Sixième lettre
et il énumère quelques-unes des facilités qu'on leur laisse. En vain son interlocuteur lui objecte les sévérités des Pères et des premiers chrétiens, les lois fonnelles de TÉglise. « On ne doit pas, répond le jésuite, suivre dans la morale les anciens Pères, mais les nouveaux casuistes... Les Pères étaient bons pour la morale de leur temps, mais ils sont trop éloignés pour celle du nôtre ;... » et quant aux lois de rÉglise, « elles perdent leur force quand on ne les observe plus. » Bourdaloue enseigne au contraire que « si la justice de Dieu doit être si exacte dans le compte qu'elle demandera à tous les hommes des devoirs de leur profession, elle ira jusqu'à la rigueur par rapport aux prêtres ^ » Il retient le mot de saint Jérôme : Grandis dignitas sacerdotum^ 7^es grandis ruina eorum^ et il rappelle l'effrayante pensée de saint Chrysostome : « Non, dit ce docteur si éloquent et si solide, ce n'est pas sans y avoir bien réfléchi que je parle : Aon temere dico. Je ne crois pas que dans l'état du sacerdoce il y en ait beaucoup qui se sauvent, et, selon mon sentiment, le plus grand nombre est de ceux qui périssent '. »
Les valets peuvent, à en croire le jésuite des Provinciales^ se faire sans scrupule les ministres complaisants des débauches de leurs maîtres. « Porter des lettres et des présents; ouvrir les portes et les fenêtres; aider leur maître à monter à la fenêtre ; tenir l'échelle pendant qu'il y monte : tout cela est permis et indifférent. Il est vrai que, pour tenir l'échelle, il faut qu'ils soient menacés plus qu'à l'ordinaire s'ils y manquaient, car c'est faire injure au maître d'une maison d'y entrer par la fenêtre. » Il suffit encore que les valets « portent leur intention non pas aux péchés dont ils sont les entremetteurs, mais seulement au gain qui leur en revient ^ ? » — « Je prétends, dit Bourdaloue parlant des mêmes désordres, je prétends que vous contri-
\. Exhortation sur la dignité et les devoirs des prêtres^ 2« partie, t. VllI, p. 245.