LA DATE POSSIBLE DE L'EXHORTATION
pû.….. chercher en ce Royaume un azile... Mais quel azile y trouverontils s'ils n’y peuvent subsister ; & que leur sert d’estre echappez aux traits de leur persecuteurs & aux attentats de l’heresie, si nous les laissons languir dans la misere au milieu de la catholicité ? (P. 170).
Dans la seconde partie, destinée à développer les motifs de cette aumône, Bourdaloue désigne plus explicitement l'Irlande :
Il est difficile, Mesdames, que vous ignoriez l’estat deplorable où se trouve reduit un Royaume jusqu’à present si fidelle à PEglise & si catholique. L'erreur a prevalu, non par la force de la persuasion, mais par la violence des armes. L’heresie, aprés avoir desolé l'Angleterre & l'Ecosse, pour comble de ses pretendus triomphes, a penetré dans l'Irlande & y a porté ses ravages. Il n’est permis à nul prestre d’y entrer; tous les Evesques en sont chassez; tous les missionnaires exilez. Si on y tolere encore quelques pasteurs, c'est seulement jusqu'à leur mort & sans esperance de succession... Voilà donc... la religion esteinte à moins que Dieu par son aimable providence ne daigne y pourvoir. Or il ÿ pourvoit par l’establissement de ce seminaire, à quoy vous devez contribuer... (P. 178).
Ne résulterait-il pas de ce passage que le sermon de Bourdaloue est sans doute postérieur, non seulement au traité de Limerick (4 octobre 1691), mais peut-être même aux stipulations votées par le parlement d'Irlande en 1098, pour aggraver la situation des catholiques. La capitulation de Limerick, qui, selon Hume, fut considérée « par les catholiques irlandais et catholiques romains comme la grande charte de leurs libertés civiles et religieuses », n’était sans doute pas aussi favorable que l'historien protestant se le figure. Pour avoir fortement mécontenté les protestants d'Irlande, elle n’en devait pas moins contenir bien des restrictions, et concorder peut-être avec le tableau que Bourdaloue vient de tracer de la situation du catholicisme. (On assura, dit Hume, aux catholiques romains, autant de liberté que ces lois de l’Irlande en comportaient et qu'ils en avaient eu sous le règne de Charles IT. » Or ce n’était pas beaucoup dire.
1. David Hume, Histoire d'Angleterre, trad. Campenon, t. xt, p. 143-146. De Marlès, le continuateur de Lingard, 1837, t. xv, p. 156, dit cependant