‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 439 sur 475 · III. MS. PHELIPEAUX, li, p · texte numérisé non relu

III. MS. PHELIPEAUX, li, p

une aversion éternelle contre moi |

— La haine en ce cas vous doit être agréable.

— Mais ce sera pour être tous les jours en guerre! |

— Ah! Jésus-Christ ne dit-il pas qu'il est venu au monde pour amener la guerre et non pas pour apporter la paix : non vent pacem millere sed gladium ?

— Mais il viendra aux dernières violences !

— C'est à vous à les prévenir.

Edilion princeps, t.1x, p. 89.

pour vous, que son estime, Mais la paix en sera troublée : vous aurez la paix de la conscience, & elle vous suffira. Mais il cherchera toutes les occasions de me chagriner :

de vos chagrins pour pratiquer la patience, & Dieu du reste vous consolera. Mais le moyen enfin de se soutenir toûjours dans cette fermeté inébranlable, & de ne se démentir jamais ?

cela n’est pas aisé, J'en conviens ; mais c’est pour cela mesme que je vous l’ay proposé comme un

vous profiterez

— Le moyen donc de satis- des plus grands dangers de vostre

faire à Dieu et à mon mari! Le estat.

moyen d’être agréable à l’un et à l’autre !

— Cela est difficile, je avoue, et c'est pour cette raison que je vous l'ai proposé comme une grande difficulté de salut.

On me dira que la rédaction définitive a su allier avec la vivacité du dialogue, qui n’a rien perdu, une noblesse el un ton de bon goût nullement à dédaigner. À merveille, el Je conviendrai même que les réponses, dans l’édition, sont plus heureuses et moins gauches que dans le manuscrit, bien qu'après tout cette maladresse même servit mieux la thèse du prédicateur, dont le procédé, malhabile à dessein peut-être, montre mieux qu’il n’y à aucune solution sortable, Mais là n’est point la question et nous n'avons pas à nous prononcer sur la valeur littéraire des deux pages mises en parallèle.

Car nous évitons de classer, comme nous l'avons déjà insinué, le sermon parmi les genres littéraires !. Pour

Î. V. plus haut, p. 89 et suiv.

mieux entrer dans la connaissance intime de Bourdaloue, il faut, après s'être rendu compte, par les manuscrits, de ce que fut au vrai sa parole, pénétrer les raisons de cette familiarité parfois hardie, de cette animation, de cette vie intense que nous dérobe trop l'édition. Il est trop clair qu'on ne rencontre plus dans l’imprimé des phrases comme celle-ci : «Hé! mon mari me traite comme une prostituée ! » Et nous ne nous demandons pas si l’éditeur a bien fait ou cru bien faire de le retrancher de son recueil. Tout consiste pour nous à savoir si elle a été dite et a pu être dite. Expurgée comme elle le fut, elle fait tort, nous le répétons, au Bourdaloue vrai, que nous rendront les copies d’autrefois. Je n’ai point voulu montrer autre chose.

On conviendra que les documents de ce genre, fournis par les manuscrits, nous renseignent plus exactement que les éditions ofticielles, et sur ce qu'était l’éloquence de Bourdaloue, et sur ce qu'il faut penser du sermon au xvu* siècle. J’ai déja dit que les sermonnaires, trop connus et jugés par leurs éditions, ne le sont pas assez par eux-mêmes. Or pour les retrouver eux-mêmes, et à nous borner à Bourdaloue, pour le faire mieux connaître, j'estime qu'il vaut la peine de publier les œuvres que nous ont heureusement conservées de lui les manuscrits de son époque. Peut-être nous rendrons-nous par là un compte plus complet de ce qui fut sa qualité maîtresse, que personne d’ailleurs ne lui refuse, un zèle ardent et une conviction profonde. Pectus est quod diserlos facit. Peut-être faut-il chercher là le secret de sa «parole familière ou hardie. »

Pour un bon nombre de lecteurs, ce ne serait point un mince étonnement de voir un nouveau texte, à côté du texte classique, un peu compassé, mais si ferme, qu'ils ont connu, sinon goûté, dans leur jeunesse. Comme les vétérans de la littérature dont parlait Horace, ils auraient quelque regret à ne plus admirer, sous sa forme ancienne,

cet orateur qu'ils ont identifié avec les sermons que nous pouvons continuer d'appeler les siens.

Turpe pulant parere minoribus, el quae Imberbi didicere, senes perdenda fatert.

