‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 154 sur 341 · Insttniction sur la Charité, t. IX, p · texte numérisé non relu

Insttniction sur la Charité, t. IX, p

on prétend, sans se départir de l'étroite morale qu'on professe, avoir droit de s'élever contre des corps entiers, de leur imputer des intentions, des vues, des sentiments qu'ils n^ont jamais eus; de les faire passer pour ce qu'ils ne sont point, et de ne vouloir jamais les connaître pour ce qu'ils sont; de recueillir de toutes parts tout ce qu'il peut y avoir de Mémoires scandaleux qui les déshonorent, et de les mettre sous les yeux du public avec des altérations, des explications, des exagérations qui changent tous les faits et les présentent sous d'afi&^uses images *. »

Aussi les sermons qui ont pour sujet la Médisance, ou le Jugement téméraire^ ou le Pardon des injures, contiennent tous quelques traits à l'adresse des amis ou des successeurs de Pascal. Certes la médisance est de tous les temps; elle fera toujours le trop ordinaire aliment des conversations du monde : mais Bourdaloue distingue un genre de médisance particulier à son siècle ; c'est la médisance se couvrant d'un prétexte de religion, la médisance par zèle pour le christianisme et pour les intérêts de Dieu, fiourdalone met à combattre cet abus sa précision et sa liberté de langage habituelles. Il semble même que dans ces occasions sa parole prend un accent sinon passionné, du moins plus ému. Quoiqu'il fût par son caractère, par sa doctrine, par sa vie tout entière, au-dessus de tous les soupçons, on dirait qu'il se sent personnellement blessé. Il est blesso, en efTet, dans sa filiale affection pour « une Compagnie dont il croit avoir tout reçu et à qui il reconnaît devoir tout, » et quand il vient à se rappeler « tout ce que la calomnie a prétendu lui imputer, et les noires couleurs dont elle a tâché de la défigurer et de la ternir',» il éprouve une indignation dont l'expression est toujours contenue, mais qu'on sent naître et grandir.

a Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que, par la plus fti-

1. Dominicales, 3e dim. ap. la Pentecôte, sur la Sévérité chrétienne 2® partie, t. VI, p. 117.

2. Panéj^yriques. Serm. pour la fête de saint Ignace de Loyola^ 2e partie, t. XllI, p. 53.

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