APOLOGIE ) DE BOURDALOUE
sujet », le passage rencontré à la fois dans le manuscrit de sainte Madeleine, et le sermon imprimé sur saint Etienne, a bien les allures du procédé vulgairement nommé tiroir. Rien de plus légitime, ni de plus inévitable que ces applications réitérées de principes toujours les mêmes. Ne soyons plus surpris cependant que Bretonneau ait laissé tomber, dans le sermon sur la conversion de Magdelaine le développement fourni par notre manuscrit; le morceau eût fait double emploi, dans le sermon du tome vi, avec une «doctrine » déjà donnée au volume précédent. Le travail assidu de Bretonneau, si toutefois Bourdaloue lui-même n'avait point opéré déjà cette réducüon, a dû consister à ne laisser qu’une seule fois, et à la meilleure place possible, les développements répétés, fréquents sans nul doute dans l’œuvre totale du prédicateur.
Nous retrouverons le panégyrique de saint Etienne, le 3 août 1094, à propos de la prédication dans la cathédrale de Meaux, sans néanmoins dater sûrement ni pouvoir identifier le sermon prêché alors. Quant au sermon de la Magdelaine, conjecturé au 8 avril 1683, nous sommes bien empêchés aussi d’en indiquer le texte. La lettre du médecin Bourdelot paraît viser plutôt le sermon placé dans l'édition au Caréme, que le sujet traité dans le volume des Panégqyriques. On retrouve en effet, dans les développements qui suivent l'apologie proprement dite, ce que décrit le correspondant de Condé quand il nous dit que «Porateur citant les Pères, fit une exagération », c’est-à-dire enchérit sur son premier sermon, au grand scandale des dames. N'y a-t-il pas comme un écho des plaintes et de la riposte dans cet autre passage du même sermon, avant la fin du premier point ?
A Dieu ne plaise, Mesdames, que je veuille examiner icy & vous marquer tout ce que la penitence doit reformer dans vos personnes : outre que ce détail iroit trop loin, peut-estre en feriez-vous encore le sujet de vostre censure. Toutefois c'est dans ce détail, que sont
558 CARÈME A SAINT-PAUL
entrez les Peres de l'Eglise & mesme les Apostres, quand ils se sont appliquez à regler les mœurs 1...
L’impression de mécontentement, presque d'irritation, reflétée dans la lettre de M* de Sévigné, sur les critiques à mêler Çaux admirations publiques », se dissipa assez durant les sermons de la semaine sainte, pour qu'elle ait pu écrire, au mardi de Pâques, 20 avril :
Si nous n'avons bien fait nos Pâques, ce n’est vraiment pas la faute du P. Bourdaloue: jamais il n’a si bien prêché que cette année; jamais son zèle n’a éclaté d’une manière plus triomphante ; j'en suis charmée, j'en suis enlevée, et cependant je sens que mon cœur n’en est pas plus échauffé, et que toutes ces lumières dont il a éclairé mon esprit, ne sont point capables d'opérer mon salut. Tant pis pour moi! cet état me fait souvent beaucoup de frayeur. Mais savez-vous ce que j'ai fait? Jai entendu deux bons petits sermons de notre bon M. Trouvé, le jeudi et le samedi saint, à Saint-Jacques du Haut-Pas *.
Cependant l’éloge du genre « homilétique » de Treuvé pourrait facilement indiquer le desideratum que sans se l'avouer, M de Sévigné éprouvait, soit ressentiment secret de certains détails qui l'avaient pu Girriter » comme les autres dames, soit rectitude de jugement, sur ces sermons, qui lui laissaient, tout enlevée qu’elle était, le cœur un peu vide, elle formule ainsi à sa manière la critique que la lettre ouverte écrite à Bourdaloue en 1679 paraît avoir soulignée avec clairvoyance *. Le reste de sa lettre, concernant Treuvé, jette un jour sur ce qui manquait peut-être à Bourdaloue, dont la méthode était tout autre.
Enchantée des «bons petits sermons » entendus par elle
LT DEA" 2. Sévigné, t. vu, p. 229-930.
3. V. plus haut, p. 468. La lettre de Mne de Sévigné, (plus haut, p. 552), écrivant «notre critique», après avoir dit quelle a grondé Treuvé, permet-elle de supposer que cette critique «collective » est faite dans une conversation avec freuvé ? — Le futur théologal de Meaux était, je crois, assez fin critique pour avoir écrit la lettre de 1679.