‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 76 sur 475 · LE TON VRAI DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

LE TON VRAI DE BOURDALOUE

ces miracles sans l’autre, Cela paroist interessé; mais Dieu, dont la providence est adorable, employe tout à la vocation & au salut de ses élus. Les riches & les pauvres se gagnent differemment, ceux-là d’une certaine manière et ceux-ci par les dons. Mais qu'importe, pourveû qu’en effet on les gagne tous, & qu’à l'exemple de nostre divin Maistre nous profitions de leur indigence pour la gloire et les interests de Dieu ? Moyen le plus proportionné à leur foiblesse : convertis ou non convertis, ce sont les membres de Jesus-Christ; mais les membres souffrants et languissants, qu'il faut par consequent ménager, & mettre en estat de bien digerer la sainte nourriture qu’on leur destine, Comme pauvres, ils doivent estre evangelisez, Pauperes evangelizantur : mais il est necesaire à leur égard que l'evangile soit accompagné d’amples largesses & d’utiles secours...

J’ai cru devoir citer au long ces extraits; non seulement ils jettent quelque lumière sur les dispositions intérieures de Bourdaloue au moment de son départ pour Montpellier, mais aussi ils montrent comment l'étude attentive des œuvres de Bourdaloue permet de retrouver plus vivante sa physionomie, pourvu qu'on se garde des analyses vagues destinées à fortifier des idées préconçues ou à justifier, vaille que vaille, des opinions banales souvent lancées à la légère, à la suite de généralisations aventureuses. Elles sont nombreuses en effet les idées « convenues », maintenant cristallisées dans les manuels, qui représentent la prédication du xvn* siècle comme une espèce d’éloquence académique, règne incontesté du sermon thèse, de forme immuable, savamment limé, « écrit » en un mot comme tout ce que les « auteurs, » instruits par Boileau, ne livraient au public qu'après l'avoir remis «vingt fois sur le métier. » On ne s’est pas demandé si les sermons imprimés étaient bien les sermons entendus, et pour ce qui regarde Bourdaloue, on l’a traité comme un écrivain, alors qu’il s'agissait d’un prédicateur, moins à l’aise sans doute devant un bureau et une écritoire que dans les chaires de Paris ou de Montpellier.

a. — (P. 4{4t et 4161). Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-leltres et arts de Rouen pendant l'année 1848. Rouen, imprimerie de Alfred Péron, rue de la Vicomté, 55 (1848), pp. 220-295, Bourdaloue à Rouen, par M. l'abbé Picard, séance du 21 janvier 1848.

« Dans la nef principale de l'église métropolitaine de Rouen, s'élève une chaire que je suis loin de proposer comme un modèle d'élégance et de bon goût. À quel style appartient cette œuvre bàtarde dont l'auteur, fort heureusement pour lui, a vu son nom se perdre dans l’oubli de la postérité ? Je laisse à plus habile que moi le soin de donner à cette question une réponse catégorique. Autant qu'il peut m'être permis d’en juger, je dirais assez volontiers qu'il s'approche du style Renaissance. Mais quelle Renaissance ? A coup sûr, ce n'est pas celle qu’eussent avouée les Bernin, les Philibert Delorme, ni même l'auteur du riche et tout à la fois malencontreux jubé qui orne, ou, si vous l'aimez mieux, qui dépare l'entrée du chœur de notre magnifique cathédrale.

A mon avis, la seule gloire, la seule consolation artistique de la chaire de la cathédrale de Rouen, c'est d’avoir pu, contre toute attente, trouver des admirateurs, et qui plus est, des imitateurs. L'église Saint-Ouen, comme chacun le sait, possède une chaire construite absolument dans le même goût et sur le même modèle. Merci à MM. les anciens marguilliers ou intendants de Saint-Ouen ! En ma qualité de champion de la cathédrale, je leur dois une vive et sincère reconnaissance, et certes, il me faut toute l'ardeur de ce sentiment pour ne pas appliquer à leur admiration quand même, un vers bien connu de notre grand satirique. Mais paix aux marguilliers ! et brisons sur cet article.

