‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 396 sur 475 · LA PEINTURE DUÜ MONDE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE DUÜ MONDE

y avez encore gagné, dites-moy, mes cheres Sœurs, qu'est-ce que la vie de la pluspart des mondains ? qu'est-ce que la vie d’un avare, où d’un ambitieux ? qu'est-ce que la vie d'un courtisan esclave de la faveur, sinon une continuelle penitence, d'autant plus malheureuse qu'elle est inutile & forcée, au lieu que la vostre est au moins volontaire & salutaire !.... Sans sortir du saint lieu où nous sommes, que ne puis-je, pour vous detromper des fausses idées que vous avez peutestre encore du monde, vous reveler icy le secret des cœurs; & de tous les chrestiens du siècle qui m’écoutent (car à peine y en a-t-il que Je doive excepter, & qui ne puissent me servir de temoins des miseres du monde dans les conditions mesmes du monde les plus distinguées) de ces hommes, dis-je, du siecle devant qui je parle, que ne puis-je vous faire connoistre les deboires & les deplaisirs mortels? quels troubles les agitent, quels chagrins les accablent, quelles passions les dechirent, quelles jalousies les rongent, quelles disgraces les desolent, quelles injustices qu'ils se croyent faites les desesperent : quels degousts ont-ils à essuyer, & quels rebuts à supporter! Vous vous les figurez dans les divertissements & les plaisirs : que ne puis-je vous faire comprendre ce que leur coustent ces pretendus plaisirs, & et de quel fiel sont meslez pour eux ces vains divertissements ?... À combien d'épouses du Sauveur, l’obéïssance qu'elle ont voüée dans la religion, de gesnante qu’elle peut quelquefois leur paroistre ne deviendroit-elle pas pour jamais douce & aimable, si elles concevoient bien ce que c’est que l’assujettissement de la pluspart des épouses du siecle? & combien d’ames religieuses, que Dieu eprouve de temps en temps par certains ennuis, ne guerirois-je pas tout à coup de cette tentation, si Je pouvois leur donner les connoissances que Jay, non plus des desordres & des abominations, mais des tribulations & des malheurs dont le monde est plein : je dis ce monde dont l'éclat semble plus nous ébloüir, & dont la figure trompeuse a plus l'air de prospérité #!

L’orateur, d’après le texte du sermon imprimé, s'était proposé « de parler à deux sortes d’auditeurs, les uns engagez à vivre dans le monde, les autres consacrez à l’estat religieux. » A coup sûr, si les peintures de la douceur de la vie religieuse étaient appropriées à l’audi-

1 Pepe lISUE 2APTDIA Re SDIRO Le 3. 10id, pp."-313-314

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