‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 135 sur 341 · Dixième lettre · texte numérisé non relu

Dixième lettre

2. Mystères, lundi de Pâques, sur la Résurrection de Jénts-Christ. t. X, p. 255-250.

aux Rochers la privait des Sermons, la lecture des Essais de morale pouvait seule Ten consoler. Ce sont de précieux homnaages rendus à la sévérité apostolique de Bourdaloue par des esprits d'ordinaire fort en garde contre tout ce qui venait des jésuites.

Et pourtant les vrais fidèles de la petite église janséniste, les adeptes décidés et ardents n'avaient point lieu d'être fort satisfaits de Bourdaloue. En etfet, opposer aux accusations de relâchement une doctrine qui ne laisse perdre aucune des sévérités du christianisme, démontrer par cette prédication toute pure et tout austère la malignité des attaques et l'inanité des soupçons, cette attitude purement défensive en face du jansénisme ne suffisait pas à Bourdaloue. S'il s'en était tenu là, il aurait permis de supposer qu'en repoussant les attaques des jansénistes, il n'était pas, sur le fond des choses, en désaccord avec eux ; et ceux-ci n'auraient pas manqué de publier que les jésuites se rétractaient, tout au moins de réclamer Bourdaloue comme un des leurs, de le représenter comme un disciple de Jansénius égaré parmi les fils de Loyola. Ne l'a-t-on pas de nos jours appelé « le plus janséniste des jésuites ' ? » Étrange alliance de mots, qu'une lecture insuffisante et superficielle de Bourdaloue peut seule expliquer. Le jansénisme est aux yeux de Bourdaloue une hérésie formelle, fausse dans ses principes, extrêmement dangereuse dans ses conséquences, et, bien loin de lui donner aucune adhésion, il ne laisse jamais échapper l'occasion de le combattre. Jésuite et orthodoxe, son dévouement à son ordre et son amour pour la vérité l'éloignent également des jansénistes, qu'il considère comme des sectaires, et auxquels il semble dire : Non, nos doctrines n'ont rien de commun avec ce relâchement dont vous nous accusez, mais elles n'ont rien de commun non plus avec vos principes ; nous sommes également éloignés et des erreurs que vous nous imputez faussement, et de celles où vous tombez vous-mêmes.

\ . Sainte-Beuve. Port-Royal, l. II, p. 185.

De tout temps, Bourdaloue le constate, il s'est manifesté dans le monde chrétien deux tendances contraires, l'une d'excessif relâchement, et l'autre d'excessive sévérité. Mais « l'Église, inspirée du Saint-Esprit, prit le milieu entre ces deux extrémités,... modérant la rigueur des uns, et corrigeant la trop grande facilité des autres * ; » car «la vertu consiste dans un juste milieu ^... » — « Malheur donc, s'écrie Bourdaloue , malheur à ces ministres faciles et complaisants qui, portant la balance du sanctuaire, que le Seigneur leur a confiée, au lieu de la tenir droite, la font pencher du côté où les entraîne une condescendance naturelle et tout humaine !... Mais d'ailleurs il doit être aussi permis d'ajouter : Malheur à ces ministres outrés et rigides à l'excès, parce qu'ils le sont par naturel et par inclination, parce qu'ils le sont par entêtement et par prévention, parce qu'ils le sont par une affectation de pharisien et par ostentation ; en un mot, parce qu'ils ne le sont ni par raison ni par religion ! Malheur, dis-je, à eux, quand ils désespèrent les pécheurs en les accablant de fardeaux insoutenables, et qu'ils oublient cette règle si sage que leur prescrit le concile, de compatir à l'infirmité de l'homme, et d'y conformer la sévérité de leurs arrêts ^. »

Dans le discours qu'il prononça à l'occasion de la canonisation de François de Sales, Bourdaloue réduit tout le panégyrique de ce saint évêquc à louer cette douceur, pleine de force et d'onction, qui a triomphé de l'hérésie et rétabli la piété dans l'Église, douceur victorieuse et toute-puissante, qui surmonte tous les obstacles, et réussit tout co qu'elle entreprend : « L'évêque de Genève a paru dans les palais des grands ; mais comment ? conmie un Elie, pour y soutenir les intérêts du Seigneur et de la vraie

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