Quoi qu'il en soit, cette chaire, toute disgracieuse qu'elle se montre, n'est cependant pas sans se recommander par de nobles et précieux souvenirs. Plus d’un orateur de renom a gravi au péril de sa vie l'escalier, ou plutôt l'échelle qui conduit à cette roche tarpéienne de nouvelle espèce 1; plus d'une voix éloquente s'est fait entendre, du haut de ce triple rang de colonnes superposées que prendrait volontiers pour de simples barreaux quiconque est étranger à la poésie de l’art, et ne sait pas se prêter à ses illusions quelquefois faciles et accommodantes à l'excès.

4. Dans la chaire de la cathédrale de Rouen, le prédicateur a immédiatement derrière ses talons un vrai précipice.

Parmi les hommes illustres qui montèrent dans la chaire de la cathédrale de Rouen, je citerai tout particulièrement le P. Bourdaloue. Les registres du Chapitre métropolitain, que j'ai eu l'occasion de consulter, nous donnent sur une station de carême qu'il prêcha à Rouen, des détails peu importants sans doute en eux-mêmes, mais qui ne sont pas sans intérêt, lorsqu'on pense qu'il s'agit d'un grand homme et d'une cité qui nous est chère, etc...

b.—(P. 4281). Voici la lettre annonçant la mort du P. de Canapville. Mon Reverend Pere Pax Christi,

J'annonce à votre Révérence la mort d'un des plus dignes et des plus respectables Jesuites de la province. C'est celle du Pere François de Canappeville: une hydropisie de poitrine... nous l'enleva hier vers les neuf heures du soir dans la soixante-seizième année de son âge et la soixantieme depuis son entrée dans la Compagnie.... Le Pere de Canappeville né d'une famille des plus considerables du parlement de Rouen entra fort jeune dans la compagnie... Au bout de trente années passées avec réputation dans les fonctions du St Ministere, on l'en retira... On le fit recteur de cette maison... Il passa ensuite au gouvernement du collège de Paris et c'est de 1à qu’il revint dans cette maison où depuis dix-huit ou dix-neuf ans il étoit chargé de la conduite des retraites

Le Forestié J,

Au noviciat de Paris le 7e may 1746.

François de Canappeville, missionnaire sur les vaisseaux de l'Etat, ensuite recteur du noviciat de Paris où il est mort en 1746 en grande réputation de piété, (Documents inédits. Etablissement de la Compagnie à Brest par Louis XIV. Document F, 1864, in-8, p. 77. Publiés par le P. Auguste Carayon). ,

(Recueil de lettres autographes et nécrologiques des Pères de la Compagnie de Jésus de 1693 à 1761. Bibliothèque de la rue des Postes, n° 175.

Au dos : Au Reverend Pere Suff. (Suffrages) Le Reverend Pere Petit de la Compagnie de Jésus Supérieur de la Residence A Pontoise.

Rochebilière avait aussi recueilli les documents qui suivent sur la vie de Mie de Canapville :

Notice sur les Carmélites de La rue-du Bouloi, elc., à Paris publiée en 1851 et rédigée par la sœur St Jérôme du Couvent des Oiseaux. — Histoire du monastère parue à Troyes en 1866, imprimerie Ch. Bertrand- Hu (p. 867).

«Mie de Canapville, la Mère Cécile, restée dans le siècle, aurait eu l'étoffe d'un homme politique, d'un homme d'Etat. » (P. 870).

Après la Mère Thérèse de Jésus (Mike de Remenecourtt) devint prieure,

le 4 mai 1708, la Mère Marie-Cécile (Mie Papavoine de Canapville), jusqu'au 14 mai 1714.

