BOURDALOUE AU NATUREL
l’auteur transperce même dans les sermons revus et imprimés, à plus forte raison paraissait-il dans le sermon prêché, plus jeté, moins littéraire, mais plus plein de eette sincérité, de ce désir de gagner les âmes qui fut, je crois, l'onction de Bourdaloue. (est, si je ne me trompe, ce que Donneau de Visé appelle dans son éloge de 1702 « cette éloquence sainte et touchante qui lui est ordinaire », phrase, qui, sous son ATEN un peu banale, pourrait bien cacher le sens que J'ai essayé d’y montrer.
Pour être arrangés et par suite émondés, les dde. pements sur les misères du monde restent encore bien cruels et bien vrais. Que devaient-1ils être, pouvons-nous demander, lorsque dans le mouvement plus abandonné de la chaire, l’orateur, brodant sur sa trame invariable, ajoutail, mince mais aussi très intéressante part d’improvisation, un mot plus vigoureux, une allusion plus directe, une phrase parfois plus hardie, que le premier sermon n'avait pas comportée, et que la révision devait élaguer du texte destiné à l’impression. À nous en tenir à ce qui nous a été gardé et en attendant la bonne fortune de rencontrer une de ces vêlures saisie par un copiste, on peut juger encore ce que pouvaient être les tableaux opposés dont parle analyse, et surtout la peinture des déceptions mondaines dont le « nouvelliste » loue la finesse de touche :
Vostre vie dans la religion, dit l’orateur, est un perpetuel exercice de penitence, je le sçais, mais... pour vous montrer qu’en cecy vous n'avez fait que changer d'objet, & que selon le monde mesme, vous
sa force..», etc. Mais quand Bourdaloue se complait ainsi dans ces surprises destinées à éveiller l'attention, on peut dire aussi qu'il a comme d'instinct la langue du genre et du temps. Presque tous ses contemporains ont ces formules, et il est difficile d'échapper au vocabulaire d'une époque. Il faut cependant établir une différence entre certains clichés oratoires communs à tous, comme ces annonces de surprises et ces procédés destinés à piquer la curiosité, et les passages plus personnels, où l’orateur se met en scène. Bien que non spéciaux à Bourdaloue, ils sont d'autant plus à noter chez lui, qu'il passe communément pour assez impersonnel,