T. XV, p
2. Essai d'Octave du Saint-Sacrement. Jésvs-Christ outragé dans l'Eucharistie, t. XV, p. 403.
3. Dominicales, G® dim. ap. l'Epiphanie, sur la Sainteté et la farce de la loi chrétienne j l^o partie, t. V, p. 162.
tés par le torrent d^c l'hérésie, je sais les règles de discrétion et de bienséance que j'aurais à garder. Mais puisqu'on a prétendu que c'étaient des hommes que Dieu avait remplis de son esprit pour les employer à la réformation de l'Église, encore est-il juste que nous les connaissions, les Pères en ayant toujours ainsi usé quand il a été question des hérésiarques. Or est-il croyable que Dieu , pour réformer son Église , ait choisi des hommes de ce caractère * ? »
Cette explication, pleine de convenance et de raison, justifle Bourdaloue, et détermine avec une parfaite mesure les droits de l'apologiste chrétien. Ce qu'il faut proscrire, ce qui est contraire à la justice autant qu'au bon goût, ce ne sont point les reproches mérités, si graves qu'ils puissent être, mais les violences inutiles, les récriminations déclamatoires, les injures qui remplacent les raisons. On ne trouve, chez Bourdaloue, rien de pareil. Il a tort, dira-t-on, de ne rappeler que les fautes et les vices, sans tenir compte du bien. Mais un prédicateur n'est point un biographe impartial et complet; la polémique a des droits que n'a point l'histoire» Les mœurs et la vie de ceux qui se donnent pour réformateurs sont des arguments^ tout au moins des présomptions légitimes pour ou contre leur réforme. Il sera toujours de bonne guerre, comme de bonne logique, de juger les doctrines par la conduite qu'elles inspirent ou dont elles s'accommodent, comme l'arbre par les fruits qu'il porte;
Ajoutons que Bourdaloue n'est point de ces apologistes excessifs qui ne voient dans leurs adversaires que crimes et qu'iniquités, et qui leur refusent le droit de n'être pôiiit des scélérats. Bien loin de méconnaître que beaucoup d'hérétiques méritent le nom d'honnêtes gens, il exalte quelquefois leur vertu, pour faire honte aux Catholiques de n'en point montrer autant. Il fait l'éloge de l'union qui régnait entre les réformés, de leurs sentiments fraternels, de leur mutuelle charité.
1. Dominicales, 6^ dim. ap. TÉpiphanie, «wr la Sainteté et la force de la loi chrétienne, l""® partie, t. V, p. 162.
« La pauvreté, parmi nos hérétiques, n'était ni négligée ni délaissée. 11 y avait entre eux non-seulement de la charité, mais encore delapoliceetdela règle dans la pratique de la charité... Soyons de bonne foi, et ne leur refusons point la justice qui leur est due. Rendons leur là-dessus le témoignage qu'ils ont mérité, et qu'on leur a souvent rendu. Reconnaissons que, sur ce point, nous n'avons rien à leur reprocher, et souhaitons que, sur cela même, ils n'aient de leur part nul reproche à nous faire... En certaines choses, ils nous ont surpassés; ils ont eu l'érudition et la science;... ils ont été charitables envers les pauvres, sévères dans leur morale *... »
Je sais que, pour un théologien aussi exact que Bourdaloue, les hérétiques, volontairement séparés de la foi, peuvent être admirables aux yeux des hommes, mais sont dépourvus de mérites surnaturels, et par conséquent, ré' prouvés. « Qu'ils soient des anges, dit-il rudement, qu'ils soient des martyrs, ils ne peuvent plaire à Dieu *. » Dans un temps où cette maxime commençait à se répandre, que toutes les religions sont également bonnes, ce qui conduit bientôt à n'en pratiquer aucune, c'était un devoir pour le prédicateur orthodoxe de répéter le rigoureux anathème lancé par l'Eglise contre quiconque se révolte et se sépare. Mais Bourdaloue, du moins, reconnaît les vertus de ceux qu'il combat, et rend hommage à tout ce qui le mérite en eux. C'est une équité qui devrait être vulgaire ; l'expérience nous apprend qu'elle est rare. Elle l'était surtout au dix-septième siècle, à l'égard des réformés; et, sans prêter à Bourdaloue une tolérance théorique qui était fort loin de son esprit, on aime à remarquer qu'il contrastait avec beaucoup de ses contemporains par sa modération éclairée. Les protestants trouvèrent en lui un adversaire vigoureux, habile, sévère, mais qu'inspiraient toujours le sentiment de la justice et le zèle de la charité.
1. Exhortation sur la charité envers les nouveaux catholiques^ t. VIII, p. 74. — Instruction sur V humilité de la foi^ t. IX, p. 267. — Voy. encore Mystères, sur la Très-Sainte Trinité^ 3° partie, t. X, p. 339.
2. Dominicales, 3« dim. ap. l'Epiphanie, sur la Foi, l^e partie, t. V,
(suite).