1. Antoinette de Tomexon, fille de Ch. de T. ch" Sa le Remenecourt 4 gentilh. de la chambre de S. A. le duc de Lorraine et de Judith de Mouron, fille d'honneur de S. À. R. M" Marguerite de Lorraine, duchesse d'Orléans, grande vivacité d'esprit et agréments naturels, + rue du Bouloi, 49 juin 1683 à 60 ans (bp: 902) pricure jusqu’au 28 juin 4680,

Elle avait « rompu avec un brillant avenir mondain qui l'attendait. Ses deux frères haut placés dans l'armée se précipitent au parloir pour ramener leur sœur. Point du tout, Mile de Canapville fait une telle impression sur ses deux frères qu’au parloir même ils jettent leur épée de côté, et tous deux quittent le monde et embrassent la carrière ecclésiastique. » (P. 876).

...« Mie de Reuville, Mile de Canapville eurent d'abord des retours vers le monde avant de s'engager définitivement.» (P. 887).

Extraits de l'abbé H. Duclos : Madame de la Vallière et Marie- Thérèse d'Autriche, Paris, Didier, 1890, in-12.)

:... Nous trouvons d'abord la fille du haut et puissant seigneur de Canapville, Mlle Marie-Cécile de Canapville (en religion la très-honorée Mère Marie-Cécile de Jésus) n’eut-eile pas à déployer en 1709 une énergie et un caractère vraiment virils? Ne montra-t-elle pas à un degré éminent ces qualités de solidité et de fermeté qu'on attribue à la race normande ? Elle étoit prieure du monastère de la rue de Grenelle, lorsque se présenta une affaire délicate. La duchesse de Noaïlles, nièce de Mme de Maintenon, avait obtenu du Pape un bref qui lui permettait d'entrer chez les Carmélites de la rue de Grenelle avec deux ou trois personnes... C'était une belle et forte nature que Mlle de Canapville, elle honorait Rouen, sa ville natale, son éducation avait été brillante, ses connaissances étaient vastes et son caractère fortement trempé. Elle n'avait que 15 ans lorsque la reine Marie- Thérèse voulut qu'elle eut l'honneur d'être auprès de Marie-Louise d'Orléans, sa nièce, depuis reine d'Espagne. Mie de Canapville se montra à l'âge de quarante-neuf ans, étant prieure des Carmélites, ce qu'elle avait été, alors que faisant partie de la Cour, et se trouvant obligée d'aller aux spectacles, elle s'armait d'un instrument de pénitence qu'elle avait composé elle-même et dont la vue fit frémir lorsqu'on le découvrit...

Par reconnaissance, la communauté consentait à recevoir la duchesse de Noaiïlles, mais on lui demandait d'entrer seule (pp. LvVI et suiv.).

29 (c'est-à-dire 29° novice reçue dans le monastère depuis 1635 ef y ayant vécu). — 1676. — Dlle Papavoine de Canapville, la révérende mère Marie-Cécile de Jésus.

RE Marie-Cécile de Canapville, née à Rouen, fille de messire Jean de Papavoine, seigneur de Canapville et autres lieux, et de dame Catherine Le Seigneur. Il est resté quelques écrits de sa propre main où elle s'est peinte elle-même ; on voit dans ses écrits combien Dieu se faisait sentir à cette àme dès l’âge le plus tendre. Elle entrait aux Carmélites à 15 ans. On l'avait remarquée à la cour de Louis XIV à cause de ses facultés exceptionnelles, toutefois, notre chanoinesse d’Epinal, car elle avait ce titre, renonça au monde avec une générosité qui attendrit. Elle a raconté, dans ses écrits, ses combats, dans les dernières années qu'elle passa dans le monde, et les grâces insignes dont Dieu combla cette âme privilégiée (DTA NT UNIL ES)

