LES CONVERSIONS SIMULÉES
L'historién de M de Maintenon a cité une lettre du P. de la Chaize au P. Fabri, alors à Rome, en date du 25 novembre 1685, dans laquelle on lit : :« Seize ministres firent la semaine passée tous ensemble abjuration d’hérésie à Montpellier !. » Mais il a eu raison d’y joindre aussi un autre extrait, du cardinal de Bonzy écrivant de Montpellier même à Louvois, le 16 octobre précédent :
Vous ne doutez pas, Monseigneur, que le plus grand nombre des conversions ne sont pas sincères. La plupart ne songent qu’à sortir du royaume dans quelque temps, sous lombre d’une conversion simulée.
C’est bien aussi ce qu'est obligé d’avouer Bâville dans ses dépêches au contrôleur général Le Peletier :
Je crois pouvoir vous mander présentement la conversion de tout le Languedoc ; du moins les Cévennes sont entièrement converties. Voilà un grand ouvrage; mais en vérité, il ne faut pas encore le croire entièrement consommé. Il demande bien des soins. {l est question de gagner les cœurs, et de faire comprendre à ce grand nombre de convertis qu'ils ont bien fait de prendre ce parti, qu'ils n’ont pris que par une obéissance aveugle aux ordres du Roy. Ils mont paru fort disposés à recevoir l'instruction et la souhaiter ardemment ?....
On peut mettre en doute ce souhait ardent, ignoti nulla cupido, el c'était une singulière méthode que se proposer,
l'en féliciter, est ainsi annoncé par le marquis de Sourches : «13 décembre. Où montroit alors un bref que le Pape avoit écrit au Roi, par lequel il lui donnoit de grandes louanges de ce qu'il avoit revoqué les édits que les rois ses prédécesseurs avoient donnés en faveur des Huguenots: mais on remarquoit qu'il ne lui donnoit que le titre de roi de France et non pas celui de Navarre, ce qui ne pouvoit être agréable au roi. » — Le dépit royal, dont j'ai cité (De muncre paslorali Buossuel, ibid.) diverses preuves authentiques, dissimulait-il, sous le mécontentement de ce vice de forme, une déception plus profonde, celle, non-seuleméent de n’être pas célébré comme un nouveau Constantin, mais surtout de ne point voir le pape céder à des prétentions longtemps poursuivies en vain ? Pour tant de ces « changements de religion » que le roi et ses ministres appelaient des conversions, on eùt voulu un autre salaire. Inde irae.
1. De Noailles, {listoire de Madame de Maintenon, t. II, 1848, p. 483.
2. À. de Boislisle, 15 & 19 octobre, Correspondance des Contrôleurs JenÉraUx, I, p2h5 nm 207.