AU COUVENT DE LA NATIVITÉ
de chair & de sang, d'autre costé, nous ne voyons pas les consolations interieures des visites de l'Epoux celeste, qu’enfin nous n’y voyons que les larmes qui coulent, mais que nous ne voyons pas la main invisible qui les essuye : & par opposition il fit voir à ces saintes Filles, que si elles ne voyent le monde que du côté qu'il offre des voluptez, des biens, des honneurs, enfin par ce qu’il a de seducteur, elles ne voient pas aussi les tempestes & les orages qui s’y élevent continuellement,
Il fit d’heureuses applications a son Auditoire de tout. ce que S. Bernard & de tout ce que les autres Peres ont écrit sur la douceur de la Vie Religieuse, par opposition à l’amertume qui suit les plaisirs du monde, qu'il toucha finement, et l'application en fut juste a ce qu'on rapporte que Saint Antoine dit a ses Religieux au retour de la visite qu'il avoit rendu a Saint Paul premier Hermite, — Mrl'Abbé Pilleron, du Seminaire des Missions Etrangeres, & Directeur de ces Dames, fit la Ceremonie, qui fut tres edifiante 1.
Indépendamment de l’essai d'identification qui doit être tenté pour retrouver dans l’édition de Bretonneau le discours ici analysé, il est quelques remarques à recueillir sur le genre de Bourdaloue. Sa manière, connue par ailleurs, semble se refléter assez exactement dans ce récit. Sans faire fond outre mesure sur des éloges toujours un peu convenus et enflés, on ne peut négliger de relever «cette impétuosité » qui va au cœur : elle devait paraître plus touchante chez ce vieillard encore plein de feu, et indique au moins que l’action de Bourdaloue n'avait rien de glacial, ni de méditatif ou de recueilli, comme la légende, née du portrait, le ferait croire.
D’après cedocumentdutemps, nous voilà doncloin decette espèce de conversation intérieure dont parlait S. de Sacy * et de cette méditation poussée à fond par la logique du raisonnement contre l’homme dont l’orateur analyse en lui-même toutes les fibres, pour disséquer et discuter toutes ses passions. Ce n’est pas là le Bourdaloue de Jouvenet, les mains jointes et croisées sur un livre, creusant une pensée
1. Mercure galant, janvier 1703, pp. 167-173. 2. Cf. plus haut, p. 762.