LES INVITATIONS DE BOSSUET
Le P. Lauras, à mon avis, exagère ici, Comme trop souvent d’ailleurs, les efforts de son zèle un peu ombrageux pour la gloire de son héros. Sans prétendre approuver les procédés de généralisation du cardinal de Bausset, ni prétendre que la distinction de prècher à Meaux, fût-elle plus ambitionnée encore, ait jamais été ou pu être sollicitée par ceux qui aspiraient à se voir invités, il faut bien reconnaître que les orateurs en renom vinrent tour à tour prêcher à Meaux ce panégyrique de saint Etienne, dont la monographie serait, à ce titre, intéressante 1.
I n’y avait donc pas lieu de prendre de si haut le fait d’une invitation qui n’eut rien que de très honorable ; il suffisait de faire remarquer que le panégyrique de saint
1. Une letire de Bossuet à son neveu, du ?9 juillet 1696, nous dit : «Je pars jeudi matin, ? août (de Paris), avec le P. Séraphin, qui vient prêcher Saint-Etienne. » Le P. Séraphin avait donné cette année là son premier carème à la cour. — Est-ce de ce discours qu'une lettre, en date du 8 août {et non 16, comme imprime Lachat, disait, de Germigny à Mme de Béringhen : « Le P. Séraphin a fait, selon sa coutume, une homélie excellente : il a une méthode admirable à partager son évangile, et eu tire une fructueuse morale.» (Lachat, t. xXvI1, p. 525). J'ignore la date de celui que l'abbé Anselme imprima dans ses Panéyyriques des Saints publiés en 1718, avec cette indication : « Prononcé dans la cathédrale de Meaux, le 3 août (Migne, Oraleurs sacres, t. xx, col. 1680). Le compliment final est à signaler parmi les documents contemporans relatifs à Bossuet : « Quelle sagesse dans ses discours et dans ses livres... N'est-il pas le défenseur intrépide de la vérité, soit quon l'attaque par une guerre ouverte et déclarée, soit qu'on cherche à l’altérer ou à l’affaiblir par des déguisements captieux ? Agneau partout ailleurs, qui prévient l'esprit, ou qui gagne le cœur par sa douceur et par sa modestie, c’est ici un lion qui déconcerte, qui abat, qui renverse tout par la plénitude de sa force.» Cette dernière phrase a trait sans doute aux vifs débats du quiétisme, et c’est apparemment en ce sens que dut parler aussi, le prédicateur de 1698, La Rue, dont le P. Léonard écrivait: « Tout le monde veut que ce panégyrique (celui de saint Bernard, aux Fcuillants, contre Fénelon), ait été fabriqué de concert avec M. de Meaux, dans sa maison de plaisance de Germigny, après que ledit P. de La Rue eust presché, dans sa cathédrale, le panégyrique de l'invention de saint Etienne qui en est le patron, le 2% aoust. (H. Chérot, Aulour de Bossuel, p. 34.) — Le Journal de Ledieu, tout entier au récit des séances de l'assemblée du clergé à Saint-Germain, ne nous dit rien du prédicateur de 1700 ; mais il rapporte que le mercredi 3 août 1701, Bossuet « a assisté au sermon à l'heure ordinaire, que le P. Chaussemer a prêché avec un applaudissement universel, y mêlant, en passant, un éloge de M. de Meaux, fait avec beaucoup d'esprit et de délicatesse. »