‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 385 sur 475 · VÊTURE DE M° CHEVALIER · texte numérisé non relu

VÊTURE DE M° CHEVALIER

Mademoiselle Chevalier 1, Fille de Mr Chevalier, Fermier General, prit l’habit dans le Monastere des Filles de Sainte-Claire de la Nativité de Jesus dans la ruë de Grenelle 2, le Dimanche 31 décembre. On admira la fermeté & la constance que cette jeune Demoiselle marqua dans l'engagement qu’elle prenoit dans un Ordre Religieux dont les austeritez sont bien capables d’effrayer de jeunes personnes élevées dans la delicatesse, & souvent dans la mollesse. L'assemblée fut tres belle & tres nombreuse. Le Pere Bourdaloüe fit le Discours de Vêture. Il le fit avec cette eloquence sainte & touchante qui luy est ordinaire, ce feu & cette impetuosité qui portent Jusqu'au cœur. Il fit voir dans son premier Point que la perfection de la vie Religieuse est un sujet propre à confondre les Mondains & les malheureuses Victimes de la volupté. Il fit voir dans le deuxieme, que la corruption & les desordres des enfans du siecle, de ces hommes accablez sous le joug des passions, est un motif de consolation bien grand pour les Ames Religieuses. Il fit plusieurs portraits bien naturels des peines & de l’agitation dans laquelle on vit dans le monde, de l’amertume qui-suit ses plaisirs & ses dons, de cette inquiétude & de ce trouble intérieur qui l’accompagnent toûjours. Il en fit un autre bien opposé des douceurs & de l'attrait de la Vie Religieuse. Il fit voir que si d’un costé nous voyons les austeritez du Cloistre, ce detachement general, cette pauvreté volontaire & absoluë, cette mortification rigoureuse & ce crucifiement continuel qui revoltent si fort l’homme

1. Anne-Augustine Chevalier, fille de Louis Chevalier et de Marguerite Estienne Dauguy.— V.àla notes, l'acte tiré des registres aujourd'hui brülés de l’ancien monastère, et les nombreux détails recueillis par Rochebilière au Mercure.

2. Lebeuf ne donne guère de détails sur ce couvent des Petites Cordelières, situé, dit-il, à l'entrée de la rue de Grenelle, sinon qu’ «il a cessé en 1750 » et que « le terrain qu'elles occupoient étoit de 3567 toises suivant les placards affichés pour la vente. » (T. 1, p. 283.) Les Petites Cordelières étaient au territoire de Saint-Germain des Pres, qui « depuis cent cinquante ans ou deux cens ans au plus, écrivait Lebeuf, a été couvert de différens Couvents, Hôpitaux, Hôtels de Prince et de gens de qualité. Comme il promet de rapporter les dates de fondation et qu'il ne dit rien de plus que ce que nous avons cité, il est à croire qu'il l'ignorait. Quant aux Cordelières du Faubourg Saint-Marcel, sur la paroisse Saint-Médard, situé au bout de la rue de Lourcines — (l'ancien locus cinerum, loc donnant souvent lor, par exemple Lorsaint, pour Locsaint de locus sanclorum) — elles ont été établies là sur la fin du xrrre siècle, » (1bid., p. 260.) Germain Brice, Descriplion de la ville de Paris, 1713, 6° éd. p. 211, ne parle que du couvent des Grandes Cordelières, qu'il dit transféré de Troyes où l'avait fondé Thibaut de Champagne. Ce serait Marguerite de Provence, femme de saint Louis qui aurait fait commencer leur église. Cf. de Guilhermy, Ilinéraire archéologique, p. 738.

Page 1