LES CONVERSIONS FORCÉES
propos des missions données à Saint-Sulpice et de Saint-Etienne du Mont t.
Les fruits de ses prédications de 1684 à Montpellier, autant qu’on en peut juger par le communiqué du Mercure, ajoutèrent sans doute à l’ébranlement constaté dans la région par les lettres de toute nature affirmant le nombre des conversions déjà faites, avant l’arrivée de Bourdaloue.
On voudrait pour l’honneur des conseillers du roi, quels qu'ils aient été, démentir les chiffres fantastiques des conversions, mis sans doute sous ses yeux chaque jour, en preuve de l'extinction de l’hérésie dans son royaume. On souhaiterait au moins que ces conversions en masse, dues surtout et aux derniers édits, précurseurs de la révocation, et, chose plus déplorable, à l'usage fait par Foucault et plusieurs de ses imitateurs, des troupes massées sur la frontière d'Espagne, aient été le pur résultat de missions comme celle du P. Honoré?.
Mais il faut dire, pour être d'accord avec l’histoire, que les «retours à l’unité » comme on les nommait, avaient
1. V. plus haut, p. 586. Nous retrouverons en 1696 la méthode et les procédés du missionnaire capucin, sévèrement jugés par un historien de la prédication. La mise en scène et les effets audacieux d’éloquence populaire, dont il usait et abusait, frappaient l'imagination, et appuyés sur un zèle indéniable et une foi des plus communicatives, ses efforts amenaient de merveilleux résultats ; Bossuet l’appela dans le diocèse de Meaux où il donna dans la ville épiscopale une mission en 1692, du 27 avril au 4 juin, avec quinz2 autres capucins.
2. Il est difficile de croire à la pleine sincérité du roi, et peut-être trop commode de rejeter sur Louvois seul, la responsabilité de ces dragonnades à jamais déplorables. Un mot de Sourches, bien placé pour observer et en mème temps esprit modéré, sans parti pris, en dit long sur les mesures de contrainte et la faveur qu’elles pouvaient rencontrer auprès du roi. Il écrit au 12 juin 1685 : « En ce temps là le parlement de Rouen fit abattre tous les Temples des huguenots qui restoient en Normandie, à cause qu’ils avoient contrevenu à quelques articles des dernières déclarations du Roi *; et ils poussèrent même leur sévérité au-delà de celle des déclarations. Tous les plus célèbres ministres de cette province quittèrent la France et s'en allèrent en Hollande ou en Angleterre. »
« On leur faisoit souvent des que-elles d'Allemand, et le Roi n’étoit pas fâché de voir
les parlements pousser leur sévérité plus loin que lui. » La note est de Sourches, et elle me semble significative.