 de juin 1693.
Je vous ferai justice de chiffonne ? dès qu’on me l'aura faite de vous, Je m'en suis plainte à tout le monde et rien ne vous a sauvé des marques de ma colère que de ne savoir pas où il fallait vous faire tenir mes lettres. Présentement qu’une des votres nous a donné la connoissance du P, Bourdaloue, je vous les enverrai par lui. Si je n’étois pas si mécontente de vous je vous dirois que le mariage ne changera rien au projet que l’on fesoit auparavant. Nous avons affaire aux personnes les plus raisonnables du monde, de sorte que le Bois de l’'Espeaux 3 St Joseph et Fontevrault même seront plus habités que Jamais. De votre côté pouvez vous trouver cette complaisance dont on vous a tant loué, mais que l’on ne reconnoit plus présentement.
Prise au mot et condamnée par sa fausse démarche à une retraite irrévocable, l’ancienne favorite n’avait aucune
lieu en 1691, en l'absence de Bourdaloue, pendant le carême prêché par le P. La Roche, et en dehors de toute influence de prédication. Ce fut une espèce de surprise que le marquis de Sourches nous a racontée: « Le 16 (mars) écrit Sourches, la marquise de Montespan voyant que le roi menoit avec lui son fils, le comte de Toulouse et qu'il retiroit de ses mains Mlle de Blois pour la confieraux soins de la marquise de Montchevreuil, elle en conçut un si terrible chagrin qu'il lui fit oublier toutes les sages résolutions qu’elle avoit prises de ne donner au roi aucun prétexte de se défaire d'elle et dans le premier mouvement elle envoya chercher l'évèque de Meaux, et le prier d'aller dire au roi de sa part que, puisqu'il lui ôtoit ses enfans, elle voyait bien qu'il n'avoit plus aucune considération pour elle, et qu'elle le prioit de trouver bon qu'elle se retirät à sa maison de Saint-Joseph à Paris. Le prélat auroit peut-être bien voulu n'être point chargé d'une semblable commission, mais il ne s'en put défendre, et aussitôt qu'il s'en fut acquitté, le roi lui répondit avec joie qu'il donnoit à la marquise de Montespan la permission qu'elle demandoit et sur le champ il disposa de son appartement dans le château de Versailles. » « C’étoit, ajoute en note l’auteur des Mémoires, le moyen de lui ôter toute espérance de retour. » (Sourches, t. 11, p. 365.)
1. Copies de lettres adressées à Huet. Bibliothèque nationale mss. français 15188-89 3 vol. in-4. Celle-ci et plusieurs autres de Mme de Montespan se trouvent au tome 1 (N° 15188) p. 115.
2, «On présume que ce nom de chiffonne qu'on retrouve dans une autre lettre était donné par plaisanterie à une des jeunes dames de Saint Joseph ou de Fontevrault. » A cette conjecture j'ajouterais que ce nom peut fort bien désigner tout simplement une petite chienne.