‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 87 sur 475 · LA VÉRITÉ HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ HISTORIQUE

QI s’est fait 60.000 conversions dans la généralité de Bordeaux, 20.000 dans celle de Montauban. » Le vieux Le Tellier pouvait pleurer de joie aux lettres de son fils, mais celui-ci devait être moins dupe quand Noailles lui rendant compte de sa mission bottée, lui écrivait :

Les conversions qui ont suivi depuis le 15 octobre, ont été si générales & avec une si grande vitesse, qu’on n’en sçauroit assez remercier Dieu, ni songer trop sérieusement aux moyens d'achever entièrement cet ouvrage, en donnant à ces peuples toutes les instructions dont ïls ont besoin, & qu’ils demandent (?) avec instance |,

Le nombre des Religionnaires de cette province est d'environ deuxcents quarante mille hommes, & quand je vous ai demandé jusqu'au 25 du mois prochain, pour leur entière conversion, j'ai pris un terme trop long ; car je crois qu'à la fin du mois cela sera expédié 2.

la meilleure foi du monde, de les contester, et d'insinuer que les lettres de Fénelon en Saintonge alléguées par Rulhière étaient apocryphes. (V. Lauras, t, 11, p. 309). Après avoir cité la fameuse lettre de Fénelon, contenant les mots : « Les Jésuites de Marennes sont quatre têtes de fer qui ne parlent aux nouveaux convertis pour ce monde, que d'amende et de prison... Nous avons eu des peines infinies à empêcher ces bons pères d’éclater contre notre douceur...», le P. Lauras conclut : « Les lecteurs qui connaissent Fénelon ne retrouvent ici ni son langage, ni son esprit, etc. » Et il ajoute que «l'avocat des protestants, Rulhière, est un imposteur ».. Ces aménités ne rendront jamais une cause meilleure, et avant de crier à l'imposture, il est sage de prendre ses sûretés. Il eût fallu surtout consulter les Lettres inédites de Fénelon publiées en 1874 par M. l'abbé Verlaque, et ne point trancher si hardiment en 1884: « Nous sommes heureux de le retrouver tout entier (Fénelon) dans sa corréspondance authentique avec le marquis de Seignelai, publiée en 1827 »... Cette manière de récuser les documents qui ne cadrent point avec l’idée quon s’est formée d'un personnage, est aux antipodes de la « manière d'écrire l'histoire et de défendre efficacement la vérité. » Si le P. Lauras avait vécu assez longtemps pour lire le livre du P. Boutié, apologie de Fénelon pourtant, il y aurait lu, p. 25, tirées d’ailleurs de la publication déja ancienne de M. l'abbé Verlaque, ces phrases où il déclarait ne reconnaitre ni son langage, ni son esprit. A l'encontre de ces procédés, qui, heureusement perdent du terrain, bien qu'ils aient encore des partisans attardés, je me plais à répéter, et de tout mon pouvoir, à mettre en pratique le mot du Souverain Pontife Léon XIIL, avertissant tout historien qu'une de ses obligations est de ne pas craindre de dire tout le vrai « ne quid veri non audeat ». (V. ci-dessus, p. 1). Boutié, S. J., Fénelon. Paris, Retaux, s. d. (1900), in-8.

1. C'est plus que douteux; mais tous répèêtent cette gamme. V. plus bas, p. 630, la lettre de Bâville.

Page 1