Préface du P. Bretonneau
2. La Rhétorique de Bourdaloue^ traduite pour la première fois conformément au texte latin manuscrit de la bibliothèque d'Alençon^ par M. Aug. ProfiUet, professeur agrégé de l'Université. Paris, chez Eug. Beliu, 1864. — M. Aug. Prolillet a joint à cette traduction une Notice biographique^ très-complète, très-intéressante, sur Bourdaloue, et on Appendice, plein d'indications piquantes et de rapprochements curieux.
inutiles, n'insiste que sur l'essentiel, resserre le plus possible les définitions abstraites pour arriver plus vite aux exemples qui donnent un corps à ces définitions et en diminuent la sécheresse ; en un mot, il se montre évidemment préoccupé de rendre son enseignement tout à la fois simple et pratique. Les préceptes et les notions particulières se rattachent par un lien toujours facile à saisir aux conditions générales de l'éloquence et de la nature humaine elle-même. Enfin de hautes idées morales relèvent ces leçons techniques, et Bourdaloue s'efforce sans cesse d'inculquer à ses élèves cette maxime que pour bien parler il faut bien vivre. Par tous ces mérites, cette Rhétorique élémentaire est supérieure à la plupart des traités du même genre publiés avant ou après Bourdaloue, et d'ordinaire arides, routiniers, aussi compliqués que stériles.
Après la rhétorique, Bourdaloue professa la philosophie. Puis enfin il aborda l'enseignement qui lui convenait le mieux, et auquel, à vrai dire, il consacra sa vie tout entière, celui delà théologie morale. Il lut, compara, approfondit les Pères, et plus encore les Docteurs du moyen âge. Doué d'une merveilleuse facilité d'assimilation jointe à une grande mémoire et à ce génie de la méthode qui classe et coordonne toutes les connaissances, il amassa un riche trésor d'érudition ecclésiastique.
Bourdaloue n'avait pas trente ans lorsqu'une occasion imprévue découvrit tout à coup l'emploi que le talent et la science déjà si vaste du jeune maître de théologie morale pouvaient trouver sur un plus grand théâtre. Un prédicateur étant tombé malade au milieu d'une retraite, on chargea Bourdaloue de le remplacer. Son succès fut éclatant. Ce n'était pas seulement une inspiration passagère, une rencontre heureuse : c'était une vocation qui se révélait. Les supérieurs de Bourdaloue ne s'y trompèrent pas. Ils le consacrèrent désormais d'une manière exclusive au ministère de la parole, et, pour achever de le former, lui confièrent d'abord pendant dix ans des missions en province.
Dans la ville d'Eu, Bourdaloue prêcha devant la grande
BIOGRAPHIE il
Mademoiselle, et réussit à gagner les suffrages de cette bizarre et mélancolique princesse, qui joignit, durant sa vie tout entière, aux plus naïves chimères de l'illusion les ennuis d'un perpétuel désenchantement. Elle ne se désenchanta pas de Bourdaloue, et quelques années plus tard elle désira qu'il reçût ses derniers aveux et son dernier soupir K
A Rouen, les sermons de Bourdaloue attirèrent une foute immense. « Tous les artisans quittaient leur boutique pour l'aller entendre, les marchands leur négoce, les avocats le Palais, les médecins leurs malades. » Et le P. d'Harrouis, qui rendait à Bourdaloue ce témoignage désintéressé, ajoutait avec bonhomie : « Pour moi, lorsque j'y prêchai l'année d'après, je remis toutes choses dans l'ordre ; personne n'abandonna plus son emploi ^. »
Bourdaloue séjourna encore dans d'autres villes, dans celle d'Amiens notamment, et à Bourges, sa ville natale. Partout son succès fut égal. On pouvait sans crainte l'appeler à Paris. Il y prêcha pour la première fois l'Avent de 1669, dans l'église de la Maison professe des jésuites, rue Saint-Antoine.
« Il y a ici un certain jésuite, natif de Bourges en Berri, fils du doyen des conseillers de ce présidial, nommé Bourdaloue. qui prêche aux jésuites de la rue Saint-Antoine, avec tant d'éloquence et une si grande affluence de peuple, que leur église est plus que pleine. Son père était parti de Bourges, pour le venir entendre prêcher à Paris, mais il est mort en chemin. Ces bons Pères de la Société le prêchent à Paris comme un ange descendu du ciel. »
Ainsi s'exprimait dans une lettre du 14 janvier 1670, et