On sait que dans le xvu* siècle, le jansénisme chercha à s'insinuer partout; la Mère Marie-Cécile en préserva la maison de la rue du Bouloi et celle de la rue de Grenelle. Etant prieure, elle repoussa avec indignation un inconnu qui l'avait demandée au parloir, pour lui passer des livres subtils dont on se servit pour la propagande janséniste. Cet inconnu n'engageait-il pas la Mère Cécile à donner ces livres aux religieuses, moyennant quoi il promettait que toutes les dettes de la maison seraient payées en 24 heures. Morte en 174? à 82 ans. — L'illustre Mère Françoise de Ja Croix, qui était sa tante, n'épargna pas sa nièce. Marie-Cécile reçut

donc, comme carmélite, une éducation trés rude; elle s'’exerça à renoncer à tout ce qui pouvait lui faire plaisir.

Elle fut prieure dans des circonstances très difficiles. En outre, Dieu parut communiquer à sa fidèle servante, sur l'avenir, des connaissances qui ne pouvaient être que surnaturelles ; et lui découvrit souvent les plus secrètes dispositions de plusieurs personnes.

On a trouvé tels de ses écrits, où elle consigne, pour sa propre pratique, des maximes pour vivre en charité avec le prochain. J’estime ses maximes Supérieures à bien des idées de Socrate et de Platon. Décédée en 1742, à l’âge de 82 ans (Ibid.).

C. — (P. 4631.) Voici, à propos de la vêture de Mlle d'Elbeuf, une notice sur son père, extraite d'un opuscule déjà ancien, dont la préface dit, sous une forme un peu vive, des vérités bonnes à répandre.

Recherches sur Elbeuf. — Esquisses ou silhouettes de ses Seigneurs de la Maison de Lorraine, par M. Parfait Maille, d'Elbeuf. En vente chez les libraires de la ville et du département, 1859, p. in-12, pp. 208, imprimé, Louviers, typ. M'e Boussard et frère.

Préface. — Tout ce qu'on a imprimé sur Elbeuf n'est que fable, fiction, roman, imagination, supposition gratuite, pure invention.

Y rencontre-t-on quelque rare vérité, le faux où elle se trouve mêlée et confondue, la rend méconnaissable, outre que partout elle est altérée, travestie, défigurée, détorquée, dénaturée, et jamais exprimée dans sa simplicité, naïveté, candeur, sincérité, fidélité.

Or qu'est-ce que l'histoire sans vérité, sinon de toutes les jongleries, mystifications, duperies, dérisions, déceptions, la plus indigne ?

Se jouer de la bonne foi est des abus le plus coupable.

Il faut qu'un auteur ait en tout de bons garants de ses assertions et puisse toujours justifier de ses autorités.

Où il n'existe que le doute et Le néant, la probité impose silence et défend d'y substiluer des contes en l'air, des visions cornues et des rêveries.

Si l’opuscule qu'on se hasarde à produire au grand jour, est favorablement accueilli, on en publiera les corollaires indispensables, les notions que l’on à sur la ville, les notices de ses premiers seigneurs, les sires d'Harcourt et de Meulan, et les pièces justificatives de l'ouvrage entier. Autrement, ad cineres.

Parfait Maille.

(P. 131.) Charles III, troisième duc d'Elbeuf.

Premier né de Charles Il, Charles III devint d'emblée duc d'Elbeuf, en 1657, après la mort de son père.

De tous les princes lorrains d'Elbeuf, Charles III fut le plus nul. Il n'est guère resté de lui que le souvenir de sa naissance en 1620, des époques de ses trois mariages, et de sa mort arrivée en 1692.

(P. 135.) Charles III maria (Sic) trois fois.

De sa première femme, Elisabeth, fille unique du comte de Lannoi, et veuve du comte de Laroche-Guyon, il n’eut que deux enfants, une fille qui épousa le comte de Vaudemont, bâtard de Lorraine, et un fils surnommé le Trembleur.

La fille brilla de quelque éclat à la cour qu'elle ne quittait guère avant Son mariage qui la rendit cosmopolite et lui fit habiter tour à tour l'Espagne, Ja Flandre, l'Italie et la Lorraine où elle finit sa vie.

