‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 266 sur 475 · BOURDALOUE A MEAUX · texte numérisé non relu

BOURDALOUE A MEAUX

devait au public un bon exemple, etc. Monseigneur répondit qu'il devait l’obéissance au roi et qu'il lui obéirait en tout, qu'il devait aussi le bon exemple au public, mais que pour ce qui était de sa conscience, il ne la devait qu’à lui-même, qu'ayant une attache qu'il ne pouvait quitter, il ne croyait point pouvoir communier ni approcher des sacrements en cet état, et qu'il aimait mieux qu'un petit nombre de gens sût qu’il n'approchait pas des sacrements, que de le faire en mauvais état !.

Ce doit être peu de temps avant ou après le 11 avril, que fut faite cette démarche de Bourdaloue, et nous pouvons remarquer, qu'avec sa présence à Paris, il en ressort encore que le roi l’employait volontiers pour des négociations de ce genre ?.

Une lettre, du 6 août, de Quesnel à du Vaucel, nous atteste la présence de Bourdaloue à Paris vers cette époque ou peu de temps auparavant :

Voici ce qu'on m'écrit de Paris : Le R. P. de la Chaise fit, ces jours passés à Montlouis, un grand régal aux célèbres prédicateurs de la société, les PP. Bourdaloue, de la Rue, Gaillard, Gonnelieu, etc. Et apparemment, dit une personne de leurs amis, que nos bons Pères se réjouissent bien ensemble de la nouvelle réponse qui paraît aux anciennes Lettres que M. Pascal écrivait à un Provincial. Car parmi les congréganistes, cette réponse passe pour un chef d'œuvre. C’est un gros in-12, d’un caractère assez menu *.

Mardi 3 août. — Bourdaloue prêche à la cathédrale de

Meaux le panégyrique de saint Etienne, patron de cette église, le jour de la fête de l’invention du corps de ce martyr.

1, Correspondance de Quesnel, t. 1, p. 300.

2. Les pamphlets du temps en racontent une analogue tentée par ordre du roi, auprès du dauphin, par Bossuet et l'archevêque de Paris, Harlay. Est-ce une réplique ou un décalque, mais le rôle donné à l'archevêque de Paris ressemble fort à l'attitude que la lettre de Quesnel prête ici au confesseur du roi.V. Bussy, Hist. amoureuse des Gaules, t.11, p.188, de la Bibliothèque elzévirienne, à propos de Mme du Roure. V. Saint-Simon, t. 1, p. 138. Les deux démarches se rapportent au même incident. « Ce prince, écrit Saint-Simon, ne fit point ses pâques, dont le roi fut fort fàächée, tellement qu'il chassa la dame en Normandie. »

3. Correspondance de Quesnel, t. 1, pp. 309 et 3951, Il s'agit du livre du P. Daniel, Entretien de Cléanthe et d'Euxode (Rouen, 1694). Cf. Sommervogel, t. 11, col. 1797, 6.

A Germigny ce 4 août 1694.

Le P. Bourdaloue a bien voulu être le porteur du paquet où sera incluse cette lettre. Il nous a fait un sermon qui a ravi tout notre peuple et tout le diocèse... J'enverrai dans quelques jours à Jouarre. Vous me ferez plaisir de m'envoyer par le P. Bourdaloue les cahiers dont vous me parlez. .... L

Outre la lettre de Bossuet, il faut rappeler ici le passage des Mémoires de Ledieu qui évidemment comprend Bourdaloue parmi les autres :

Qui pourrait dire, écrit-il, sa noblesse (de Bossuet) à Germigny ? elle y attiroit toutes sortes de personnes, les princes, comme on l’a vu, et les plus grands seigneurs, dont on n’a pas cru devoir parler. Mais on ne peut passer sous silence les plus célèbres prédicateurs du roi, qui tous, sans exception, lui ont fait l’honneur de prècher dans sa cathédrale la fête de saint Etienne d’été, ravis de venir goûter à la campagne les délices de sa compagnie ?.

Le P. Lauras a donc oublié ce passage quand, après avoir cité le court et substantiel éloge donné par Bossuet, relatif justement à la Saint-Etienne d’été, 1l ajoute cette note, où il réclame avec une mauvaise humeur chagrine contre ce qu'il nomme une «servitude honorable » ou la redevance à payer à la gloire de Bossuet :

Il était passé en usage, dit le cardinal de Bausset (Vie de Bossuet, t un, p. 27b) que tous les prédicateurs qui avaient prêché à la cour sollicitassent l'honneur de venir, la même année, prêcher devant Bossuet, le jour de la fête de son église cathédrale. Ils regardaient cette distinction comme le sceau des éloges qu'ils avaient reçus à Versailles et comme le titre le plus incontestable de la chaire.

Nous ne savons, ajoute Lauras, sur quel document l'historien de Bossuet s'appuie pour affirmer cet usage. Il est possible que Bossuet ait invité les orateurs de la cour à venir se faire entendre à Meaux, de là à un usage constant, à une manière de redevance en l’honneur du grand évêque, il y a loin. Tous les orateurs n'auraient pas accepté cette servitude, tout honorable qu’elle fût 3.

1. Lettre de Bossuet à Mme d'Albert de Luynes datée de Germigny, 4 août 1694, et la suivante du 11. Cf. notice de l’abbé Labouderie, 1825, p. 16(R.)

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