‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 77 sur 475 · Gaszelle, p.315, Hurel, p. 75, t · texte numérisé non relu

Gaszelle, p.315, Hurel, p. 75, t

Alf. Maury, dans un article de la Revuedes Deux-Mondes du 1+ août 1880, sur les assemblées du clergé à la fin du XVIIe siècle, d’après divers ouvrages (Guérin, Loyson, Lauras, ete.), a nettement résumé les phases de cette lutte, bien que tout ne soit pas également exact dans son travail. Il a montré le rôle de la Petite Assemblée (cf. Gérin, p. 63) à la suite de laquelle fut décidée la convocation d’une Assemblée générale, évitant «les dangers et les difficultés d'un concile. Le roi avait toute raison d'espérer qu'il trouveroit dans une telle assemblée des dispositions favorables à ses vues. On prit d’ailleurs des mesures pour qu'il en fût ainsi. On prépara l'opinion du clergé par l'envoi du procès-verbal de la Petite assemblée. » Les divers communiqués de la Gazetle devaient avoir le même rôle à l'égard du public.

En attendant de plus amples citations dans une étude ex professo, voici l’article de la Gazetle paru le 24 janvier, et auquel est empruntée apparemment la citation de l'édit enregistré ce jour-là au Parlement :

11 décembre, assemblée du clergé sur les affaires de la régale.

« Le 11° décembre ; l'archevesque duc de Reims leur fit rapport des délibérations des commissaires nommez pour examiner l'affaire de la Régale. Apres avoir expliqué avec beaucoup de sçavoir les principales difficultés de cette matière, 1l fit lecture a l'Assemblée du resultat des Deliberations des commissaires qui s'étoient assemblés deux fois sur ce sujet chez l’Archevesque de Paris. Ce resultat portoit que Sa Majesté seroit suppliée de vouloir bien qu'aucun Ecclesiastique ne pust estre desormais pourveu “dans toutes les Eglises cathedrales de son Royaume, des Doyennez, des Archidiaconez, Theologales.... et autres benéfices comportant fonctions spirituelles s'il n’a l'age, les degrez & les capacitez prescrites par les saints canons, &c, &c.....

« Ces propositions avoient esté portées au roy par l'Archevesque de Reims & sa Majesté les a approuvées par sa Declaration qui fut leue à l'Assemblée le 15e de ce Mois. Elle fut receue avec un applaudissement general de la Compagnie, qui témoigna une extreme reconnoissance de cette nouvelle marque de la pieté du Roy & de son zele pour l'Eglise. Le 17° elle fut vérifiée en Parlement...» Gazette n° 10; p. 68. Cf. p. 92, «les remerciements votés par l’Assemblée, PArchevesque de Paris représentant combien la dernière Declaration du Roy estoit avantageuse à l'Eglise en luy consérvant sa juridiction, & que cette marque singulière de la pieté de Sa Majesté méritoit une reconnoissance extraordinaire. Le résultat étoit que l'Assemblée iroit au plus tost temoigner au roi son extreme reconnoissance... et écriroit une lettre au Pape. »

On voit ce qu'étaient les droits prétendus auxquels renonçait le roi, mais comment aussi la reconnaissance, au moins officielle, adopte partout le même langage. Le compliment du ? février en devient à la fois plus clair et plus banal. Il est superflu d'y chercher un témoignage de gallicanisme, mais excessif d'y vouloir découvrir des réserves et une leçon indirecte. En regard des faits et des façons de parler du temps, il a moins

de portée.

f. — (P. 5461.) Le P. Charles de Noyelle, vicaire général à la mort du P. Oliva, lui succéda ; Bourdaloue avait été député par sa province pour prendre part à cette élection, mais ne fit pas ce voyage de Rome.

On lit dans la Gazelle du 20 décembre 1681, p. 748, n. 112: «On a eu avis de Rome que le Père'lean Paul Oliva Général des lésuites y mourut le 26 du mois dernier âgé de 82? ans... Il a nommé à sa mort pour Vicaire général le Père Charles de Noyelles, Flamand, & assistant d'Alle-

magne. Ce Père exercera cette charge jusqu'à l'élection d'un nouveau Général, qui se fera par tous les Provinciaux & par deux députés de chaque Province, qui seroient choisis par des Congrégations particulières des Provinces.