C'était une personne maniérée et toute occupée de sa grandeur.

Elle assista la reine Anne d'Autriche dans ses derniers moments et

secourut Louis XIV évanoui à la vue de sa mère morte, et près de laquelle, il n’avait cessé de veiller à son heure suprême. Le fils dut son surnom à une brutalité de son père.

Colère et violent, il s'emporta si étrangement contre sa femme qui était enceinte, qu'il la prit entre ses bras pour la jeter par la fenêtre. La frayeur qu'elle en eut la saisit à un tel point que le fils dont elle accoucha naquit tremblant de tout son corps et trembla toute sa vie.

Son état et l’aversion de son père pour lui, firent prendre le parti de lengager aux vœux de Malte, à se contenter de cette condition et à tout céder, grandeurs, titres et droits d'ainesse, à son cadet du second lit Le pauvre trembleur habita.Le Mans et y mourut à l'âge de cinquanteneuf ans.

Son savoir, son esprit, sa politesse et sa dignité, lui attiraient la considération de sa famille.

Il s'appelait le chevalier d'Elbeuf.

En 1657, deux ans après avoir perdu sa première femme, Charles III contracta alliance avec la”fille ainée du duc de Bouillon à qui lui et sa famille ne voulurent jamais, non plus qu'à ses parents, passer la qualité de princes dans le contrat de mariage, malgré le lustre dont brillait alors le célèbre Turenne, oncle et tuteur de la mariée. (Cf. p.614, Gazette, 26 oct.1680).

Cette demoiselle de Bouillon est celle qui, pendant les troubles de la Fronde, se sauva, avec sa mère, par le soupirail d'une cave, et qui, tombée malade de la petite vérole, fut cause de l'arrestation de sa mère, cette même mère qui voulut la soigner et dont on découvrit la retraite, d’où elle passa à la Bastille pour y subir une courte détention.

Mademoiselle de Bouillon, devenue duchesse d'Elbeuf, mit au monde beaucoup d’enfants, et parmi les filles dont plusieurs furent cloitrées, une entre autres, qui serait devenue reine, si, malgré les instances de Turenne, Louis XIV n'eût refusé de la marier au duc d'Yorck, frère du roi d'Angleterre et héritier présomptif de la couronne,

Cette fille était pourtant en faveur, dame du palais, et occupait à Versailles le bel appartement qui fut plus tard celui de M": de Maintenon. Mais aujourd’hui sourire et demain rebuffade,

Les deux fils du second lit de Charles IIL furent Henri et Emmanuel, successivement ducs d'Elbeuf.

Après la mort de leur mère, il convola et prit pour troisième femme la fille ainée de la duchesse de Navailles qui la laissait mourir de faim. Comme la nécessité fait loi, cette fille se mêlait tant qu'elle pouvait de la dépense pour grapiller dessus, et se procurer avec sa sœur un morceau en cachette quand leur mêre dormait.

De ces troisièmes noces, il ne naquit qu’une fille, qu'à force d’intrigues les Lorrains de France parvinrent à faire duchesse de Mantoue, maison dont ils étaient naguère ennemis et jaloux.

Rien de plus piquant dans Saint-Simon, que le récit de cette union de Lorraine et Mantoue, d'une jeune beauté et d'un vieux débauché, union poursuivie et formée par l'ambition, célébrée malgré les deux conjoints, solemnisée dans une auberge, contractée malgré les défenses réitérées de Louis XIV, passée dans les soupçons, la défiance, les dégoûts, les querelles, la clôture, l'isolement, les larmes et l'infortune, et dénouée en peu de temps par la mort des deux époux.

La troisième femme de Charles III, connue sous le nom de douairière, quoique brusque en apparence, légère et peu spirituelle, était néanmoins rompue au manège et fut une habile intrigante.

