‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 289 sur 475 · LA BRUYÈRE ENTHOUSIASTE DU P. SÉRAPHIN · texte numérisé non relu

LA BRUYÈRE ENTHOUSIASTE DU P. SÉRAPHIN

uniment et familierement, les orateurs et les déclamateurs seront suivis Î,

La Bruyère vise ici Le Tourneux etsemble avoir attendu et espéré un successeur de sa manière :

Les citations profanes, poursuit-il en effet, les froides allusions, le mauvais pathétique, les antithèses, les figures outrées, ont fini : les portraits fintront et feront place à une simple explication de l'Evangile.

Les portraits dont La Bruyère (en qualité d’corfèvre » peut-être), se déclare excédé, sont-ils ceux de Bourdaloue, ou les « marmousets » de ses imitateurs maladroits ? Peu nous importe; il est certain que, lorsqu’en 1692 le P. Séraphin vint prêcher à la paroisse de Versailles, où la vogue commença à entraîner vers lui les courtisans, La Bruyère crut avoir trouvé l’homme de ses rêves, et dès ce moment peut-être fut écrit le morceau publié en 1694 :

Cet homme que je souhaitois impatiemment et que je ne daignois pas espérer de notre siècle, est enfin venu. Les courtisans, à force de connoître le goût et de connoître les bienséances, lui ont applaudi ; ils ont, chose incroyable, abandonné la chapelle du roi, pour venir entendre, avec le peuple, la parole de Dieu annoncée par cet homme apostolique. La ville n’a pas été de l'avis de la cour ; où il a prêché, les paroissiens ont déserté, jusqu'aux marguilliers ont disparu ; les pasteurs ont tenu ferme, mais les ouailles se sont dispersées, et les orateurs voisins en ont grossi leur auditoire. Je devois le prévoir et ne pas dire qu’un tel homme n'’avoit qu’à se montrer pour être suivi, et qu'à parler pour être écouté : ne savois-je pas quelle est dans les hommes et en toutes choses, la force indomptable de l’habitude ?

Depuis trente années, on prête l'oreille aux rhéteurs, aux déclamateurs, aux énumérateurs ; on court ceux qui peignent en grand ou en miniature. Il n'y a pas longtemps qu'ils avaient des chutes ou des transitions ingénieuses, quelques fois même si vives et si aiguës qu’elles pouvoient passer pour épigrammes : ils les ont adoucies, je l'avoue et ce ne sont plus que des madrigaux.

1. Ed. Hachelte, t. 11, p. 221, de la Chaire, 3. Les clefs nomment ici l'abbé Le Tourneux, mort le 26 novembre 1686 (V. plus haut, p. 536), celui

que Boileau vantait à Louis XIV, comme un novateur en chaire, puisqu'il y prêchait l'évangile, :

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