8. —(P. 5461.) Le Mercure de juillet signale la mort de l'abbé de Saint-Martin dont il avait relaté le succès durant le carême de 1682, à Saint-Germain l’Auxerrois (Cf. p. 536)

Voici la notice qu'il lui consacre: je la relève ici, ainsi que je ferai d'un mot sur Fromentières en 1683 (Cf. note i, p. 619), de ses articles sur Le Boux, mort en 1693, et sur le P. Honoré de Cannes en 1695, enfin de diverses mentions sur Mascaron, Fléchier, etc. (Cf. note h p. 619). Ce n'est pas que je veuille donner, à propos de Bourdaloue, une encyclopédie de la prédication au xvrre siècle. Mon dessein est de mettre mon orateur dans son cadre réel, et aussi de signaler, dans la langue du temps, le ton et la valeur de ces éloges officiels, qu'il ne faut ni prendre au pied de la lettre, en leur attribuant un mérite de véracité historique, ni dédaigner absolument, car ils sont au moins le témoignage d’un état de l'opinion régnante :

(Juillet, pp.164 et suiv.). « L'Eglise a fait une grande perte en lapersonne de M. l'Abbé de St Martin, Curé de la Basse Sainte-Chapelle. Il mourut le Samedy onzième de ce mois, à l'Hostel de Sens de cette Ville 1 où M. l'Archevesque luy avoit donné un Apartement C’estoit un Homme. d'un mérite extrémement distingué. Il en avoit donné des marques dans tout ce qu'il y a de chaires considérables, à commencer par celle de Nostre-Dame où il prescha un Caresme avec un si grand succès & une si grande affluence d’Auditeurs, qu'à moins d'user de précaution, il esloit mal-usé d'y trouver place. 11 n'y à aucune paroisse qui n'ait brigué l'avantage de l'avoir pour Prédicateur. Celle de Saint-Germain l'Auxerrois fut si satisfaite du premier Caresme qu'il y prescha qu'elle le voulut encore avoir le Caresme passé, & les applaudissements qu'il y reçeut, justifient assez qu'on ne peut finir plus glorieusement sa carrière.

Cependant, Madame, quoy.que je vous aye dit de luy jusqu'à présent, je lui déroberois la partie la plus essentielle de son Eloge, si je ne vous apprenois pas qu'il a eu l'honneur de prescher un Avent à S. Germain

1. Le Ms. O. (Bibl. nat. fr. 24855), provenant du fonds Gaignières pourrait fort bien lui avoir appartenu, ou du moins contenir des sermons de Bourdaloue recueillis par lui. Ce seraient du Coup des sermons certainement antérieurs à 1683. Mais il est malaisé de Savoir si ce recueil factice ne contient pas des pièces de dates bien différentes. Il renferme en tous cas des mentions expresses de l'abbé de Saint-Martin, par exemple celles que M. l'abbé Hurel a citées déjà. Le compte rendu de l’oraison funèbre de Turenne par Mascaron, 30 octobre 1675, a été fait dans une lettre anonyme (de Gallois probablement) datée du 31, avec cette suscription : «A Monsieur l'abbé de Saint-Martin à l’archevesché, à Sens » (ms cité, fol. 50). Ce qui montre que l'appartement de l'Hostel de Sens suppose d'autres relations avec l'archevêque de Sens et à Sens même. En 1675, l'archevêque de Sens était l'ancien archevôque de Bourges, Jean de Carbon de Montpezat, déjà plusieurs fois rencontré (V. plus haut, p. 270) successeur de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, mort le 20 septembre 1674. L'abbé de Saint-Martin qui avait été curé de Noisy-le-Sec (dogenné de Chelle.) V. Lebeuf, Zistoire de Paris, t. 11, pp. 639-643) fut peut-être à deux reprises l’orateur du synode de Paris, sous l'archevêque Harlay, (cf. mon étude De munere pastorali Bossuet, pp. 125, 176, note 1, 246.

M. l'abbé Hurel a encore cité de ce même ms 24855, cette curieuse mention : (« Sermors

de M. l'abbé de Saint-Martin fort aidé par M. l'abbé de Blanchefin.» (cf. Hurel, t. 1, p. 115, t. 11, p. 125.)

devant Leurs Majestez, encore avec plus d'approbation que dans la Ville; car comme il preschoit fort délicatement & que c'est à la Cour que regne la delicatesse, il y avoit là des Juges à qui rien n’échapoit de toutes les beautez qu'il mettoit dans ses Sermons. Mais ce qui luy doit avoir acquis une gloire plus grande & et plus solide que toute celle dont je viens de vous parler, c’est l'usage qu'il a fait des derniers moments de sa vie. Il avoit coùtume de prier Dieu de luy faire sentir la mort à loisir, afin qu’il pust faire une plus digne pénitence & laisser moins de matière à sa justice, & Dieu a exaucé sa priere. Une maladie de six semaines luy donna le temps de se familiariser avec la mort, & de la voir venir sans la redouter . Quelques jours avant qu'ilexpirast, il se preschoit luy-mesme, mais avec tant de ferveur que tous ceux qui estoient présens n'ont pas besoin d'autre Prédicateur pour apprendre à bien mourir. Enfia il est mort ce qu'on appelle de la mort du Juste; & je l'apprends avec plaisir à tous ceux qui l'ont entendu pendant sa vie, afin que s'ils ont profité de ses conseils, ils puissent encore profiter de son exemple.

