‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 28 sur 475 · LES HOMÉLIES DE TREUVÉ · texte numérisé non relu

LES HOMÉLIES DE TREUVÉ

le jeudi 15 et samedi 17 à Saint-Jacques du Haut-Pas!, la marquise confie au comte de Guitaut les projets de Treuvé, qu'elle avait fait recevoir comme aumônier chez M" de Lesdiguières ?. [n'avait pu y demeurer et songeait à se fixer sur la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas. Il y fut agréé comme prédicateur de l’avent de 1684, mais n’avail point encore trouvé de poste puisque la Liste le nomme : ( M. Treuvé, ecclésiastique. » Bientôt il devint vicaire, ou mieux sous-vicaire de Saint-André des Arts. C'est de là que Bossuet l’emmena pour en faire son théologal. La Liste nous le montrera venant encore prêcher de Meaux à Paris*,.

1. « J'aime tout à fait sa manière de prêcher, elle vise à la simplicité apostolique de M. L: Tourneur ; il a du zèle, et trop, car sa pauvre petite poitrine en est dévorée : ce sont de véritables homélies comme celles des saints Pères ; j'en fus tout à fait contente. » (Sévigné, t. vir, p. 230).

2. C'est la veuve du duc assisté à la mort par Bossuet et Bourdaloue. V. ci-dessus, p. 532. Cf. Sévigné, t. vu, pp. 227 et 230.

3. J'aurai à m'occuper ailleurs de Treuvé, prédicateur, à l’occasion de sermons inédits, non sans valeur, prêchés par lui à Meaux, en 1696 et années suivantes. Floquet, qui avait eu entre les mains ce recueil, semble les avoir pris pour des sermons de Bossuet, et ils ont été possédés comme tels par l'abbé Bossuet, curé de Saint-Louis en l'Isle. Pour nous borner maintenant à ce qui concerne Bourdaloue, il faut relever dans l’avertissement d’une octave du Saint-Sacrement publiée par Treuvé * en 1695, des traits qui visent peut-être tout au moins les imitateurs maladroit; de Bourdaloue, sinon sa méthode même: «Je vois avec plaisir, dit-il, qu’une infinité de personnes qui n’ont pas moins d'esprit que de piété, commencent à se lasser des sermons qui ne contiennent que des portraits et des antithèses, et j'espère que leur jugement guérira le goût dépravé de ceux qui les aiment *’.» Migne, Oraleurs sacrés, t. xt, col. 901.

* Discours de piélé pour l'Octave du Saint-Sacrement, Paris, 1695, in-12. Discours de piélé pour les Dimanches et Féles de l'Avent, Lyon, Claude Bacbelu, 1697, in-12.

** Il serait curieux de connaître de qui sont les sermons dont parla la fin de cette préface, et où Treuvé déclare avoir puisé. Soraient-ce ceux de Le Toarneux, mort en 1686. Mais comme il ne s’agit pas nécessairement d’un prédicateur déja mort, et que le nom d’un magistrat dépositaire de sermons d'un prédicateur célèbre mérite d'être cherché, il est bon d'attirer l'attention sur cette phrase finale : «Je ne dois point cacher le secours que j'ai tiré, pour quelques-uns de ces discours, du travail d’un excellent prédicateur dont les Sermons sont entre les mains d'un magistrat encore plus illustre par sa piété que par les emplois qu'il a autrefois exercés. Comme il a eu la bonté de me les communiquer, je m'en suis utilement servi, et j'espère que cela pourra contribuer à attirer la bénédiction de Dieu sur cet ouvrage. » On ne voit pas Lamoignon, malgré ses attaches avec Hermant et Baillet, communiquant les sermons de Bourdaloue, à supposer qu'il les eût. On imagine aussi Treuvé puisant plutôt dans des écrits de Desmares, Hermant où Le Touraeux, que chez Bourdaloue, qu’il trouvait sans doute trep plein de portraits, ou chez l'abbé Poileau, trop plein d’antithèses. Ne s'agit-il pas du président Le Coigueux et de Desmares ? (Sainte- Beuve, Port-Royal, t. 11, p. 308, n. 2).

La date de la lettre de M" de Sévigné, mardi de Pâques, parlant de Bourdaloue, inclinerait à croire que ce jour-là fut clôturée la station du carême à Saint-Paul. C’est en effet presque toujours au sortir d’un sermon qu’elle entame l'éloge de son prédicateur favori, même quand elle n’analyse ou ne signale aucun discours en particulier. Les deux sermons du jeudi et du samedi saint qu'elle est allée entendre à Saint-Jacques du Haut-Pas, laissent libre aussi le vendredi saint 148 avril, où elle n'aura point voulu perdre le sermon donné à sa paroisse, puisque c'était cette année-là une Passion de Bourdaloue, et que la marquise, elle l'avoue, a toujours aimé entendre les «belles passions !. » Cependant tout cela est bien conjectural pour établir soit la date, soit l’auditoire de Bourdaloue.

On pourra consulter la correspondance de Bourdaloue pour les lettres envoyées par lur au cours de cette année 1683. Celle du g mars, à Condé, écrite durant les préoccupations du carême de Saint-Paul, et qui commence par ces mots bien en situation : « Dans l’accablement du travail où je suis, » à trait à l’histoire de l'éloge funèbre de Henri de Bourbon , que nous retrouverons en décembre, au moins pour la signaler, le sujet ayant été épuisé par l’auteur de Bourdaloue inconnu ?.

Les lettres à Le Peletier, 5 juillet et 27 septembre, ont reçu dans le même ouvrage un commentaire complet. Ni lune ni l’autre ne portent mention du lieu où elles furent écrites. Il semble que la première le fut de Paris. Il faudrait rapprocher de la date pour en juger, celle où fut divulguée dans Paris la nomination de Michel Le Pele- Her comme conseiller d'état, que Bourdaloue dit n’avoir appris que de la veille; bien que cet expression insinue

1, V plus haut, p. 244.

2. V. aussi Bourdaloue, sa correspondance, p. 56, et le tableau chronologique, p. 231, où il faudra rétablir l'ordre exact, en plaçant la lettre du 9 mars avant les deux lettres à Le Peletier, 5 juillet et 27 septembre.

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