PAMPHLETS ET LIBELLES SUR COLBERT
de dire des choses plus belles que celles qu'il a dites en mourant…. Il souffroit des douleurs si violentes qu'on estoit obligé de le mettre dix fois par jour dans le bain et les médecins qui ne connoissoient pas son mal par une ignorance qui leur est assez ordinaire, ne luy foisoient prendre que de l’eau de poulet au lieu de luy donner de bonne nourriture qui l'eust mis au moins en estat de resister plus longtemps à sa maladie, qu’on a trouvée d'une nature qui ne pouvoit pas vivre ni resister longtemps à quatre pierres qu’on lui a trouvées dans le rein. Voilà la cause de sa perte.
Le récit contenu dans cette lettre anonyme, aussi bien que celui de la Gazette de Leyde réduisent à néant les bruits de poison qui ne manquèrent pas de cireuler sur le comple de cette mort. L’autopsie citée par M. de Boislisle dément aussi ces suppositions, sans autre fondement que l'imagination populaire surexcitée par l'affaire des poisons. On voudrait qu'il n’y eut point plus de réalité dans les outrages qui poursuivirent le cercueil de Colbert, mais il est trop vrai que des écrits injurieux de toute sorte, chansons, pamplhlets, etc., furent le salaire dont le peuple égaré paya la mémoire de ce ministre, auquel il attribuait, bien à tort, une bonne part de ses souffrances. Colbert qui avait fait à ces sortes d’écrits clandestins une guerre si acharnée, fut après sa mort l’objet d’injures et de pasquinades, déshonorantes seulement pour les pamphlétaires dont la rancune s’exhalait en hibelles de cette sorte.
1. Clément, La Police sous Louis XIV, p. 75. « Le ?1 avril 1683, Louis XIV autorisait La Reynie à juger « plusieurs ecclésiastiques et libraires qui se méloient de composer divers écrits et libelles diffamatoires contenant des maximes contraires au bien du service, au repos des sujets du roi, et attaquant l'honneur et la réputation de diverses personnes constituées en dignité. » Ces écrits pouvaient bien se rattacher à l'Assemblée de 1681-1682. « Louis XIV, dit Gérin, ne permit pas qu'on attaquàt publiquement ses évêques, mais il courut une foule d'Observalions, de Reflexions, de Considérations manuscriles où la cause opprimée étoit défendue avec vigueur. » (Recherches historiques sur l'Assemblée de 1652, p. 70.) Ce fut peut-être l'expiation sur terre de la proscription de cette « légitime liberté de la presse » que le débordement d’'injustes pamphlets qui se produisit à la mort de Colbert, si zélé pour l'autorité royale qu'il lui voulait asservir les évêques, sous couleur de les affranchir de Rome. Colbert, jusqu’à la fin de sa vie, avait été de ceax qui expliquaient les