SITUATION FAITE AUX MISSIONNAIRES
I était grand temps en effet de faire venir les prédicateurs : si Bourdaloue en avait cru les relations officielles, il eût pu se dire envoyé en pays catholique. Dès le 6 octobre, le marquis de Sourches avait enregistré ces faits divers :
On reçut en même temps nouvelle que {ous les huguenots de Montpellier, de Lunel et de plusieurs autres villes de Languedoc s'étoient convertis au nombre de vingt mille; et l’on espéroit que dans peu de temps l'hérésie de Calvin seroit entièrement banni de cette province où elle avoit régné si longtemps et qu’une année ou deux pourroient la bannir entièrement du royaume f.
Louvois devait se promettre d'aller plus vite encore ; dans sa réponse du 15 octobre à Noailles, il lui mande :
J'ai lu à Sa Majesté vos lettres des sept & huit de ce mois. Elle y a vu avec beaucoup de joye la continuation des progrez des conversions, & l’assurance que vous lui donnez que dans les quinze premiers jours du mois prochain la R. P. R. sera entièrement abolie en Languedoc ?,
Nous avons va, dans l’£xhortation de Bourdaloue sur la charité envers les nouveaux convertis, qu'il ne se faisait pas d’illusion sur la spontanéité de ces prétendus retours à l'unité, et par suite sur la valeur de ces changements où le cœur n’était pour rien. Attendait-il beaucoup de la mission de Montpellier, faite dans des conditions aussi déplorables? Impossible de le savoir ; mais nous constatons, par les lettres les plus triomphantes d'alors, qu'il était aisé de deviner que tout restait «encore à faire», ou mieux, que la besogne avait été plus que gâtée par cette manière d'entendre la conversion et la conviction *.
12 Sourches 021 p.311