‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 38 sur 475 · BOURDALOUE À L'ABBAYE DU LYS · texte numérisé non relu

BOURDALOUE À L'ABBAYE DU LYS

funèbre de Henri de Bourbon, écrite de Paris à la fin de janvier 1684, nous apprend Q qu'il est à la campagne et l’on ne sait pas au juste en quel endroit. » Le correspondant de Condé croit que c’est à l’abbaye du Lys, près Melun. J'ai vainement cherché ce qui pouvait avoir amené Bourdaloue au fameux monastère des religieuses cisterciennes : une vêture ou profession à y prêcher peut-être ou une retraite à donner aux religieuses. C’était une des sœurs de Colbert ! qui, nommée abbesse depuis deux ans, gouvernait cette maison. Aurait-elle désiré apprendre de la bouche de Bourdaloue tous les détails sur la mort du ministre ? Ni l’/nventaire sommaire des Archives de Seine-et-Marne, ni l'Histoire de l'Abbaye du Lys? ne fournissent de données sur ce séjour, qu'il faut d’ailleurs donner seulement comme possible,

exemple relatif à l'oraison funèbre de Bossuet prononcée par La Rue, le 23 juillet 1704. On voit par le Journal de Ledieu que des retouches y ont été faites en dehors de celles de l’auteur :

« Ce mardi 5 août, écrit Ledieu..., M. l'abbé Bossuet m'a appelé pour relire avec moi l'oraison funèbre du père de La Rue, dont il a le manuscrit en main ; nous l'avons lue tout entière ce matin et soir ; il y a fait quelques corrections pour le style : il en paroît très content, hors de l'affaire du quiétisme, où M. l'archevèque de Cambrai est fort ménagé *...»

Ainsi la famille qui payait les frais de l'impression se tenait autorisée à faire dans le style les retouches qui lui agréaient.

1. Claire-Cécile Colbert, xxx° abbesse du monastère du Lys, avait été d'abord abbesse de Sainte-Geneviève de Paris. Après s'être démise de ses fonctions en 1698, elle se retira au couvent de la Miséricorde, rue du Cherche-Midi.

?. «Les dames de la noblesse de robe et d'épée, écrit l'historien de

l’abbaye, venaient à l'envi prendre gite au Lys, dans le bâtiment dit des hôtes, préparé à leur intention. Il était du suprême bon ton de passer partie de l'été et de l'automne en compagnie des chères sœurs, de prendre part à leurs exercices et de s’atfilier à leur ordre (?) Il y avait alors un grand mouvement dans l'antique abbaye, surtout pendant les séjours d'automne de la cour à Fontainebleau.

Colbert sollicita et obtint pour sa sœur Claire-Cécile la direction d'un monastère si renommé. Installée le ?3 avril 1678, la nouvelle abbesse resta au Lys jusqu'au 20 mars 1698.» (Notice sur Dammarie-les-Lys, par Gabriel Leroy. Meaux, 1893, in-12, 44 pp. P. 93. Cf. Gallia christiana, t. x, p. 247; Mercure galant, mai 1678, p. 242).

* La Rae devait bien ce dédommagement à Fénelon en réparation du panégyrique de

saint Bernard où il l'avait satirisé devant Bossuet, aux Feuillants, le 20 août 1698. (V. Chérot, Autour de Bossuel, p. 30, et ci-dessous, au carême de 1697.)

UN SERMON AUX INVALIDES y

A l’époque où la lettre du P. Alleaume nous montre Bourdaloue « peut-être » à l’abbaye du Lys, la saison n'élait pas propice pour les réunions mondaines et le monastère devait être plus silencieux qu’en automne, Renonçons, jusqu’à nouvel ordre, à savoir le motif de ce problématique voyage près de la sœur de Colbert, ainsi que la durée du séjour hors de Paris. Bourdaloue était-il encore absent durant les pourparlers échangés au mois de mars suivant entre le P. de Jouvancy chargé de traduire la nouvelle oraison funèbre et Condé, ou son chargé d’affaires, le P. Alleaume ? Une lettre de celui-ci, en date du 7 mars nous apprend qu'il a mandé à Bourdaloue le dessein récemment conçu de mettre en latin le discours du 10 décembre et n’a point encore reçu de réponse 1.

Un document recueilli par le P. Le Lasseur et emprunté sans doute à une gazette janséniste nous fait connaître, sans donner de dates, que Bourdaloue a prêché aux Invalides. La lettre est du 8 avril, six jours après Pâques ; s’il s’agit d’un sermon isolé, serait-ce celui du 2, fête de la Résurrection? Ce jour-là peut-être Louvois aura voulu donner quelque éclat à son institution et invité Bourdaloue, son ancien précepteur, ainsi qu'une assistance triée sur le volet, pour une fête d’apparat. Notre nouvelliste anonyme interprète ce choix de Pauditoire avec une malignité trop évidente :

8 avril 1684. — Le P. Bourdaloue a prêché aux Invalides et la vanité jésuitique, de tous temps odieuse aux honnêtes gens et maintenant insupportable, n'a pas été oubliée, Car il y avoit des gardes à la porte avec des hallebardes, qui ne laissoient entrer que les carrosses.

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