MORT CHRÉTIENNE DE COLBERT
comme l'avait fort bien montré M. A. de Boishisle, ce compte rendu de Foscarini était démenti par le correspondant parisien de la Gazette de Leyde, d’après lequel le ministre garda jusqu’à son dernier soupir un Jugement sain et entier !.
Une pièce curieuse, dit M. de Boislisle, retrouvée récemment par notre confrère, M. Ed. de Barthelemy, dans les archives de M la princesse de Montholon- Sémonville, confirme et complète d’une façon émouvante le récit de la Gazette (de Leyde): |
M. Colbert décéda hier à trois heures du matin, et il est mort avec la même force de jugement et la même présence d'esprit qu'il avoit toujours eue en la plus forte santé. Il a édiffié toute sa famille par les véritables sentimens de christianisme qu'il a inspirés à un chacun en particulier, et paroissant le premier persuadé et pénétré de ce qu'il disoit avec tant de force et de présence d'esprit, qu'on a doutté que le Père Bourdaloue qui ne la point abandonne pendant huit jours comme estant son confesseur ordinaire, fust capable
de M. Colbert : On prétend qu'il est mort mal content; que le roi lui ayant écrit peu de jours avant sa mort, pour lui commander de manger et de prendre soin de lui, il ne dit pas un mot après qu'on lui eut lu cette lettre. On lui apporta un bouillon là-dessus, et il le refusa. Mne Colbert lui dit : « Ne voulez{-vous] pas répondre au Roi?» Il lui dit: « Il est bien temps de cela. C'est au Roi des rois qu'il faut que je songe à répondre. » Comme elle lui disoit une autre fois quelque chose de cette nature, il lui dit : « Madame, quand j'étois dans ce cabinet à travailler pour les affaires du Roi, ni vous ni les autres n’osiez entrer; et maintenant qu'il faut que je travaille aux affaires de mon salut, vous ne me laissez point en repos. »
M. Mansard prétend qu'il y a trois ans qu'il étoit à charge au Roi, pour les bâtiments, jusque là que le Roi lui dit une fois : « Mansard, on me donne trop de dégoûts, je ne veux plus songer à bâtir. »
Le vicaire de Saint-Eustache dit à M. Colbert qu'il avertiroit les paroissiens au prône de prier Dieu pour sa santé.» Non, pas cela, dit M. Colbert, mais bien, qu'ils prient Dieu de me faire miséricorde. » Racine, éd. des Grands Ecrivains, t v, p. 110.
1. Annuaire-Bullelin de la Société de l'Iisloire de France, 1874, p. 231-231, On y trouve indiqués : l° La Gazetle de Leyde (sept. et oct. 1683); 2 Les Miscellanées de Léonard de Sainte-Catherine de Sienne, (Arch. nation., MM. 824, f° 65, d'où sont tirés des détails sur la piété de Colbert) ; 3° Le récit anonyme exlrait des archives du château de Montholon, cité ici, et que M. de Barthelemy avait inséré dans son
compte-rendu du livre de Pierre Clément, paru à l'Officiel au 3 octobre