h.—(P. 5732.) Dangeau, tout au début de son Journal (t.1, p. ?) signale cette dernière prédication: « M. d'Agen, qui avoit prêché tout le carème, acheva ses prédications par un des plus beaux sermons et un des plus beaux compliments au roi qu'on puisse faire : C'est toujours ce jour-là que les prédicateurs font leur compliment d'adieu au roi. »

À ce spécimen d'éloge de l'orateur, on peut joindre comme modèle de «réclames » un des « premiers » articles en faveur de Mascaron et de Fléchier, publiés par le Mercure galant (janvier-mars, 1677, pp. 120 et suiv.) :

« Je croy, puisque nous sommes sur le Chapitre des Evesques, pouvoir parler icy de M" de Tulles, ce fameux prédicateur si connu sous le nom du Pere Mascaron, a esté obligé de venir à la Cour et de quitter son Diocese, où il avoit mis un ordre si grand, que leurs Majestez ont crù qu’ils l’en pouvoient faire revenir pour prescher l'Evangile devant Elles pendant ce caresme. La delicatesse des courtisans et le goût qu’ils ont pour les bonnes choses, oblige le Roy à choisir pour ces emplois des Homimes tous extraordinaires, comme il avoit fait pour l’Avent dernier M' l'abbé Kléchier qui confirma par ses Sermons à la Cour la grande opinion que ses Ouvrages & ses Oraisons funebres qu'il a faites pour les premieres Personnes de l'Estat, avoient donnée de luy & l'idée qu’on en dévoit avoir dés que le Duc de Montausier (de Sainte-Maure !) ayant connu le merite de cet excellent Homme, le retira auprès de luy pour estre de la Cour de ce jeune Prince dont l'education luy a esté confiée par un roy, qui comme il est le premier Prince de la Terre, et aussi l'Homme du monde qui a le plus de discernement, & sçait le mieux connoistre les gens. »

i. — (P. 5832.) Voici le compte rendu d'une abjuration reçue par Fromentières en septembre 1683, Elle sert de prétexte au Mercure galant, d'octobre, pour rappeler les anciens triomphes oratoires de l'évêque d’Aire:

(P. 11.) « Le 4 du dernier mois, M. de Bordenave, Ministre de Castelrauen-Bigorre, Diocèse de Tarbes, abjura l'Hérésie de Calvin entre les mains

1. La parenthèse est une note manuscrite de l'exemplaire du Mercure, à la Bibliothèque Nationale ; les premiers numéros de l’une des collections sont annotés par un des lecteurs du temps, qui complète ainsi les divers titres nobiliaires où substitue aux noms de terres usités dans le Mercure ceux de famille ou vice versa.

de M: l'Evêque d'Aire en Gascogne, en présence de M" l’'Evesque de Tarbes ! & d'une nombreuse Assemblée. Il avoit eu plusieurs conférences par écrit avec ce Prélat, & il en avoit receu un éclaircissement si fort sur ses doutes, qu’estant convaincu entièrement de la vérité, il l’a fait connoistre à plusieurs Personnes de son party qu'il a ramené à l'Eglise avec cinq de ses Enfans. M° l’Evesque d'Aire est celuy qui s’est acquis tant de gloire dans les meilleures chaires de Paris, sous le nom de M' l'abbé de Fromentières. Tout le monde l'admira dans la célèbre Action qu'il fit à la Profession (sic) ? de Madame la Duchesse de Vaujours (de la Vallière). Si sa santé égaloit son zèle 3 la force de son Eloquence jointe à sa profonde érudition, rendroit à l'Eglise beaucoup d'âmes égarées, mais il peut seulement écrire sans pouvoir beaucoup parler. »

On peut lire la Notice nécrologique que le Mercure galant du mois de janvier 1685 (p. 81) consacre à Fromentières — on en trouve amplement les principaux traits dans la préface de ses Sermons par l'avocat Richard (Migne, Orateurs sacrés, t. vx, col. 9-18).

Sur la parenté de Fromentières avec les Perrot et les Bretonvilliers, voyez mon De munere pastorali Bossuet, p. 43, note 2. Il suffit de renvoyer, pour une étude littéraire complète, à la remarquable thèse de M. l'abbé Lahargou, et la très intéressante analyse (avec compléments) qu'en a donnée M. l'abbé Léonce Couture. V. plus bas, au carème de 1688.

1. François de Poudenx, désigné depuis 1677, admininistrateur du diocèse de par le roi, ne reçut ses bulles qu'en 1692.

2. Lisez, bien entendu, la vêture ; de tous temps l’information des journaux a été aussi sûre.

8. Nous avons vu que le carême de 1681 ne put être donné par lui, « a cause d'une indisposition imprévue », dit le Mercure. Y. plus haut, p. 525, note 1.

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