Elle rehaussa ce petit talent par de solides qualités; le tourbillon du

monde ne lui fit pas oublier ses affaires domestiques; elle y porta l'esprit d'ordre et de sagesse, et quand la dépense excédait la recette, une retraite dans ses terres de Saintonge lui servait à rétablir l'équilibre...

La douairière d’Elbeuf mourut en 1717...

Second duc et pair, ainé de la maison de Lorraine en France, mais peu éclairé, Charles fut très vif sur toutes les prétentions qui intéressaient son orgueil et sa fatuité, sa pairie et dignité ducale.

En 1661, il fut un des premiers qui réclamèrent pour qu'on remit les conseillers et présidents du parlement à leur rang, d’opiner après le dernier des ducs et pairs, chute sensible à la robe, Il eut la jambe cassée au siège d'Ypres en 1678.

Gazette de 1680, n° 90, p. 568. De Paris le 26 octobre. « Elisabeth de la Tour d'Auvergne, Duchesse d'Elbeuf, après une maladie dans laquelle elle a fait paroistre une patience & une piété exemplaire, mourut le 23 âgée de quarante-ciny ans. Elle estoit fille de Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, Duc de Boüillon & de Eléonor de Bergh. Cette princesse fut mariée en 1656 à Charles de Lorraine, duc d Elbeuf, à présent chef de la Maison de Lorraine en France. Elle a laissé cinq enfants qui sont le Prince d'Elbeuf, l'abbé de Lorraine, le Prince Emanüel & deux Princesses de l’ordre de la Visitation. »

d. — (P. 477, 4831, 4872, 4932, 4951, 5263, 5455). Au chapitre vie de son second volume des Mémoires, livre 1v, avec le seul titre : L'année 1675, se lit la fameuse anecdote de Clagny, que LA BEAUMELLE amène et raconte comme il suit, après avoir parlé des bizarreries et des inégalités d'humeur de Mme de Montespan :

« Elle voyoit, poursuit-il, qu'il ne falloit qu'un regard jetté sur une autre femme, & répondu par un autre regard, un mal de tête, une confession, un moment de repentir ou de dégoût pour la précipiter dans un cloitre. Au sortir d'un sermon où Bourdaloue avoit dit la vérité sans fard & sans insolence, le Roi alla chez Mme de Maintenon, déplora son aveuglement & gémit de ses foiblesses. M° de Maintenon s'unit au Jésuite & à la grace, & depuis, Mme de Montespan n'eut du Roi que ses besoins et ses égards. Bourdaloue prenant congé du Roi : « Vous serez bien content de moi, lui dit Louis, Mme de Montespan est à Clagni. Dieu, répondit le Prédicateur, le seroit bien plus, si Clagni étoit à quarante lieues de Versailles (Mém. de Mme du Perou & de Mme de Bouju). »

Cette note est de La Beaumelle qui, on le voit, a cité ses garants ; mais ils ne nous rassurent guère sur le congé que put prendre de Louis XIV, en 16%, le prédicateur du carême de Saint-Germain-l'Auxerrois, car c’est eu 1676 seulement que Bourdaloue donne à la cour sa quatrième station (3° carèême). Quant au récit déjà rappelé (p. 410, note e) de la rechute racontée par Mme de Caylus (car tous ces racontars, de loin au moins, tiennent au Tu es ille vir), M. de Lescure, dans son édition des Mémoires de Me de Caylus, en rectifie la date par la note suivante de M. Asselineau:

«€ Mme de Caylus tombe ici dans une erreur de date qui a été partagée par Rulhières, etc. La séparation passagère du Roi et de Mme de Montespan n'eut pas lieu à l’époque du jubilé de 1676, mais pendant Ja semaine sainte de l’année 1675. Mme de Caylus, qui n’arriva à la Cour qu'en 1681, rapporte ici ce qu'elle a entendu dire; cette erreur a pu facilement lui échapper.» (Souvenirs de Madame de Caylus, nouvelle collection Jannet, Paris, Lemerre, 1873, in-12, p. 77, note 1.)