Mais il ne s’agit pas de mettre deux textes aux prises, ni de condamner à loubli celui qui demeure toujours le teætus receptus. N’est-il point déjà méritoire de se dire qu'on a peut-être admiré dans ces sermons, un style posthume, ou du moins postérieur au texte débité en chaire?

Quelle sera donc la place des copies anciennes des sermons de Bourdaloue dans la future édition? Car l’édition de Bourdaloue est à refaire. Sainte-Beuve, déjà, comme je l’ai rappelé au début !, le reconnaissait. Mais s’il bornait ses aspirations à demander des notes historiques pour animer et éclairer le texte, il n’est plus possible de se contenter de cette réforme. Les recueils écrits au temps de Bourdaloue, ou les éditions clandestines nous peuvent seuls, jusqu’à la découverte des manuscrits autographes, rendre le Bourdaloue entendu au xvu° siècle, et tel à peu près qu'on l’entendit.

Aussi, sans renoncer aucunement au texte établi par le premier éditeur, à côté de ce texte consacré, le texte primiuf a son rôle marqué. Sans doute, au point de vue littéraire, il ne souffrira guère la comparaison ; il semblera de pénible lecture, n'ayant jamais été écrit «pour être lu.» Il n’en sera pas moins instructif et de nature à nous faire connaître la « parole‘ de Bourdaloue » ainsi que nombre de mérites de ce Cprédicateur », que l’histoire de la littérature état réduite à deviner, sur la foi des exclamations enthousiastes de M" de Sévigné et de ses contemporains. Il ne s’agit point d’ailleurs de comparaisons à formuler : il importe avant tout de donner la place à laquelle elles ont droit à ces leçons anciennes qui, pour être exhumées à

1. P. iv. Nous y avons vu aussi que Feugère souhaitait cette édition.

deux siècles de dis{ance, n’en sont pas moins antérieures au travail de Bretonneau ; il est juste de ne point exclure de l'édition complète de ses Sermons le texte « sténographié » de Bourdaloue.

Ce n’est point l’heure encore de tracer, même en ses grandes lignes !, le plan de cette publication des Œuvres de Bourdaloue. Puisse-t-elle, à l'heure du second centenaire, Commencer à paraitre!

Nous serions heureux que ce travail, comme une de ces pierres qu'on apporte à l’avance sur les chantiers ouverts, annonce que bientôt le monument projeté entrera dans la période d’exécution. Dieu veuille que l'Histoire critique de la Prédication de Bourdaloue, serve de promesse d’une édition critique de ses œuvres ! C’est notre ambition et notre espoir.

1. Cette œuvre demandera des efforts et des années. Je serais heureux que le temps et les peines que j'ai dépensés dans ce travail préparatoire puissent répondre au vœu que n'a cessé d'exprimer le P. de la Broise. Son admiration raisonnée pour Bossuet ne l'a jamais détourné du désir intense de voir entreprendre sur Bourdaloue des recherches dont il ne s’est point dissimulé la difficulté. Dès l'année 1897, à la fin d'un compte rendu de l'édition Lebarq, il avait écrit : « Et maintenant, qui fera la même chose pour Bourdaloue ? La même chose, la perte fort probable des manuscrits ne permet pas de l'espérer, mais quelque chose d’approchant,

bien mieux en tous cas, que ce que nous avons jusqu'ici..., une édition nouvelle où l’on rende la vie à la prédication la plus mêlée de toutes au mouvement moral du grand siècle... 11 y aurait là-dessus beaucoup à

dire, et surtout beaucoup à faire. Qui veut y donner quinze ans de sa vie? » Etudes, 20 janvier 1897, p. 257.— Il ne m'a pas été difficile alors de reconnaitre, dans cette invitation, l'homme qui avait combattu par des raisons si convaincantes mes premières hésitations devant le sujet si vaste, que je croyais alors trop maigre. Je ne puis que remercier aujourd’hui le P. de la Broise d’avoir triomphé de mes répugnances et de mes ignorances. Son nom, qui aurait pu figurer, avec ceux des auteurs ayant écrit sur Bourdaloue, au début de cet essai, a droit d'y paraitre comme une signature. Qu'on me permette de lui avouer, avec ma reconnaissance pour son Compelle intrare déjà ancien, à quel point il avait raison de me contredire. Pour avoir cru jadis, après la lecture des livres de Feugère et du P. Lauras que «tout était dit » sur Bourdaloue, je suis réduit à m'excuser d’avoir dû laisser dans l'ombre, bien des points de vue intéressants, demandant eux aussi du temps et des efforts. Que sera-ce s'il faut aborder l'édition souhaitée ?

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