Voy. l'Introduction, § I, Biogrnphiey p
réponses qu'on peut opposer aux objections des novateurs, et n'oublie point de dire aux protestants qui sont dans l'auditoire que cette insistance est à leur adresse. Ainsi les protestants, on le sait, niaient la légitimité du culte que les catholiques rendent à la Vierge. Dans plusieurs sermons prêches à l'occasion des fêtes de Marie, Bourdaloue met tous ses soins à exposer avec une rigoureuse exactitude la doctrine orthodoxe sur cette matière, et à combattre les difficultés soulevées par les réformés.
a Écoutez ceci, vous qui, réunis à l'Église, avez besoin d*êtrc instruits à fond de sa doctrine, et achevez de vous détromper des fausses idées que vous avez conçues du culte de la mère de Dieu. Nous n'en faisons pas une divinité, etc. * »
Il faut lire tous ces passages destinés aux protestants, pour se convaincre que Bourdaloue, bien loin de négliger les débats sur le dogme, avait au contraire étudié et approfondi toutes les questions en litige. Il connaît les points faibles de ses adversaires, et quand il a touché ainsi au défaut de la cuirasse, il pousse sans merci et pénètre. jusqu'au cœur. Nous avons cité, en parlant de sa dialectique, cette page pressante où il démontre aux protestants que l'usage de la prière pour les morts, et, par une conséquence inévitable, la croyance au purgatoire datent des premiers siècles du christianisme ^. Bourdaloue avait ses raisons pour insister aussi fortement sur ce point de doctrine et d'histoire. C'était en effet un des sujets de dispute où les réformés avaient le plus de peine à se défendre. L'efficacité de cet argument nous est attestée par un exemple historique. Bossuet convertit le maréchal de Lorges .en lui démontrant, comme fait Bourdaloue, que la primitive Église pratiquait le culte des morts. C'est Saint-Simon, gendre du maréchal, qui nous l'apprend. « M. de Meaux
4. Mystères. 2° serm. pour VA7mo7icintion de la Vierge^ â* partie, t. XI, p. 83.
,2- Première partie, rÉlloffxtence^ chap, l, p. i02,
lui prouva l'antiquité dé la prière pour les morts, et lui montra dans saint Augustin que ce docteur de TÉglise avait prié pour sainte Monique, sa mère. M. Claude (le fameux ministre protestant, que le maréchal, pour s'éclairer, consultait à l'insu de Bossuet) ne le satisfît point làdessus, et ne s'en tira que par des défaites qui choquèrent la droiture du prosélyte et achevèrent de le déterminera » N'est-il point curieux de voir Bossuet et Bourdaloue, ces. deux soldats de l'orthodoxie, se servir de la même arme et se rencontrer dans la même méthode d'attaque contre le protestantisme?
Ces parties de controverse, plus remarquables dans une prédication généralement morale, comme celle de Bourdaloue, témoignent de son zèle ardent pour le triomphe de son Église, et de sa sainte sollicitude pour le salut de tous ses frères. Cette sollicitude s'exprime quelquefois en paroles touchantes, bien propres à émouvoir favorablement et à rapprocher de l'Église ces protestants traités d'ordinaire avec tant de rigueur et de dureté. Les huit sermons que Bourdaloue avait préparés pour prêcher une Octave du Saint-Sacrement, et qui sont restés à l'état d'essais, devaient être, dans sa pensée, consacrés en partie à la réfutation des hérétiques qui niaient la présence réelle.
« Peut-être, ô mon Dieu, s'écrie-t-il à la fin du Dessein général, votre providence, qui veille sur le salut de tous, conduirat-elle ici quelques-uns de nos frères errants... Peut-être quelques-uns, ou par un esprit de critique, ou par un vrai désir de s'instruire, se mêleront-ils dans la troupe, et se rendront-ils attentifs à m*écouter. Daignez, Père des miséricordes, jeter sur eux un regard favorable ; daignez, pour disposer l'ouvrage de leur conversion, donner à ma voix une vertu particulière et toute nouvelle. Qu'elle s'insinue, cette vertu divine, jusque dans le fond de leurs cœurs; qu'elle les pénètre, qu'elle les remue, qu'elle les fléchisse. Ce sont nos frères, quoique séparés dQ
i, Sqiql-§ii«on, éditioQ Oiéfuel, \, ÎV, c, \u
nous. Ce sont des enfants rebelles à leur mère, mais dont elle pleure la perte, et dont elle souhaite ardemment le retour. Heureux si je puis y contribuer, et s'il vous plaît de m*employer. Seigneur, à une œuvre si sainte et si digne de mon mi* nistère *. »
Ni les démonstrations dogmatiques, ni les réfutations en règle n'étaient aussi capables d'opérer des conversions, que cette charité apostolique et d'un accent si sincère. Le meilleur argument pour persuader les âmes, c'est encore de leur faire sentir le prix qu'on attache à les ramener.
Bourdaloue, à vrai dire, n'y met pas toujours tant de douceur. Les hérésiarques fameux, surtout Luther et Calvin, ne sont pas plus ménagés dans ses sermons que dans V Histoire des Variations, Bourdaloue les appelle quelque part « suppôts de l'enfer » et « ministres de mensonges ^. )» — « Un Luther, dit-il ailleurs, infâme par ses incestes, qui même en faisait trophée, et qui s'est vanté de ce que ses plus zélés partisans avaient honte de ne pouvoir désavouer pour lui. Voilà celui que Calvin appelait l'Apôtre de l'Allemagne; et que ne pourrais-je point dire de Calvin lui-même! ^... » Mieux vaudrait sans doute qu'on ne rencontrât jamais dans les paroles d'un ministre de Jésus-Christ certaines duretés d'expression qui n'appartiennent qu'au langage de la colère. Mais remarquons que Bourdaloue réserve ses sévérités pour les hérétiques passés et illustres, qui appartiennent à la postérité, juge légitime de leurs mœurs et de leur vie. Bourdaloue lui-même a pris soin de marquer cette distinction importante.
« A Diou no plaise, dit-il après avoir parlé de ces impies transfigurés en prophètes, que j'en veuille à leur personne ni à lenr mémoire ! Si c'étaient des particuliers qui eussent été empo^