La Beaumelle, avant de parler de l’année 1675, et dès le chapitre 17 de ce même livre, place son épisode du Tu es ille vir. Après le récit assez

fantaisiste de la réponse de Marsillac (voy. plus haut, p. 4801), il continue :

« Les Jésuites, dont le zèle est si prudent, parlèrent avec autant de liberté que s'il ne l'étoit point. Un d'eux expliquant la parabole de Nathan, en osa faire l'application au Roi, & s'échauffant contre lui, l’apostropha vingt fois de ces mots : fu es alle vir. Le Roi demanda ce que signifioient ces paroles. Personne n'osoit les traduire : l'un disoit qu’il ne les avoit pas entendues, l'autre qu'il avoit oublié le Latin : « On dit, Sire, que tu es cet homme-là», répondit le Duc de Montauzier. Le Roi ne put se défendre d'un mouvement d'indignation. Les Courtisans qui, peut-être, n’étoient pas fâchés qu'on dit une parole dure à leur maitre, mais qui lauroient été qu'on les cril capables de ne pas s'offenser de toute vérité, tàächèrent d'entretenir le ressentiment du Roi contre cet Apôtre imprudent. Mais Louis dont les oreilles étoient encore frappées des reproches de Madäme de Maïintenon, qui auroit sacrifié une Province à un trait de grandeur d'âme. leur répondit : Il a fait son devoir, faisons le nôtre.» (Mémoires et Lettres de Madame de Mainlenon, t. 11, p. 95.). On reconnait à certains traits que là, en effet, est la source de Chevaliér de Saint-Amand, ou mieux du P. Cahier, S. J. Le même auteur avait inspiré Oroux et Anquetil qu'on va lire.

OROUX, Histoire de la Chapelle royale, t. 11, p.509, 1675. — Après avoir dit que le confesseur du roi épiait le moment favorable pour lui reprocher ses scandales, Oroux continue : « Un temps favorable pour ces salutaires remontrances se présenta bientôt. On touchoit au Carème : Louis, qui jusque-là s’étoit tant de fois dérobé aux momens (mouvemens) (?) de la gräce, sembloit n'en plus craindre si fort les approches; il résolut d’entendre régulièrement tous les sermons. On fit venir les Prédicateurs les plus renommés, Mascaron, évêque de Tullest & Bourdaloue que la Cour ne se lassoit pas d'écouter.

Ces ouvriers évangéliques remplirent leur mission avec une liberté qui trouve rarement chez les grands de la terre des approbateurs (Mémoires de Madame de Maintenon, livre vi). On assure qu’un d'eux expliquant un jour devant le Prince la parabole de Nathan, osa lui en faire l'application, & l'apostropha plusieurs fois de ces quatre mots : Tu es ille vir. Le roi demanda ce qu'ils signifioient. Personne n'avoit la hardiesse de les traduire : l’un répondoit qu'il ne les avoit point entendu; l'autre qu'il avoit oublié le Latin. Le seul duc de Montausier, dont l'austère franchise ne connoissoit pas ces timides ménagements, répondit: Sire, on dit que vous êtes cet homme-là. Louis, ajoute-t-on, ne put se défendre d’un premier mouvement d’'indignation : mais comme les courtisans tachoient d'entretenir et d’envenimer son ressentiment contre le prédicateur : « Il à fait son devoir, leur dit-il, faisons le nôtre.»

Le récit du chapelain Oroux, de seconde main du reste, offre des confusions. Ce ne peut être la même année qu'on appela les deux orateurs. Notons cependant que les carèmes de 1674-77 alternent entre eux pour les carèmes. Que les renseignements de Oroux soient pris dans La Beaumelle, il n'y a pas à en douter ; lui-même indique en marge cette source. Il ne se prononce pas non plus entre Mascaron et Bourdaloue, sur le héros de de l'aventure, mais son expression un d'eux, au lieu de tomber sur les

4. Jules Mascaron, évêque de Tulles, fut honoré en 1672 d'un Brevet de Prédicatour du Roy. Ayant été transféré en 1679 à l’évêché d'Agen, il eut un nouveau Brevet de Prédicateur ordinaire de Sa Majesté, pour laquelle charge il presta serment entre les mains du cardinal de Bouillon le 29 de juin de la même année (Oroux). Cf. plus haut, p. 477.

jésuites, porte sur Mascaron et Bourdaloue. C'est ainsi que les textes évoluent.

ANQUETIL, Louis XIV, sa Cour et le Régent, 1819, t. 1, p. 159 : Il (Louis XIV) y était disposé (aux remontrances) par les cérémonies de la religion.... par la solennité des fêtes, par un jubilé qui survint et qui remua les consciences, enfin par les exhortations, tantôt fortes et véhémentes, tantôt douces et touchantes. On se rappelle la fameuse apostrophe du jésuite, imitée du prophète Nathan reprochant à David son adultère avec Bethsabée : Tu es ille vir. Ces traits lancés d’une main sûre, faisaient de profondes blessures aux cœurs coupables...»

Dans la série des témoignages, il y a progrès vers l'attribution précise du Tu es ille vir, avec quelques retours en arrière. La Beaumelle dit : un d'eux (un jésuite) mais ne nomme pas Bourdaloue. — Irailh, après une phrase qui ne désigne que Bourdaloue, dit un orateur.….. — Oroux, qui invoque La Beaumelle, met .en face de Louis XIV Mascaron et Bourdaloue, sans dire auquel des deux il attribue l'anecdote. — Anquetil est le premier qui nomme formellement Bourdaloue, ou du moins le jésuite, mais en anecdotier qui n'a rien de l'historien, il montre maladroitement «un petit bout d'oreille », lorsque pour justifier son antithêse sur les exhortations entendues par le roi, — les épithètes de «fortes et véhémentes » étant évidemment réservées à Bourdaloue, — il prétend corroborer les deux autres adjectifs « douces et touchantes » par le récit du « beau jeune sermon » que M"° de Sévigné dans sa lettre du 1* avril 1671 disait avoir entendu de l'abbé de Montmor. devenu dix ans après évêque de Perpignan. Anquetil semble croire que le sermon a été prêché devant Louis XIV, ce en quoi il se trompe fort. Ce sermon des environs de Pâques, sinon du jour de cette fête tombant cette année-là le 29 mars, ne fut pas donné à la cour où prèchait le Feuillant Dom Côme, pas même à l'occasion de la Cène, dont la prédication fut faite en 1671 par le futur évêque de Fréjus, Antoine Benoit de Clermont-lonnerre-Crusy, cousin du vaniteux évèque de Noyon {.

Gazelle du ?8 juin 1681.

« Les commissaires de l'Assemblée du Clergé tenue en cette ville, au mois de Mars & May dernier, ont informé le Roy de la Délibération qui y à esté faite. Ils ont representé à Sa Majesté que les matières que l’on y avoit traitées, ont paru d'une telle importance à tous les Pfréllats qu'ils ont cru ne pouvoir prendre une derniere resolution sur ces affaires que dans un Concile National, ou dans une Assemblée Generale du Clergé de France. Ils ont supplié le Roy de vouloir accorder l'vn ou l’autre, afin que l'Eglise de France représentée par ses Deputez puisse aviser aux moyens de maintenir les libertés de l'Eglise Gallicane, l'execution des Concordats faits avec le Saint-Siege, & la luridiction des Evesques contre les entreprises de la Cour de Rome, Sa Majesté a bien voulu accorder aux instances qui luy ont esté faites par les Commissaires la Convocation d'une Assemblée générale du Clergé de son Royaume Pays et terres de son obéissance. Elle sera composée de deux députés du premier Ordre de chaque Province, & de deux Deputez du second Ordre ».….

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